Sécheresse: l’UE poussée à réagir
Les organisations agricoles européennes appellent la Commission européenne à, de nouveau, débloquer des fonds pour aider les agriculteurs frappés par la sécheresse. En attendant un bilan complet de la situation, Bruxelles se contente pour l’instant de rappeler les outils à disposition des États membres.

Suite à la nouvelle sécheresse qui a frappé une vaste partie de l’Union européenne durant l’été, le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a échangé le 1er septembre en vidéoconférence avec des représentants du secteur agricole (Copa-Cogeca, Ceja, Via Campesina et Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique) ainsi qu’avec le ministre de l’Agriculture Martin Heydon représentant la présidence irlandaise du Conseil de l’UE, pour tenter de mesurer son impact sur la production européenne. Il a rappelé que ses services travaillaient en collaboration avec les États membres pour trouver des solutions grâce aux outils de la politique agricole commune (Pac).
« Compte tenu de la gravité de la situation actuelle, j’encourage tous les États membres à évaluer rapidement les instruments les plus adaptés à leur contexte national et à tirer pleinement parti des flexibilités et des dispositifs de soutien déjà disponibles, notamment dans le cadre des plans stratégiques de la Pac et au niveau national », écrit-il dans une lettre adressée aux ministres de l’Agriculture des Vingt-sept. Ce document détaille en annexe l’ensemble des mesures de court terme qui peuvent déjà être mobilisées : outils de gestion des risques, paiements en avance, dérogation dans l’application des bonnes pratiques agroenvironnementales, exemption à certaines obligations de la réglementation bio et de la directive Nitrates ou encore aides d’État.
Des plans d’urgence chez nos voisins
En France, le lancement du plan d’aide d’urgence « Casi » (canicules, sécheresse, incendies), initialement prévu le 3 septembre, a été « décalé de quelques jours », a indiqué le ministère de l’Agriculture. « Les montants étant conséquents, nous avons besoin de quelques jours en plus de concertations entre les ministères », a précisé l’entourage d’Annie Genevard, la ministre française de l’Agriculture.
Ce plan, annoncé fin juillet comprendra notamment des aides à la trésorerie, « plusieurs centaines de millions d’euros » d’indemnité de solidarité nationale (dans le cadre de l’assurance récolte), ainsi que d’autres dispositifs d’aide. Environ 10 % des exploitations françaises, soit 30 à 35.000 fermes, auraient un besoin urgent d’aide.
Situation similaire en Allemagne où le ministre de l’Agriculture, Alois Rainer, s’est alarmé, le 2 septembre, de la « crise massive d’ampleur nationale ». Il ne s’agit pas seulement de « tonnes ou d’hectares » mais de « l’état dans lequel se trouvent aujourd’hui nos exploitations », a-t-il souligné, évoquant, outre la sécheresse, les coûts de production élevés, amplifiés par les prix actuels des carburants.
Pour éviter une « rupture structurelle » et garantir les récoltes des années à venir, le ministre a annoncé une augmentation de 300 millions d’euros du programme d’aides de liquidité de la banque publique spécialisée dans le financement agricole, pour atteindre un total de 500 millions d’euros. Et il a indiqué qu’il négociait également avec le ministère des Finances un autre dispositif de soutien aux agriculteurs.
Des pertes dans tous les secteurs, ou presque
Le Copa-Cogeca a signalé des pertes particulièrement importantes en Slovénie, Autriche, France et Italie, notamment pour le maïs : -50 à -70 % en Slovénie, -40 % en France et -20 à -25 % en Italie, « avec des pertes allant jusqu’à 70 % dans certaines zones non irriguées ». Les pommes de terre, les betteraves sucrières, les légumes, la vigne mais aussi l’élevage laitier, qui risque d’être confronté à des pénuries d’aliments durant l’hiver prochain, sont d’autres productions mentionnées.
Le Copa-Cogeca a donc demandé « un soutien immédiat aux flux de trésorerie », une utilisation plus souple des instruments de la Pac, des investissements accrus dans les infrastructures d’irrigation, l’amélioration des outils de gestion des risques ainsi que l’allégement de mesures environnementales. La coordination européenne Via Campesina a, pour sa part, plaidé en faveur d’une réorientation des fonds du plan engrais qui n’ont pas encore été dépensés vers les agriculteurs frappés par la sécheresse avec des aides forfaitaires plafonnées par agriculteur actif. Elle appelle aussi à activer les instruments de l’organisation commune des marchés agricoles afin que les prix payés aux producteurs couvrent les coûts de production, y compris les surcoûts liés aux catastrophes climatiques.





