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Vétérinaires et éleveurs, même combat

En réponse à l’article bien « cher » vétérinaire (SB 10/02/2017)

Temps de lecture : 3 min

Chère Madame,

Sans vous connaître, je vous trouve bien sympathique, sincère et je comprends vos interrogations quant au coût et à la production de viande en Belgique. Il est vrai que les honoraires du vétérinaire sont importants dans un élevage de Blanc Bleu Belge. Les performances de notre belle race l’ont rendue parfois délicate et toujours coûteuse à produire. D’ailleurs, les producteurs de viande qui exploitent des races plus rustiques en font un argument ou un critère de choix.

Chère Madame, je dois vous informer que pour répondre aux critères d’agrément BPV, nous devons suivre 15 heures de formation continue que nous devons payer lors de l’inscription. Il s’agit sûrement d’un détail qui vous a échappé. La rédaction d’un DAF demande du temps pour répondre aux prescrits légaux que l’on nous impose comme à vous mais que nous n’avons pas demandé. Renseignez-vous, ceux qui ne sont pas en ordre, ils le payent beaucoup plus cher que les honoraires du vétérinaire.

Judicieusement, chère Madame, vous comparez les prix des années ‘80 dans lesquelles vous n’avez pas inclus le prix du matériel agricole qui, lui, a augmenté beaucoup plus, toutes proportions gardées. Loin de moi l’idée de critiquer l’achat d’un Schaeffer ou autre outil très utile pour soulager la charge 365 jours par an.

Chère Madame, dans votre région que je suppose belle, avez-vous déjà fait appel à un médecin généraliste à 2 heures du matin ? voire un médecin de garde ? Se déplace-t-il encore et à quel tarif ? ou vousenvoie-t-on « aux urgences » de l’hôpital le plus proche ?

Le technicien, pour réparer votre sèche-linge, lave-vaisselle ou machine à lessiver, lui a un tarif imposé bien adapté, bien supérieur à celui du vétérinaire. Votre vétérinaire vient la nuit, le jour, à toute heure et le week-end ! Pendant la césarienne, il conseille son client à titre gratuit et désintéressé !

Chère Madame, votre vétérinaire est votre partenaire dans votre élevage, il a le droit d’être rémunéré. L’éleveur a besoin du vétérinaire et le vétérinaire a besoin des éleveurs. Je crains que vous n’ayez pas choisi la bonne cible. Vous constatez, comme moi, la publicité qui est faite pour les végétariens, les végétaliens et mieux encore les végans ! Le marché mondial de la viande lui est votre premier ennemi ! Pourquoi croyez-vous qu’il y ait de moins en moins de jeunes vétérinaires qui s’installent dans nos campagnes ? Les jeunes couples ne veulent plus de cette vie d’apostolat… d’abruti ! Pourtant, j’aime mon métier que je pratique depuis plus de 35 ans et j’aime mes clients. Mettre un veau au monde reste un acte noble même par césarienne. Je suis sensible au sourire satisfait, complice de l’éleveur et de son épouse quand le veau couché lève la tête et respire.

Chère Madame, lorsque vous faites vos courses à la grande surface, votre compte bancaire est débité avant que vous n’ayez déposé vos sacs dans votre véhicule. Le vétérinaire est payé quand on peut, c’est-à-dire dans 20 % des cas dans plusieurs mois, années ou jamais. Nous n’avons aucune raison de nous sous rémunérer parce que nos clients «  vivent pauvres et qu’ils meurent riches  ». Voilà, chère Madame, ne vous en déplaise, la triste réalité.

Un vétérinaire passionné (avec plus de 35 ans de pratique rurale)

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