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Constance et exigence pour un cheptel de qualité orienté «durabilité»

Plus que 7 jours avant de voir les meilleures laitières d’Europe s’affronter les 12 et 13 avril à Libramont. Un événement de prestige qui reprend ses droits chez nous 15 ans après avoir quitté Bruxelles. Autant dire que l’attente est grande auprès de nos éleveurs qui espèrent pouvoir donner la meilleure image possible de notre élevage laitier. Quatre exploitations ouvriront leurs portes le jeudi 11 avril. C’est le cas de l’Elevage de Hautmont Hill, à Lierneux. Rencontre avec Jean-Louis Neuville.

Temps de lecture : 7 min

B ruit de tondeuse, pailles et poils qui volent… Pas de doute, les préparatifs vont bon train. Les premiers animaux sont déjà clippés… Le 11 avril prochain, l’élevage du Hautmont Hill sera sur son 31.

Comme tout éleveur de son niveau, Jean-Louis Neuville est exigeant. Pour lui constance et haute qualité sont ses cartes de visite. « Je ne voudrais pas vendre un animal que je ne serais pas susceptible d’acheter ! » Raison pour laquelle, il investit toujours dans la génétique. « On doit toujours partir d’une bonne famille pour avancer en qualité. Avec une famille moins bonne, le risque d’hétérogénéité dans les produits est trop important. » Son cheptel a d’ailleurs été classé 1er en classification durant cinq années consécutives, preuve s’il en est que l’homogénéité de son troupeau n’est pas le fruit du hasard. Jean-Louis revient sur la genèse de son projet.

Un modèle d’étable 100 % « nord américain »

« Je me suis installé en 1987 en association avec mon papa. J’étais toujours aux études mais l’achat de 200.000 litres de quotas laitiers a précipité l’installation. Nous sommes donc passés à une production de 480.000 l grâce à une superficie fourragère de 70 ha, soit 10 ha de céréales et 60 de prairies. »

Père et fils éliminent alors le troupeau viandeux pour se consacrer uniquement au troupeau laitier. C’est à ce moment que débute la sélection dans leur cheptel par sélection des meilleures souches au sein de leur cheptel.

Sept ans plus tard, l’éleveur reprend totalement l’exploitation avec son épouse, Carine Englebert. En 1995, le couple se rend à l’Association Holstein de La Reid pour acquérir de la génétique canadienne : que ce soit par le biais d’achat de bons individus ou l’importation d’embryons.

Fort à l’étroit, l’exploitation migrera sur un nouveau site à l’extérieur du village. Le couple opte pour la construction d’un système en entravé selon le modèle canadien, et le dimensionne pour 82 bêtes. Chacune d’entre elle dispose d’une loge individuelle d’1,40m de largeur, soit 50 cm de plus que précédemment. « À cette époque, le système offrait davantage de confort que les stabulations libres construites alors », explique Jean-Louis. Il y voit d’autres avantages de taille : la propreté des animaux et leur présentation dans un but commercial.

Pour les journées portes ouvertes du 11 avril, une dizaine de primipares seront au catalogue de vente.
Pour les journées portes ouvertes du 11 avril, une dizaine de primipares seront au catalogue de vente. - P-Y L.

Qui dit traite en système entravé, dit pipeline et peu de contrainte au vu de l’espace et au vu du peu de mouvement possible pour les animaux. À deux, la traite dure 1h30 pour 80 bêtes. En outre, une telle installation permet d’éviter tout ce qui est concurrence négative entre vaches adultes et primipares. Chaque laitière a sa mangeoire. Elles y reçoivent 15 kg d’ensilage herbe, 4 kg de céréales, 2 kg de maïs grain, 1,5Kg de concentré à 42 % de protéines (colza, tournesol, maximum 50 % de soja et des huiles essentielles pour limiter la production de méthane). Notons que la part de maïs varie en fonction de la production.

Question conservation des fourrages, l’éleveur se repose sur un silo tour, un système reconnu pour sa souplesse d’utilisation et pour être bien adapté au pâturage tournant. « Le silo nous permet de faire des récoltes parcelles par parcelles tout au long de la saison et ainsi récolter l’herbe à son meilleur stade. Les fourrages seront ensuite distribués à l’aide d’une remorque distributrice. » L’exploitation est donc très peu automatisée, tout se fait à l’observation ! L’objectif ? Un prix de revient le plus bas possible avec une valorisation maximale de la production ! »

Une sélection pointue…

Entretemps, le travail de sélection suivant son cours, c’est véritablement dès le début des années 2000 que la génétique s’affine. S’ensuit un partenariat avec la ferme Karona au Quebec. « Grâce à celui-ci, nous avons pu développer trois familles de vaches dont celle d’Idée Lustre qui est à l’origine de notre unique souche génotypée. »

D’autres grandes familles laitières arriveront par le biais d’achats de veaux ou d’embryons.

Aujourd’hui, les Neuville sont à la tête d’un cheptel de 270 animaux, dont 90 laitières pour une production annuelle moyenne de 840.000 l.

« Tout le troupeau repose sur 10 familles de vache parmi lesquelles 6 sont importées et 4 sont originaires de la fin des quotas… ce sont d’ailleurs ces dernières qui ont le plus de régularité au niveau de la qualité de leur descendance », explique Jean-Louis.

Selon l’éleveur, c’est d’ailleurs le Hautmont Hill qui détient le plus grand nombre de familles importées d’Amérique du Nord.

« Cela représente évidemment des engagements financiers conséquents mais qui permettent un retour sur investissement, notamment par le biais de la vente de taureaux reproducteurs, de génisses, qu’elles soient en lait ou non, tous élevés sur l’exploitation. Notons encore que les meilleurs sujets sont vendus pour la reproduction.

… pour davantage de durabilité

Dans sa sélection, Jean-Louis prête une attention particulière à la classification en morphologie. Le troupeau fait 88 points de moyenne pour ce critère, avec une mention excellente pour le développement (92 pts). Les animaux sont donc assez grands, forts et ont une capacité d’ingestion plus importante afin de valoriser un maximum les fourrages produits sur l’exploitation. Et pour ce faire, la régularité, l’homogénéité de son cheptel est importante.

Depuis ses débuts sur l’exploitation, l’éleveur a doublé la SAU. « On est actuellement sur 145 ha. Avec cette augmentation progressive en surface, la charge en bétail à l’ha a diminué d’où une demande moindre en intrants. » Mais pour l’éleveur, l’objectif est de viser l’autonomie fourragère aussi bien en fourrages qu’en céréales. C’est actuellement le cas pour l’ensemble du jeune bétail. Pour les laitières, de mi-avril à mi-octobre, elles sont au pré. Elles seront complémentées en maïs grain et en correcteur protéinique, acheté tous deux à l’extérieur.

L’éleveur réalise lui même ses rations, constituées essentiellement  d’herbe et de céréales produites sur l’exploitation.
L’éleveur réalise lui même ses rations, constituées essentiellement d’herbe et de céréales produites sur l’exploitation. - P-Y L.

« Au vu de la part de prairies permanentes chez nous, nous nous sommes naturellement inscrits dans un cahier de charge strict en faveur d’une certaine durabilité. Nous travaillons dans l’optique d’avoir un élevage plus éthique, avec une production économique de lait, qualitative et un impact environnemental favorable. » Il souscrit d’ailleurs à de nombreuses mesures agro-environnementales et climatiques liées aux prairies naturelles et à la sauvegarde de la faune.

Des partenariats entre éleveurs

Tous ces choix sont aussi opérés dans l’espoir d’obtenir une meilleure valorisation de la production. « Avec une taille de troupeau qui a augmenté, on est arrivé à garder la qualité moyenne du troupeau. Son homogénéité est d’ailleurs un atout commercial et qui permet de vendre des animaux. Aucune saillie naturelle, tout est en insémination voire en transplantation embryonnaire. L’éleveur réalise une dizaine de récoltes d’embryons sur les meilleures vaches. S’il les place généralement sur les moins bonnes génisses, il lui arrive de travailler en partenariats avec d’autres éleveurs du même statut sanitaire. Si tous les mâles nés reviennent sur l’exploitation, il leur laissera une femelle sur deux.

Le Hautmont Hill est l’un des rares élevages à pratiquer la vente de taureaux reproducteurs. « On a commencé la vente de taureaux en 96, lors des portes ouvertes de la nouvelle étable. Les demandes ont afflué, on en a vendu de plus en plus. Aujourd’hui, on en a même trop peu ! Une quarantaine de mâles quittent l’exploitation chaque année. S’ils partaient à 15 mois, la demande est telle qu’ils partent dorénavant à 12 mois.

Il explique ce succès : « On se doit d’aller chercher le meilleur de la génétique mondiale, pour avoir les meilleurs mâles à vendre. On opte pour le top 1 % dans la qualité des mâles. On ne regarde pas au prix, l’aspect qualitatif prime au vu des tarifs que l’on pratique. »

Si l’aspect génétique et important, l’aspect sanitaire l’est également. « Nous offrons la garantie de vendre des animaux sains. Nous ne faisons finalement appel au marchand que pour les bêtes de réforme. Pour la vente d’animaux, j’ai ma propre bétaillère… Quand je livre un voisin d’un client, je me dis que c’est gagné, qu’ils sont contents et que le bouche-à-oreille fonctionne. »

P-Y L.

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