La forêt et le matériau bois en haut de l’affiche, avec la thématique retenue: «qui construira nos villes demain?»

Plateforme de réflexion et d’impulsion d’idées, la manifestation libramontoise soutient les secteurs qu’elle défend au travers de thématiques annuelles déclinées dans les allées de la foire, dans la grande exposition du Hall 3 du Centre d’exposition et de conférence, dans les espaces de conférences et dans la communication qu’elle émet… « Tout est bon pour faire bouillonner les cerveaux », prêche le président de la foire Jean-François Piérard.

Année impaire oblige, la foire 2019 s’articule vers et pour la filière forêt bois. Cette filière est une source d’emplois importante qui fait vivre nos territoires. N’oublions pas que la forêt couvre 23 % du territoire national, soit 700.000 ha. C’est une richesse naturelle et renouvelable que les professionnels s’attachent à valoriser dans le respect des règles de gestion durable.

« Le bois de nos forêts permet de répondre à de très nombreux besoins de notre société, ses avantages sont nombreux et les enjeux auxquels il peut apporter sa contribution sont primordiaux et urgents, poursuit-il. »

Zoom sur un thème au cœur de la filière bois

Tension démographique de plus en plus grande, densification des zones urbaines, espaces constructibles qui se raréfient, la conquête de nouvelles parcelles et le développement de nouvelles solutions constructives sont nécessaires pour imaginer et donner vie aux immeubles de demain.

Une enquête menée auprès d’un large échantillon d’habitants de la Fédération Wallonie-Bruxelles révèle un profond décalage dans la perception des rôles de la forêt et du matériau bois. La fonction récréative est largement plébiscitée, tandis que le prélèvement du bois à des fins industrielles et commerciales est considéré négativement par nombre de répondants.
Une enquête menée auprès d’un large échantillon d’habitants de la Fédération Wallonie-Bruxelles révèle un profond décalage dans la perception des rôles de la forêt et du matériau bois. La fonction récréative est largement plébiscitée, tandis que le prélèvement du bois à des fins industrielles et commerciales est considéré négativement par nombre de répondants. - M. de N.

Les ressources fossiles et les méthodes de constructions traditionnelles seules ne suffiront pas à maintenir le rythme de construction nécessaire à un développement urbanistique rationnel, durable et innovant.

La construction en bois et plus largement la filière « forêt-bois » a un rôle décisif à jouer dans les mutations urbaines qui transforment nos paysages et nos modes de vie.

Matériau moderne par excellence grâce à une transformation et une valorisation industrialisées, le bois est capable de répondre aux enjeux de la ville d’aujourd’hui mais surtout de demain.

L’utilisation du bois dans les infrastructures publiques ou privées, dans le logement individuel mais surtout collectif et multi-étages permet de fabriquer de la valeur écologique, de réconcilier l’homme avec son habitat, de le faire évoluer dans un milieu plus naturel, plus acteur de sa santé mais aussi plus moderne, plus esthétique, plus confortable et design.

Les ressources en bois – nos forêts ! – existent et sont non délocalisables, le savoir-faire des entreprises également. La recherche et le développement dans le matériau bois aussi…

« Il est donc possible en sollicitant cette filière forêt-bois de développer un véritable cercle vertueux au service des tissus économiques locaux, du développement durable et du lien entre les hommes… pour une autre conception du vivre ensemble. Seule manque l’envie d’oser le bois… de nos forêts ! », martèle le président de la foire.

Rôles de la forêt… et du matériau bois: une enquête révélatrice!

Les enjeux sont importants. Ils se déclinent depuis l’amont – la forêt de production – jusqu’à l’aval, soit le bois de construction. Déjà en 2005, la filière bois était au centre des préoccupations de la foire.

C’est pour cette raison, que 15 ans après la première enquête de perception de la filière forêt-bois auprès du grand public, la même enquête a été relancée auprès d’un échantillon de 1.000 individus représentatifs en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les résultats de cette étude, qui viendront appuyer les axes de réflexion autour de la thématique 2019, mettent en évidence un profond décalage entre la perception du rôle de la forêt, d’une part et du rôle du matériau bois, d’autre part. Deux éléments majeurs sont à épingler :

– la principale fonction qui est attribuée à la forêt est celle de cadre aux activités de détente : promenade, jogging, etc. Cela impacte fortement la vision des autres fonctions de la forêt et en particulier la fonction productive qui est explicitement rejetée par 40 % des répondants qui considèrent qu’il faudrait interdire l’abattage des arbres ;

– un belge francophone sur 3, parmi les personnes interrogées, est prêt à envisager positivement l’usage du bois dans la construction de son logement. Les principaux obstacles sont des croyances qui ont été largement démontées scientifiquement mais qui restent tenaces. Ainsi, près de 20 % des répondants pensent que le bois est moins résistant à l’incendie que d’autres matériaux.

Le bois, avenir

de la construction urbaine

Biologiste et architecte, Steven Ware, architecte anglais associé au sein du cabinet Art&Build donnera la conférence inaugurale de la Foire le vendredi 26 juillet à 10h. Il partagera ses réflexions sur la place des matériaux biosourcés et en particulier le bois pour relever les défis urbanistiques de nos sociétés modernes :

– passer d’une économie basée sur le pétrole à une économie régénérative ;

– améliorer le vivre ensemble dans nos villes, nos villages ;

– offrir dans le secteur de la construction bois des emplois de qualité, épanouissants ;

– réduire nos déchets ;

– offrir un logement de qualité à toutes les familles en tenant compte de l’évolution de nos sociétés (familles recomposées, ménages d’une personne, etc.)

Steven Ware relève que la recherche en ingénierie pour la construction en bois progresse rapidement. Différentes techniques très modernes existent, avec pour chacune des avantages spécifiques parmi lesquelles on choisira en fonction des caractéristiques du projet. « La construction en bois ne doit pas être abordée de façon intégriste. Le bois doit aussi être réfléchi en combinaison avec d’autres matériaux. »

La thématique au cœur d’une exposition dans le Hall 3

Le bois dans la construction, c’est plus qu’un matériau, mais un mode de vie, un véritable ferment pour une filière économique locale et durable, argumentent les organisateurs de la foire.

Vue de la maquette du Pavillon en bois, utilisant la technique du cintrage à froid, réversible et peu énergivore etpermet la valorisation de chutes ou de matériau en fin de vie. Ce processus innovant montre l’étendue des possibilités liées à l’utilisation du bois dans la construction.
Vue de la maquette du Pavillon en bois, utilisant la technique du cintrage à froid, réversible et peu énergivore etpermet la valorisation de chutes ou de matériau en fin de vie. Ce processus innovant montre l’étendue des possibilités liées à l’utilisation du bois dans la construction. - M. de N.

« Pour convaincre les promoteurs immobiliers et leurs clients, il faudra changer de paradigme, sortir de comparaisons basées uniquement sur un coût au m² et mettre en avant un modèle de commercialisation basé sur l’ensemble du cycle de vie en intégrant le coût de construction, les coûts d’usage (chauffage…), les possibilités de modularité et le coût de déconstruction/recyclage. »

L’immeuble en bois doit se différencier des bâtiments classiques et incarner un nouveau rapport à la ville, à la nature, à la construction et à l’aménagement intérieur et extérieur. Pour amener des acheteurs, jeunes, à la recherche de nouveaux modes de vie et de consommation à s’intéresser à l’achat de logement dans des immeubles en bois, il faudra les étonner, les émerveiller.

Le défi est donc bien plus global que de gérer la concurrence qui existe entre les différents matériaux : il faut inventer un modèle économique, social, technique et environnemental pour convaincre.

La Wallonie dispose de 556.000 ha de forêt représentant plus de 111 millions de m³ de bois.

« Les forêts wallonnes sont productives et loin d’être surexploitées, le volume de bois disponible est en croissance et reste inférieur à l’accroissement annuel. Si l’on y ajoute le Grand-Duché du Luxembourg et le Grand-Est français, nous pouvons envisager un massif forestier assez cohérent de 2.500.000 ha et un volume de bois sur pied évalué à environ 490.000.000 m³ qui produit annuellement 15.600.000 m³ et dont on récolte aujourd’hui grosso modo 56 % (soit un peu moins de 9.000.000 m³ par an). »

Notre industrie du bois doit continuer à se développer, à innover, à attirer des talents et le monde forestier doit lui garantir un approvisionnement avec des volumes, des quantités et des prix qui assurent un revenu aux uns et une matière première de qualité aux autres.

« Développer un secteur de la construction bois basé sur la grande importation serait une aberration environnementale mais aussi économique. Un simple exemple : nos compatriotes au nord du pays ont une balance commerciale négative de 844.000.000 € en ce qui concerne les principaux produits en bois. »

Les grandes questions

Les initiateurs du thème 2019 exposent comme suit les grandes questions qui susciteront le débat durant les 6 jours à Libramont puis à Bertrix (Demo Forest) :

– comment les pouvoirs publics peuvent-ils soutenir l’attractivité des métiers du bois et de la forêt tout en préservant les savoir-faire industriels ? ;

– alors que la forêt et les forestiers doivent faire face aux enjeux climatiques et que les cycles de révolution oscillent entre 60 et 150 ans, comment assurer une forêt résiliente productrice de bois de qualité ? ;

– comment la génétique forestière peut-elle venir en aide à notre forêt de demain ? ;

– alors que la qualification des forestiers est particulièrement – et heureusement – marquée par l’écologie forestière… ne faudrait-il pas élargir cette compétence à « l’écologie de l’usage » (cycle de vie des matériaux, impact global des choix, etc.) et y associer une formation en économie et sociologie de la filière forêt-bois ?

– comment le législateur peut-il repositionner la forêt comme étant aussi un espace de production de bois de qualité pour nos entreprises et plus spécifiquement pour la construction bois ? ;

– repositionner la filière forêt – bois comme un secteur stratégique au vu des enjeux qui sont les nôtres aujourd’hui : climat, épuisement des ressources fossiles, démographie, évolution de la structure de la société... ? ;

– comment peut-on réconcilier la perception des fonctions récréative et productive de la forêt ? Comment montrer que ces rôles ne s’opposent pas mais qu’ils se complètent ? ;

– comment intensifier le soutien à l’investissement et à l’innovation dans une filière bioéconomique ? ;

– est-ce l’industrie qui doit s’adapter aux produits issus de nos forêts ou est-ce l’inverse ? Quid des approvisionnements des entreprises de la filière à 10 ans ? Quelle sera l’évolution de la demande ? ;

– alors que les qualités du bois sont indéniables, quels sont les freins aujourd’hui qui empêchent de voir le bois apparaître massivement dans les constructions publiques ? Comment porter le bois dans le cœur des prescripteurs et faire sortir les architectes de leur zone de confort « béton » ? ;

– dans nos grandes villes belges, où en est la construction bois ? Et ailleurs en Europe ?

Propos recueillis par M. de N.

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