A l’élevage de Spy: le transfert embryonnaire pour exploiter au mieux la génétique de ses championnes

Charles, Daniel et Damien Van Bellegem en attente du verdict du jury sur le grand ring.
Charles, Daniel et Damien Van Bellegem en attente du verdict du jury sur le grand ring. - P-Y L.

Chez les Van Bellegem, le blanc-bleu est une histoire de famille. C’est au début des années 80 que Daniel reprend l’exploitation familiale, une ferme en polyculture élevage, située à Spy. « Froments, betteraves, chicorées, pommes de terre… C’est encore l’époque durant laquelle on ne détenait des bêtes que pour valoriser les prairies forcées, explique Damien, l’aîné de la famille.

Le Blanc-bleu prend vite de l’ampleur

D’emblée, Daniel développe son cheptel Blanc-bleu et commence à inscrire ses animaux quelques années plus tard.

Si l’exploitation grandit petit à petit, elle recevra un coup d’accélérateur avec la reprise des deux fils Damien et Charles, respectivement arrivés sur la ferme en 98 et en 2006. Le troupeau croît alors rapidement passant de 180 à près de 400 bêtes.

Celles-ci sont soignées avec les produits de la ferme. Au total, 50 % des terres sont dédiées aux animaux(herbes et maïs), les 50 autres restant sont en pommes de terre et céréales. Seuls les protéines de lin et les minéraux proviennent de l’extérieur.

À la reprise de Charles, les deux frères montent en parallèle une société d’aménagement extérieur, de débouchage de canalisation et d’entreprise agricole. « Il y a vingt ans, on entendait déjà parler de diversification : gîtes, poulaillers, boucherie à la ferme… Cela nous convenait moins, on a préféré créer une sprl avec l’idée de garder l’exploitation sur le côté. Aujourd’hui, 4 personnes y sont engagées. Des indépendants sont appelés au besoin. Quoi qu’on en dise, la conjoncture est ce qu’elle est, la vie est plus difficile dans les fermes ! De moins en moins d’agriculteurs arrivent à joindre les deux bouts.»

Le transfert embryonnaire pour évoluer…

Si le troupeau s’est rapidement agrandi tant en quantité qu’en qualité, c’est aussi grâce aux concours qui occupent une place de choix dans la vie de la famille Van Bellegem. « Notre père a avancé dans la sélection avec les moyens de l’époque. Il a amélioré le troupeau à son échelle. À cette époque, le transfert d’embryon existait peu. Aujourd’hui, la technique a une place très importante. Plus on a avancé en génétique, plus on a cherché à sélectionner. On en a déjà parcouru du chemin pour en arriver là », témoigne Damien.

Sur les 200 vêlages de l’année, près de 50 % sont issus du transfert embryonnaire. Une partie du troupeau est composée de receveuses, des pie noire. Après vêlages, celles-ci seront traites pour les veaux.

Le reste des mères est inséminé avec des paillettes de leurs taureaux. Toutefois ils ne gardent qu’un seul taureau de rattrapage sur la ferme.

Damien : « Quand on a des bêtes d’élite comme Beauté et Java (van den Hondelee; toutes deux de grandes championnes, ndlr), on essaye d’exploiter leur génétique au maximum. Les transferts sont coûteux mais nous font évoluer dans le bon sens. »

Beauté van den Hondelee (Grommit X Panache), sacrée championne des génisses et primipares en 2017 à Libramont.
Beauté van den Hondelee (Grommit X Panache), sacrée championne des génisses et primipares en 2017 à Libramont. - P-Y L.

Charles : « Nous réalisons 3 à 4 récoltes d’embryons par an sur une dizaine de nos vaches. Nous en prélevons en moyenne 6 par individus, certaines en donnent 12, d’autres 2. Tout transfert ne donne évidemment pas systématiquement un veau. »

Damien précise : « L’objectif quand on investit dans le transfert embryonnaire, c’est d’avoir une dizaine de produits par vache et par an. »

S’ils vendent des embryons, ils en achètent aussi à l’extérieur. « En concours, nous voyons parfois des vaches qui nous plaisent. Même si elles ont un défaut, un choix judicieux de paillette peut le gommer. « Parfois ça paie et on sort une excellente génisse, parfois non. On travaille avec le vivant, l’élevage n’est pas une science exacte. Il faut savoir aussi faire avec la chance », estime pour sa part le cadet de la fratrie.

« De bons aplombs, de la longueur, de la taille, de la largeur… Dans la sélection, nous prêtons attention aux critères de base. On veille à augmenter le rendement carcasse tout en gardant un modèle « élevage ».

La collaboration avec des grands élevages comme ceux de Somme et de Centfontaine nous ont permis d’évoluer. «Nous entretenons également de bons contacts avec l’Elevage du Coin».

Charles et Damien Van Bellegem ne laissent rien au hasard sur un ring!
Charles et Damien Van Bellegem ne laissent rien au hasard sur un ring! - P-Y L.

… et niveler le niveau vers le haut

Avec un cheptel de 400 bêtes, l’objectif n’est plus de l’agrandir mais de le faire gagner en qualité. « Qualité et quantité ne vont pas toujours de pair », estime Charles.

« Dans le milieu du Foot, on voit les vedettes mais on oublie les autres joueurs qui suivent derrière », plaisante son frère. « Nous essayons de construire notre troupeau comme le brésil bâtirait son équipe ». Rires.

Pour la famille Van Bellegem, investir dans la génétique reste un sport, mais pour lequel le commerce suit… « Une partie de nos animaux est vendue pour leur génétique (pour améliorer leur élevage ou tenter de faire un résultat en concours), tandis que les vaches de réformes partent à l’engraissement. Les jeunes bêtes à problèmes sont engraissées, certaines sont débitées pour la vente en circuit court. « Avec les colis, on essaye de garder un contact avec le voisinage et de le tenir informé de ce qui se passe en ferme. Il ne faut pas fermer les portes au monde rural », explique Damien.

Son frère poursuit : « Si le prix payé au producteur était meilleur, nous n’aurions pas été amenés à tant développer nos débouchés. Mais cela fonctionne ! »

Les concours… pour gagner en visibilité

Charles : « Si les concours nous font gagner en visibilité, ils nous permettent d’améliorer l’élevage, d’imaginer les croisements possibles et de voir ce vers quoi nous voulons aller ! »

Damien sourit : « Ces dernières années, nous avons eu un peu de réussite avec 5 championnats nationaux, dont deux doublés successifs à Libramont. L’année passée, nous avions nos chances, mais nos cousins nous ont devancés », sourit-il.

« Je ne suis pas certain que les personnes extérieures se rendent compte du travail et des sacrifices nécessaires pour arriver un jour à avoir un bon élevage. Il ne faut pas croire que de tels résultats tombent du ciel. »

Une saveur particulière à Libramont

Le National à Libramont, c’est une référence. Pour nous, c’est la plus belle foire. On y est en été, en vacances avec les enfants… Quand y remporte un titre, on le savoure le jour même. Toutefois, le lendemain, on pense déjà au prochain concours. Nous sommes des bosseurs, concentrés sur l’élevage !

J’exagère probablement, mais gagner un championnat se prépare au moins deux ans à l’avance… dès le moment où l’on insémine une mère. »

« Les qualités d’un champion : de la longueur, de la largeur et de la finesse. Dans les nationaux, il faut aussi des bêtes qui allient de la puissance à ces critères. Si on a une vache puissante, on sait que ce sera une emmerdeuse sur le ring », sourit Damien.

Il poursuit : « Nous avons tous notre propre idée de la vache idéale et tout éleveur est persuadé qu’il a la meilleure bête. Mais quel que soit le verdict, tous les éleveurs sont respectables et la passion qui les anime également ! Ce qui se passe dans le ring reste dans le ring ! En concours, comme dans tout sport, la rivalité et les tensions peuvent être vives, tant il peut toujours y avoir matière à discussion. En fin de journée, tout le monde se retrouve autour d’une bière… » Il réfléchit : « C’est comme dans le foot ou dans le tennis, beaucoup se bousculent pour arriver au sommet mais très peu d’éleveurs y arrivent. Qu’on s’entende bien, lorsqu’on perce dans l’un de ces sports, on gagne autrement plus que lorsqu’on remporte un titre en Blanc-bleu ! » Rires.

Propos recueillis par P-Y L.

Des aides structurelles nécessaires pour les jeunes

Pour Damien Van Bellegem, éleveur à Spy, un bon élevage se construit sur plusieurs générations. «L’époque où l’on commence avec quelques bêtes est révolue. L’accès à la terre et à l’élevage est de plus en plus compliqué, surtout pour des jeunes mordus qui veulent se lancer et qui n’ont pas assez de liquidités.»

«J’ai l’impression que l’on prête plus facilement de l’argent à quelqu’un qui se lance dans la volaille et dans le porc... L’élevage bovin est le parent pauvre parmi ses trois filières, or c’est encore celle qui se défend, pour moi, le mieux. Il faudrait que le pouvoir politique propose davantage d’aides structurelles.»

Pour lui, le manque de soutien aux jeunes ne peut que les pousser à fuir le secteur. «Je vois pleins de jeunes passionnés qui voudraient commencer mais qui n’ont pas les reins assez solides... Pour nous, c’est plus facile car nous sommes deux. Quand tu te lances seul, ce n’est pas la même chose!

«Nous avons toujours fait de l’élevage, Nous en sommes passionnées mais je ne sais pas où on va… Aura-t-on encore besoin de nous un jour?», s’interroge-t-il.

«A l’heure où les circuits courts ont le vent en poupe, on voit encore beaucoup trop le consommateur les délaisser au profit de produits provenant du marché mondial», regrette Damien.

P-Y L.

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