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Blanche neige et gel aux mains

Selon l’expression consacrée, chaque an nouveau s’ouvre sur une page blanche à écrire ! La métaphore a rejoint la réalité et en effet, janvier 2021 est très blanc à plus de 500 m d’altitude, drapé d’une épaisse couche de neige immaculée tombée à partir du 26 décembre. Un manteau d’hermine couvre les champs depuis plus de trois semaines, une durée exceptionnelle en ces temps de réchauffement climatique. Tant de jours d’affilée sous la neige, ce n’était plus arrivé chez nous depuis vingt ans ! Au cahier des actualités, la première page est restée blanche très peu de temps ; déjà, toutes sortes de faits s’y sont inscrits, barbouillés sur fond de Covid et de vaccination.

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Dès le lendemain de Noël, la météo s’est mise en mode hivernal modéré, avec des températures avoisinant le zéro degré et l’arrivée de précipitations, vague après vague à la manière d’un coronavirus : neige, gel, léger redoux, neige, gel, léger redoux, etc. À ce rythme-là, la couche s’est épaissie graduellement dans les prairies. Si l’ensemble fond en deux jours avec de fortes pluies, bonjour les inondations en plaine ! L’idéal, évidemment, serait de connaître un long redoux, afin d’obtenir une lente percolation des eaux vers les nappes phréatiques. Celles-ci ne demanderaient pas mieux ! Jusqu’à présent, notre ruisseau est encore convalescent, depuis sa mort en été et sa timide résurrection en décembre. La neige abondante va sans doute lui rendre des forces et du débit pour les mois à venir, mais il revient de très loin ! Ceci dit, selon les jours de « remarque » entre Noël et L’Épiphanie, nous devrions connaître une année 2021 plus humide que les précédentes, si l’on peut croire les vieux dictons…

Voici 50 ans, la neige nous accompagnait de décembre à mars, pratiquement, avec de fortes gelées entre le 15 janvier et le 20 février. Celles-ci ont quasi disparu au 21e siècle ; le seul gel permanent que nous connaissons n’est autre que le gel hydroalcoolique ! On s’en lave les mains un peu partout, dans le contexte bizarre de la pandémie. Gel et masque, écharpe et bonnet : nous voici couverts d’épaisseurs pour sortir, emmitouflés et distants comme de craintives musulmanes. Et pourtant, le virus circule encore et toujours, dans cette atmosphère humide et froide, un vrai temps de rhumes et de bronchites ! J’ai l’impression que trop de gens ne font plus attention et s’en fichent étourdiment, surtout les jeunes, lesquels affirment que la Covid n’est qu’une « bête grippe ». Une bête grippe qui a déjà tué en Belgique plus de 20.000 personnes et envoyé des dizaines de milliers d’autres aux soins intensifs…

« Notre » virus a fait de gros dégâts, et récemment, la « perfide Albion », non contente d’avoir lâché l’Union Européenne, s’est inventé un variant dynamique et très attachant, amoureux des Européens. Il fait fi du Brexit et voudrait s’inviter chez nous. Elle ne finira donc jamais, cette histoire, avec ces mutants anglais, brésiliens, sud-africains, et tous les autres ? L’idéal serait pour chacun de rester prudemment chez soi, mais la neige elle-même attire sur nos hauts-plateaux de nombreux touristes et promeneurs qui jouent comme des enfants à construire des bonhommes de neige, à dévaler les pentes en luge ou en skis. Il suffit de se promener dans la campagne pour constater d’innombrables traces, un peu partout. L’Ardenne est devenue un vaste terrain de jeu, un terrain conquis pour citadins en goguette…

Quant aux agriculteurs, bien entendu, pas question pour nous de jouer ! Il faut se lever chaque matin pour soigner son bétail, traire les vaches, surveiller les naissances, dégager les accès enneigés, calfeutrer les dessous de portes. La plupart des gens pensent que l’hiver est pour nous une saison de tout repos, farniente et lecture au coin du feu, car ils ne voient plus un seul tracteur dans les champs. Rien n’est plus faux : les jours d’hiver sont les plus difficiles de tous, avec le froid et le confinement (eh oui !) dans les étables. Les plus pénibles, certes, mais les plus gais ! Rien n’est plus agréable que d’accueillir l’arrivée de petits veaux et d’agneaux, même s’il ne faut pas compter son temps et ses efforts pour les choyer !

En hiver, la vie à la ferme se raconte comme un vrai conte de fée : blanche neige, esprit serein ; blanche neige et gel aux mains…

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