Marc Tarabella: «Je voterai contre cette PAC!»

Nous étions le 23 octobre 2020 quand le parlement européen avait adopté la future PAC. Un vote qui avait ouvert la voie aux négociations interinstitutionnelles sur les règles qui s’appliqueront à partir de 2023.

Entre erreur et catastrophe

Alors que les écologistes évoquaient alors une erreur historique, le député socialiste parlait de catastrophe en déplorant que l’Europe ait renationalisé cette politique phare et loupé la transition environnementale.

Tous les deux avaient d’ailleurs rejeté le texte qui, à défaut d’avoir soulevé l’enthousiasme de l’hémicycle, avait tout de même été adopté à une confortable majorité.

Conditionnalité sociale

La réforme est à peine bouclée depuis quelques jours, qu’elle suscite déjà une nouvelle levée de boucliers malgré quelques avancées, concède Marc Tarabella, qui se félicite néanmoins de l’adoption de la conditionnalité sociale à laquelle les sociaux-démocrates étaient particulièrement attachés.

OCM unique

Autre petit rayon de soleil à ses yeux, l’OCM unique et ses évolutions qui sont à saluer, comme l’activation simplifiée des mesures de gestion de crise, le suivi de tous les secteurs par les observatoires européens des marchés agricoles.

L’intervention publique sera renforcée ainsi que la supervision des marchés vis-à-vis de la spéculation financière, se réjouit-il.

Le parlement a en outre obtenu de la Commission qu’elle s’engage dans les plus brefs délais à mettre en place une législation spécifique sur la question des résidus de pesticides interdits en Europe, faisant en sorte que ceux qui sont présents dans les produits importés ne soient plus tolérés.

Secteur du sucre

Amener des filets de sécurité corrects pour une série de productions était l’objectif poursuivi par le groupe socialiste.

C’est dire sa déception lorsque cela a été refusé pour le secteur du sucre, en raison du blocage émanant d’une minorité de pays regrette M. Tarabella, pour qui le Conseil s’est mué en véritable adversaire sur ce dossier.

Renationalisation

Il ne s’agit rien moins qu’une PAC renationalisée puisque le commissaire Wojciechowski, qui n’aura décidément pas beaucoup travaillé, susurre Marc Tarabella, a annoncé qu’il se voyait mal refuser les plans stratégiques de certains États membres.

Le socialiste y voit ainsi un cruel manque de vision européenne et dénonce une juxtaposition des stratégies nationales.

Les objectifs sans les moyens

L’Europe a raté l’occasion unique de construire une PAC qui soit mieux perçue par le monde agricole. Elle a par ailleurs fixé des objectifs sans se donner les moyens de les atteindre poursuit l’eurodéputé belge.

Et de prendre l’exemple de l’affectation de 25 % de part de surfaces agricoles en bio à atteindre en 2030.

Sauf que la réalité du terrain, c’est que dans le passage de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture bio, c’est le début qui est le plus coûteux.

Il aurait donc fallu, selon lui, un doublement de l’aide prévue pour favoriser la transition.

Aides couplées

Le social-démocrate évoque ensuite les 13 % du budget du premier pilier qui pourront être consacrés aux aides couplées, ainsi que la dérogation de 2 % pour les protéagineux validée par le trilogue.

C’est bien, mais insuffisant, réagit-il, regrettant que l’aide couplée soit aujourd’hui marginalisée. Or, c’est, selon lui, l’outil qui permet au mieux de lier l’agriculture à son territoire.

Vision court-termiste

Les temps politique et agricole ne sont pas les mêmes. Le premier doit s’adapter aux réalités du second et en particulier à celui des jeunes agriculteurs.

M. Tarabella déplore le manque de cohérence existant entre les différentes politiques, lui qui plaide pour que l’on place l’agriculture en perspective avec les politiques commerciale, environnementale, de développement. Sans oublier la dimension des droits de l’Homme.

Conseil Circus

Au final, le social-démocrate se montre extrêmement critique sur la réforme qu’il taxe d’accord au rabais.

Il a saisi l’occasion pour critiquer vertement le système de présidence tournante de l’UE, un « cirque » qui nuit à la bonne continuité des négociations. Pourquoi changer une équipe au moment où l’on arrive au 30 juin ou au 31 décembre…

Je pense que l’on est arrivé à la fin de cet exercice, ose-t-il. A vingt-sept pays, on ne peut plus avoir de stratégie intelligente, notamment dans l’intérêt des agriculteurs européens.

L’Europe dépassée

Le Conseil est devenu un frein aux nécessaires changements, les dossiers ne sont plus améliorés qu’à la marge.

Contrairement aux grands acteurs mondiaux que sont les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Europe est devenue incapable d’élaborer une stratégie dans l’intérêt du secteur clef qu’est l’agriculture.

Marie-France Vienne