Anne Sander: «On ne peut envisager la PAC qu’à travers le seul prisme environnemental»

«Outre un financement adéquat, il faut donc rendre le métier d’agriculteur plus attractif pour favoriser l’installation des jeunes» indique l’eurodéputée démocrate-chrétienne  française Anne Sander.
«Outre un financement adéquat, il faut donc rendre le métier d’agriculteur plus attractif pour favoriser l’installation des jeunes» indique l’eurodéputée démocrate-chrétienne française Anne Sander.

Un résultat qui sera, selon elle, bénéfique tant au niveau du revenu agricole que des territoires ruraux, notamment en matière d’emploi.

Quel est votre sentiment après ce vote ?

C’est un soulagement car nous avons redouté une remise à plat des travaux dans la foulée de l’élection européenne. Ceux qui voulaient rouvrir les négociations sont les mêmes qui ont voté aujourd’hui contre cette nouvelle PAC. Ce sont des collègues qui envisagent cette dernière à travers le seul prisme environnemental. Or il faut absolument y adjoindre la dimension économique. Sans durabilité économique, il n’y aura pas de durabilité environnementale et climatique.

Y avait-il donc urgence à voter la réforme ?

Oui, parce que l’on a déjà pris beaucoup de retard, on a eu le règlement de transition que l’on ne pouvait pas prolonger ad vitam aeternam car il fallait donner à la fois de la stabilité et de la visibilité au monde agricole.

Que répondez-vous à celles et ceux, nombreux, qui ont évoqué une « renationalisation » de cette PAC ?

Qu’il s’agit d’une volonté de la commission, d’ailleurs soutenue par certains États membres qui appréciaient de pouvoir bénéficier d’une certaine flexibilité. Tout le travail du parlement a donc justement été de réintroduire le « c » de « commune » à cette politique. On revient de loin mais nous l’avons clairement rétabli. Les conditions de production sont différentes selon les pays, mais on a besoin de normes communes fortes, d’un contrôle des stratégies de chaque État et d’un instrument centralisé pour identifier les bénéficiaires des subventions. La commission va, elle aussi, jouer un rôle essentiel car c’est elle qui devra s’assurer que le cadre commun et l’ambition environnementale de la PAC soient bien respectés par les États membres qui lui soumettront, d’ici quelques jours, leurs plans stratégiques nationaux. Ils circuleront entre les différentes directions générales, car il n’y aura pas seulement l’agriculture, mais aussi l’environnement ou encore la santé. Nous n’attendons pas de la commission qu’elle aille embêter les agriculteurs sur le terrain ou dans leurs exploitations, mais qu’elle soit ferme avec les États membres en exigeant qu’ils utilisent de façon pertinente les financements européens tout en respectant les règles européennes. La grande priorité doit être de simplifier la vie des agriculteurs. C’est la base de tout et le parlement y a beaucoup travaillé.

Cette nouvelle PAC en fera-t-elle assez pour les jeunes ?

Un effort financier a été fait dans le bon sens, mais si cet accompagnement est important pour faire en sorte qu’il y ait des jeunes qui se décident à franchir le pas, il y a tout un travail à réaliser sur l’image et les pratiques du monde agricole. Si vous expliquez à un jeune qui souhaite s’installer qui lui faudra retourner à l’agriculture d’antan parce que l’on ne veut pas progresser sur l’agriculture de précision ou sur les NBT, c’est sûr que cela ne lui donnera pas l’envie de s’installer. Outre un financement adéquat, il faut donc rendre le métier d’agriculteur plus attractif pour favoriser l’installation des jeunes. Ce métier est désormais pluriel. L’agriculteur d’aujourd’hui et de demain est en effet un chef d’entreprise qui doit disposer de compétences tant en agronomie qu’en économie, en ressources humaines, en gestion de données et qui maîtrise les nouvelles technologies.

La France prendra la présidence de l’Union d’ici quelques jours, quelles seront les grandes orientations en matière d’agriculture ?

Le principal sujet politique que portera notre pays sera les clauses miroir. Nous plaidons pour que l’UE impose ses normes environnementales aux produits qu’elle importe. Il est essentiel qu’un consensus européen émerge et porte une attention particulière sur ces mesures miroir car personne ne peut comprendre qu’aujourd’hui entrent sur le marché européen des produits qui n’ont pas été fabriqués avec les mêmes normes de protection de l’environnement et du climat. La France travaillera aussi sur les Indications géographiques et la mise en place des différents éléments du Pacte vert dont la plupart des textes législatifs doivent être présentés d’ici à l’été 2022.

Marie-France Vienne