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En période de fauche, prêtons attentionaux faons et nids dissimulés dans les hautes herbes

Les fauches débutent et, dans les parcelles fréquentées par les chevreuils, levreaux et oiseaux nicheurs, les animaux entrent malheureusement souvent en contact mortel avec les machines. Pour prévenir ces accidents, l’asbl Sauvons Bambi propose gratuitement ses services aux agriculteurs.

Temps de lecture : 6 min

Chaque année, au printemps, de nombreux animaux sauvages sont tués ou mutilés sous les faucheuses. Outre les pertes tristes et inutiles pour la faune et le choc qu’une telle mésaventure provoque chez le cultivateur, cela peut également avoir des conséquences non négligeables sur l’alimentation des animaux d’élevage et provoquer des intoxications alimentaires. Afin d’éviter cela, l’asbl Sauvons Bambi propose ses services pour détecter les faons de chevreuils, nids d’oiseaux et levreaux juste avant la fauche. Cédric Petit, fondateur de l’asbl, nous explique le principe.

Sauvons Bambi

L’asbl Sauvons Bambi, dont le nom comme le dessin animé marque les esprits, a été créée officiellement en 2021 mais, des tests et détections sont déjà réalisés depuis 2019. « Étant issu du milieu agricole, j’avais souvent entendu parler de problèmes de décès de faons lors des fauches et il me semblait important d’y trouver une solution. Après quelques recherches, j’ai constaté que des expériences de détection avec drones équipés de caméras thermiques et de jour avaient déjà lieu en Suisse et aux Pays-Bas. J’ai donc décidé de m’équiper et de réaliser des tests. C’est en 2020 que la solution adéquate a été élaborée. À ce moment, quelques survols ont déjà été réalisés avec un ami et nous avons pu sauver une cinquantaine de faons », explique Cédric Petit.

Les équipements de détection utilisés coûtent entre 6.000 et 8.000 euros.  La possession d’une licence est nécessaire à leur utilisation. Aucune prise d’images  ni d’enregistrements ne sont réalisés. Les vols respectent donc la protection de la vie  privée et les règles d’accès à l’espace aérien belge dictées par l’État..
Les équipements de détection utilisés coûtent entre 6.000 et 8.000 euros. La possession d’une licence est nécessaire à leur utilisation. Aucune prise d’images ni d’enregistrements ne sont réalisés. Les vols respectent donc la protection de la vie privée et les règles d’accès à l’espace aérien belge dictées par l’État.. - Sauvons Bambi

S’en suit donc la création de l’asbl qui s’équipe de drones pour répondre à la demande des agriculteurs. Sauvons Bambi fonctionne grâce aux dons d’argent et de soi : « En effet notre équipe est composée de 24 pilotes bénévoles passionnés de nature qui possèdent une licence et utilisent leur propre matériel ou celui prêté par l’asbl. Il s’agit de gens retraités ou personnes travaillant à horaires réduits ou différés qui peuvent se rendent rapidement disponibles à travers toute la Wallonie. Cette année, nous pourrons même proposer nos services au Luxembourg puisque Sauvons Bambi Luxembourg vient tout juste d’être créée avec 4 pilotes et 4 drones ».

En pratique

Les pilotes sont actifs de mai à juin. Ils œuvrent en général tôt le matin, entre 5h et 9h, car dès que le soleil est présent la détection est plus difficile et il faut davantage de temps pour confirmer la présence d’un animal. « La détection dépend de la température, la hauteur et la densité de l’herbe mais dans les bonnes conditions, elle est rapide. On survole 10 ha en 20 minutes à peine. En plein soleil, les choses se compliquent, ça devient difficile de faire la différence entre un faon et une motte de terre ».

Les faons bougent seuls dès l’âge de trois semaines. Les animaux plus âgés sont  donc souvent attrapés avec des filets pour éviter de devoir les courser.
Les faons bougent seuls dès l’âge de trois semaines. Les animaux plus âgés sont donc souvent attrapés avec des filets pour éviter de devoir les courser. - Sauvons Bambi

Les pilotes peuvent être disponibles en 2h de temps mais pour une meilleure prise en charge, l’asbl est contactée 24h avant la fauche par l’agriculteur, le garde-chasse ou le propriétaire de la parcelle. « Nous allons à la rencontre de la personne de contact et nous réalisons notre survol. Les animaux détectés sont en général mis à l’abri en lisière, dans un endroit caché pour éviter les attaques de prédateurs tels que les renards ou les rapaces. Ils sont déplacés avec soins et précautions pour ne pas laisser d’odeur. Nos pilotes sont formés dans ce sens : on utilise des gants en latex, on les touche le moins possible, on prend de l’herbe dans nos mains pour les déplacer… Les animaux sont placés sous boîte afin qu’ils ne pénètrent à nouveau dans la parcelle ».

Les faons ne peuvent rester que quelques heures prisonniers et de préférence sous surveillance car la chevrette peut essayer de les libérer. « Il est donc nécessaire que la fauche soit réalisée dans un délai assez court après notre intervention pour leur bien-être et éviter qu’ils ne s’installent à nouveau dans le champ ».

Les nids d’oiseaux

Les drones peuvent également mettre en évidence la présence de nids. Si l’on souhaite vraiment les préserver, la seule solution est de laisser une zone de 5m² non fauchée autour de celui-ci : « Cette solution ne fait pas vraiment l’affaire des cultivateurs et, de toute façon, elle n’est pas idéale car, la zone étant unique et isolée, le nid est rapidement repéré par les prédateurs. Le sauvetage concerne donc en général plus particulièrement les œufs qui sont confiés à des associations spécifiques et mis sous couveuse ».

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Pour détecter la présence de faons ?

Les parcelles concernées par la présence de faons sont celles proches de bois néanmoins, les cultivateurs ne sont pas toujours conscients du problème : « En effet, un jeune faon n’est pas plus grand qu’un gros lièvre et l’agriculteur n’a très souvent pas conscience de son passage dans l’outil. L’animal est caché dans l’andain à l’arrière. Une motte de terre fait parfois plus de bruit qu’un faon broyé dans la machine. Lors des premières fauches, lorsque les animaux sont très jeunes, le seul moyen de s’en rendre compte est de constater la présence de la mère qui pleure dans le champ ou de rapaces qui tournent. Lors de la seconde fauche, les animaux sont un peu plus grands et se font souvent estropier. Les agriculteurs ayant vécu cette expérience assurent ne plus vouloir y être confrontés et prennent souvent contact avec nous ».

Pour éviter ces mésaventures, quelques repérages préventifs peuvent être utiles : « Cela demande un peu de temps et nous sommes bien conscients que cela n’est souvent pas possible pour les agriculteurs mais il est toujours bon d’être attentifs à certains signes tels que la présence de couches de chevreuils en lisière de bois. Si on repère des chevreuils en soirée, on peut plus que présumer de la présence de mère qui risque de mettre bas dans les hautes herbes. Une chevrette qui fuit au dernier moment est également un signe indéniable de la présence de faons dans les 50 mètres. Enfin, tout comportement anormal de l’animal, qui tourne en rond, détale à la dernière minute ou s’approche du véhicule… assure la présence de faons ».

La mère n’est jamais tout à côté de sa progéniture sauf quand elle allaite. Elle bouge les faons de place à intervalles réguliers, il est donc très difficile de les repérer puisqu’ils sont éduqués à se tapir sans bouger dans l’herbe. « Il ne sert à rien de parcourir le champ en tapant des mains, ils ne partiront pas. Les battues avec chien prennent du temps et sont inutiles car les faons n’ont pas d’odeur. De même la présence d’épouvantails, la diffusion de musique ou d’ultrason ne servent à rien car les animaux s’y habituent rapidement. En bref, appelez-nous, nous nous rendons disponibles rapidement et gratuitement. Notre intervention peut même faire le bonheur des enfants de la famille ! », conclut Cédric Petit.

D. Jaunard

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