L’usage et l’achat d’antibiotiques à usage vétérinaire ont diminué en 2021

Pour le professeur Jéroen Dewulf, de l’UGent: « Les niveaux de résistance en médecine vétérinaire sont encore élevés, il y a donc encore du pain sur la planche,  mais le travail que nous avons tous fourni n'a clairement pas été vain.»
Pour le professeur Jéroen Dewulf, de l’UGent: « Les niveaux de résistance en médecine vétérinaire sont encore élevés, il y a donc encore du pain sur la planche, mais le travail que nous avons tous fourni n'a clairement pas été vain.» - SN

Lors de la célébration du 10e anniversaire de l’Amcra, le centre de connaissances concernant l’utilisation des antibiotiques et l’antibiorésistance chez les animaux, le professeur de l’UGent Jeroen Dewulf s’est intéressés aux données liées à l’usage d’antibiotiques et des aliments médicamenteux pour l’année 2021.

Données de vente sous la loupe

Le professeur Dewulf : « Pour avoir une idée de la quantité d’antibiotiques (AB) vendus, il est important que nous ayons également une idée du nombre d’animaux en Belgique et au sein de chaque espèce. Pour les animaux de ferme, ces chiffres sont raisonnablement complets, mais pour les chevaux et les animaux de compagnie, nous ne disposons malheureusement pas de statistiques nationales. Certaines bases de données sont privées et il est également difficile d’estimer la taille moyenne d’un chien et la quantité d’AB qui lui est administrée.

En 2020, l’utilisation de l’AB a augmenté. Cette année a donc été un soulagement lorsque nous avons constaté une diminution de 8,4 %. Au début de 2021, le gouvernement fédéral, l’Amcra et les partenaires industriels ont signé une deuxième convention sur les antibiotiques pour la période 2021-2024. Elle comprend les objectifs de réduction énumérés dans la « Vision 2024 » par rapport à la vente d’antibiotiques chez les animaux.

D’ici 2024, les ventes de l’ensemble des antibiotiques devraient diminuer de 65 % par rapport à 2011. Dans l’intervalle, une diminution de 44,6 % a été obtenue.

Pour la vente de colistine, un objectif d’utilisation maximale de 1 mg/kg de biomasse a été fixé. En 2021, nous semblions être à 1,17 mg/kg de biomasse. Par rapport à 2020, cela représente une diminution de 12,3 %. Par rapport à 2012, cela représente une diminution de 75,4 %.

La vente d’aliments pour animaux devrait diminuer de 75 % par rapport à 2011. Actuellement, ils ont déjà chuté de 74,2 %. C’est 12,9 % de plus qu’en 2020.

L’objectif pour les ventes d’antibiotiques d’importance critique a également été fixé à -75 %. Actuellement, nous avons déjà atteint une réduction de 89,9 %. Cela représente une diminution de 42,8 % par rapport à 2020. »

Coup d’œil sur les données d’utilisation

L’obligation d’enregistrer l’utilisation d’antibiotiques au niveau des exploitations dans la base de données nationale Sanitel-Med, a permis de fixer des objectifs chez les porcs, les poulets de chair et les veaux de boucherie. Dans toutes ces espèces une réduction de l’usage d’antibiotiques est observée en 2021 par rapport à 2018 (première année pour laquelle on dispose des données de référence) et 2020. Néanmoins, les utilisateurs en zone d’alarme1, caractérisés par une utilisation structurellement élevée d’antibiotiques, représentent respectivement 9 % et 13 % de toutes exploitations chez les porcs et les veaux de boucherie. Chez les poulets de chair, on en compte approximativement 0,4 %.

Les utilisateurs en zone d’alarme ne devront pas représenter plus d’1 % de l’ensemble des exploitations fin 2024. Dans la Vision 2024 ainsi que dans le plan d’action national One-Health contre la résistance aux antimicrobiens, le coaching a été identifié comme une intervention pouvant favoriser un changement durable dans l’utilisation d’antibiotiques. Dans le cadre de la Convention antibiotiques 2021-2024 plusieurs organisations se sont engagées à utiliser le coaching et favoriser l’implémentation de celui-ci afin d’accompagner les éleveurs et les vétérinaires

Ce qui inquiète le professeur : les données sur les ventes et l’utilisation s’éloignent soudainement les unes des autres. Ces chiffres devraient en fait se rapprocher, maintenant que les données sont enregistrées avec de plus en plus de précision. Selon lui, deux explications sont possibles : soit les données d’utilisation ne sont pas régulièrement enregistrées correctement, soit les vétérinaires ont constitué un stock d’antibiotiques plus important en raison de la hausse des prix. M. Dewulf espère que ce sera le cas, mais les chercheurs ne verront qu’avec les chiffres de l’année prochaine s’il y a eu un nouveau déclin.

À côté des initiatives précurseurs déjà mises en place par certains gestionnaires de cahiers de charge, il deviendra légalement obligatoire dans la deuxième partie de l’année d’enregistrer les antibiotiques utilisés chez tous les bovins et toutes les espèces de volailles dans Sanitel-Med : une étape fondamentale afin de mettre en place, d’ici quelques années, un trajet de réduction spécifique à ces espèces. Un autre secteur, celui des animaux de compagnie, connaîtra bientôt un changement important : les conditions d’utilisation des antibiotiques d’importance critique seront également appliquées. Il sera donc fondamental de poursuivre la formation et la sensibilisation de tous les acteurs concernés par ces nouvelles initiatives.

La résistance aux antibiotiques a tendance à diminuer

Un signal positif émane de la surveillance des résistances aux antibiotiques : la tendance de diminution du nombre de souches d’E. coli multirésistantes chez ces animaux producteurs de denrées alimentaires se maintient aussi en 2021, ainsi que la diminution de l’antibiorésistance vis-à-vis des antibiotiques d’importance critique. L’antibiorésistance d’autres bactéries est également évaluée (Enterococcus faecium et E. faecalis, Staphylococcus aureus résistants à la méthicilline) chez les animaux producteurs de denrées alimentaires : les résultats montrent une stabilisation ou une légère diminution des prévalences.

Les pays voisins font mieux

« Si l’on compare la Belgique à ses pays voisins, elle a toujours la consommation d’AB à usage vétérinaire la plus élevée. Cette différence tend toutefois à se réduire, et cela devrait se poursuivre dans le temps. »

« Je vois un grand potentiel de réduction supplémentaire, entre autres au niveau du tarissement sélectif des vaches laitières. Cette méthode n’est pas encore suffisamment connue ou utilisée par les producteurs laitiers », déclare M. Dewulf.

Encore du travail à faire

Si les résultats d’utilisation et de résistance aux antibiotiques en 2021 sont positifs, l’analyse détaillée des résultats par espèce animale met en évidence les défis qui devront être relevés d’ici fin 2024, en passant par le benchmarking et l’identification des gros utilisateurs, le coaching des utilisateurs en zone d’alarme. Le défi ? Réduire significativement le nombre de ces derniers dans les secteurs des porcs et des veaux de boucherie et à maintenir le faible taux d’utilisateurs en zone d’alarme dans le secteur des poulets de chair. La sensibilisation et la communication devront être renforcées afin d’informer tous les partenaires des nouvelles obligations légales ou de toutes les autres initiatives pertinentes.

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