Surveiller la faune sauvage, pour protéger nos élevages

En Wallonie, la faune sauvage (cerfs et chevreuils, sangliers, renards…) fait l’objet d’une surveillance poussée et ce, pour trois raisons. Premièrement, dans le but de détecter l’apparition de nouvelles maladies et, le cas échéant, d’envisager une lutte précoce. Deuxièmement, en vue de déterminer l’importance réelle des maladies présentes et suivre leur évolution afin de proposer ou non des plans de lutte. Et, troisièmement, afin de fournir diverses données permettant de réaliser des études ciblées.

Ces trois missions ont été confiées au Réseau de surveillance sanitaire de la faune sauvage, placé sous la responsabilité du professeur Annick Linden. En les remplissant, ledit Réseau peut aussi conseiller les autorités dans leurs prises de décision.

Combiner surveillances active et passive

Sur le terrain, la surveillance de la faune et des agents pathogènes peut être ciblée, c’est-à-dire programmée et basée sur un échantillonnage aléatoire des animaux abattus à la chasse. Des agents pathogènes précis sont alors recherchés. Cette méthode est appliquée durant la saison de chasse sur les espèces gibier, dans toute la Wallonie.

Elle peut aussi être passive, via l’autopsie d’animaux sauvages retrouvés morts ou de gibier abattu pour raisons sanitaires. Toutes les espèces sauvages de Wallonie sont analysées, à tout moment de l’année. « Nous pouvons identifier les causes du mauvais état sanitaire ou de la mort d’un animal et, ainsi, tenir à l’œil les différents agents pathogènes présents dans le milieu naturel », détaille Mme Linden. Trente congélateurs sont d’ailleurs répartis en Wallonie, afin d’y déposer les animaux trouvés morts qui seront ensuite conduits pour analyses à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Liège. Cela concerne plus de 2.000 animaux sauvages par an.

Tuberculose : vigilance maximale

Les études ciblées portent sur plusieurs maladies, parmi lesquelles la tuberculose bovine et la paratuberculose.

« La gestion de la tuberculose se complexifie lorsque des populations sauvages sont infectées. Une intervention rapide et immédiate est requise. » Heureusement, l’agent pathogène n’est pas présent au niveau de la faune sauvage belge. Toutefois, on le retrouve en France, surtout sur des blaireaux. « La présence du pathogène à proximité de la frontière franco-belge oblige à la prudence. La surveillance est donc continue, afin de réduire les risques de contamination de nos élevages. »

Entre 2014 et 2016, plus de 5.000 animaux ont été autopsiés dans le cadre du projet Wildtrub visant à surveiller l’évolution de la tuberculose bovine chez la faune sauvage. Aucun cas de contamination n’a été recensé.

Des foyers de tuberculose bovine sont retrouvés sporadiquement dans des élevages belges mais notre pays est considéré comme étant officiellement indemne depuis 2003.

La paratuberculose constitue quant à elle un réel problème pour la faune sauvage, où elle est présente. Tout animal contaminé doit être abattu. « Détecter la maladie au sein d’un troupeau de bovins ne signifie pas obligatoirement que la contamination a eu lieu par l’intermédiaire d’un animal sauvage. Les premières sources de contamination des bovins sont les bovins eux-mêmes, notamment par l’intermédiaire du colostrum et du lait de mères infectées ou par l’ingestion d’aliments souillés par des matières fécales. Le jeune veau est donc souvent contaminé par un autre membre du troupeau », met en garde Annick Linden.

La faune sauvage constitue donc un problème lorsque l’éleveur prend déjà un maximum de précaution et n’achète que des animaux de statut connu, à savoir indemne.

Brucellose : du sanglier aux bovins, un événement rare

La Belgique est officiellement indemne de brucellose bovine depuis 2003, bien que deux foyers aient été identifiés dans des élevages wallons en 2012 et 2016.

Dans un cas comme dans l’autre, la souche identifiée était Brucella suis. « Des sangliers étaient responsables de ces contaminations accidentelles et de l’abattage des bovins qui en a découlé. En Wallonie, l’agent pathogène circule de manière endémique chez ces animaux. » Une étude montrant même que plus d’un sanglier sur deux possède les anticorps de la maladie.

La présence de Brucella suis au sein d’un troupeau bovin reste un événement rare. La contamination se fait par ingestion. Elle ne se propage pas à tout le troupeau, contrairement à Brucella abortus. Toutefois, les autorités requièrent l’abattage de l’entièreté du cheptel, malgré que la maladie ne soit pas contagieuse chez les bovins.

A contrario, les risques de contamination des porcs de plein air par Brucella suis sont bien réels. Les cervidés ne sont quant à eux porteurs d’aucune des deux souches.

Fièvre catarrhale ovine : pas de réel réservoir

Le virus de la fièvre catarrhale ovine passe chez les cervidés, qui peuvent donc être infectés, mais par chez le chevreuil. Il n’y a toutefois pas eu de chute de la population de cervidés et le nombre de cerfs contaminé est en décroissance.

On peut donc dire que les cervidés ne constituent par un réservoir du virus de la fièvre catarrhale ovine.

Maladie d’Aujeszky : aucun « saut » constaté

La Belgique est indemne de maladie d’Aujeszky depuis 2011 mais le virus circule de manière endémique et asymptomatique dans les populations de sangliers. Dans les élevages, la vaccination est interdite, afin que les tests puissent détecter d’éventuels nouveaux cas suspectés. Aucun « saut » du virus depuis la faune sauvage (sangliers) vers des porcs d’élevage n’a été constaté chez nous. En France, au contraire, cela se serait déjà produit à deux reprises.

La maladie d’Aujeszky est non transmissible à l’homme mais présente un danger mortel pour les chiens, de chasse notamment. Pour ces derniers, un vaccin inactivé est disponible. « Il n’est pas efficace à 100 % ; il ne faut jamais donner d’abats de sanglier à son chien. »

La peste porcine africaine est quant à elle bien présente dans les populations de sangliers du sud de la province de Luxembourg, en témoignent les événements de ces derniers mois. Toutes les mesures sont prises pour évacuer les carcasses potentiellement infectées de la zone contaminée. Diverses dispositions ont également été prises en vue d’éradiquer les sangliers dans un périmètre défini par les autorités belges, en collaboration avec les autorités européennes (lire aussi notre édition du 18 juillet).

La peste porcine « classique » est, elle, absente des populations sauvages.

Trichinella : peu de risques

Concernant Trichinella spp, le territoire belge est considéré comme étant « à risque négligeable ». « Ce pathogène est très peu présent en Wallonie et est plus problématique pour l’homme que pour les animaux d’élevage. » Aussi, les analyses sont obligatoires sur les sangliers chassés, bien que les cas positifs soient très rares.

Il est bon de rappeler que fumer, congeler ou saumurer ne suffit pas pour tuer toutes les espèces de trichines que l’on peut retrouver. Seule une cuisson à cœur, supérieure à 70ºC, permet de s’assurer de l’état sanitaire de la viande.

D’autres études sont également réalisées sur des carnivores. Elles ciblent, entre autres, l’échinococcose, la maladie de Carré, la gale sarcoptique et la rage.

Une stratégie, plusieurs piliers

Les stratégies de prévention et de lutte contre ces maladies reposent sur de multiples piliers, comme la formation et l’information du milieu cynégétique (chasseurs, agents forestiers, promeneurs…), la mise en place de plans de prévention et de lutte conjoints (collaboration entre l’Afsca et les Régions), l’application de règles de biosécurité strictes (aussi bien du côté des éleveurs que des chasseurs), des campagnes d’abattages, la gestion des populations et le suivi de programmes de vaccination. À cela, s’ajoutent les tirs sanitaires qui permettent d’éliminer, toute l’année, des animaux malades ou affaiblis et potentiellement contagieux, à condition que les cadavres soient ensuite envoyés à l’Université de Liège pour autopsie.

Et Annick Linden de conclure : « La formation des chasseurs et des agents forestiers est capitale. Ils sont témoins de ce qui se passe sur le terrain, en forêt, et nous transmettent leurs observations. Ce sont de véritables sentinelles ».

J.V.

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