Une phase test est lancée dans 10 communes !

La problématique de la protection chimique des plantes de grandes cultures et des risques liés à leur emploi dépasse aujourd’hui largement les frontières du monde agricole et est devenue un sujet de société. En témoignent les nombreux articles et débats consacrés à ce sujet, ces dernières années. Il en résulte des interrogations de la part des citoyens et des incompréhensions et une profonde lassitude du côté des agriculteurs.

Méconnaissance, malentendus et absence de dialogue

Coordinateur du Collège des producteurs wallons, Emmanuel Grosjean dresse brièvement le tableau de ces interrogations et incompréhensions réciproques.

D’un côté, les agriculteurs se sentent de plus en plus stigmatisés par la société. Ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent constamment se justifier, estimant que pour la grande majorité, ils travaillent à bon escient, en respectant les bonnes pratiques, avec des produits autorisés, et des équipements d’une très grande précision. Comment dans ce contexte se faire comprendre, comment dialoguer avec les riverains ?

De l’autre côté, les autorités communales sont de plus en plus souvent interpellées par des riverains, inquiets – voire hostiles – quant à l’usage des produits phytosanitaires et de leurs répercussions possibles sur l’environnement et sur leur santé. Certains font également remonter l’objet de leurs préoccupations à diverses associations notamment environnementales. Comment appréhender ces interrogations, ces craintes ?

« Constat supplémentaire, poursuit Emmanuel Grosjean, sans nier les problèmes, en réalité très rares sont les agriculteurs qui ont été déjà été confrontés à des situations conflictuelles avec leurs concitoyens autour de cet usage des produits de protection des plantes qui pourtant alimente beaucoup les conversations. C’est en tout cas ce qui ressort d’une enquête menée il y a 9 mois auprès des producteurs wallons. »

Autrement dit, l’absence de dialogue est vraiment le nœud de ces incompréhensions réciproques.

Sortir de cette impasse…

C’est justement pour favoriser ce dialogue qu’une dizaine d’organisations se sont réunies au sein d’un Collectif Référentiel Phyto. Constitué des Bauernbund, Fugea, Fwa, Fédération wallonne horticole, Collège des producteurs, Comité régional phyto, Centre wallon de recherches agronomiques, Institut Eco-Conseil, Protect’eau, Spw Dgarne, Union des Villes et Communes de Wallonie, ce collectif a planché pendant plusieurs mois sur la rédaction d’un référentiel d’actions qui peuvent être engagées, à l’échelle communale, sur cette problématique de l’utilisation des produits phyto en agriculture. Et cela, dans le cadre d’un dialogue construit et apaisé entre agriculteurs et riverains plutôt que dans des débats où la passion l’emporte souvent sur la raison.

Les actions envisagées répondent à un double objectif :

– susciter la prise d’engagements volontaires par les agriculteurs et entrepreneurs de travaux agricoles, en plus des mesures légales, afin de limiter les risques liés aux produits phyto ;

– convaincre les agriculteurs d’expliquer à leurs concitoyens le pourquoi et le comment de leurs interventions dans les champs, afin de favoriser une meilleure compréhension de l’utilisation de ces produits.

… avec un référentiel du vivre ensemble en 17 actions

Concrètement, le « référentiel du vivre ensemble » issu de cette concertation de longue haleine se présente sous la forme d’un document proposant en 17 actions clés une série de bonnes pratiques et actions volontaires au niveau local, de nature à engager et/ou favoriser la communication entre agriculteurs et riverains pour mieux comprendre et se comprendre.

Ces actions se répartissent au sein de 5 volets prioritaires, savoir :

– privilégier la concertation entre agriculteurs et riverains ;

– ne traiter les cultures que lorsque c’est indispensable, et raisonner les traitements ;

– prendre en compte les conditions atmosphériques lors des traitements ;

– mettre en œuvre des mesures anti-dérive ;

– utiliser le matériel de manière adéquate et disposer d’infrastructures adaptées.

Se rencontrer et agir dans la proximité

Pour être efficace et obtenir de réelles avancées, plutôt que concevoir un cadre très formel de bonnes pratiques à l’échelle régionale, le collectif a d’emblée décidé de situer son initiative au niveau communal, car c’est à cette échelle qu’il faut nouer le dialogue et trouver les solutions de manière constructive.

Emmanuel Grosjean : « nous pensons que travailler dans un territoire particulier avec des relations proches entre voisins et agriculteurs sur des situations concrètes sera plus efficace que les longs discours généralistes qui ne serviront qu’à renforcer l’audience des positions et discours extrêmes.

Cette approche locale, ciblée sur des situations bien concrètes, invitera aussi la petite proportion d’agriculteurs « moins attentifs » à travailler plus proprement !

La phase pilote commence début septembre…

La mise en œuvre de ce « référentiel du vivre ensemble » prendra son envol le 1er septembre, avec une dizaine de communes pilotes et pour une période de 6 mois. Cette phase vise à préparer la campagne de pulvérisation du printemps 2020, avec des rencontres et des prises d’engagements entre agriculteurs et riverains. Elle sera également mise à profit pour valider la méthode pratique, décrite ci-après, de manière à pouvoir ouvrir le référentiel, début avril prochain, à davantage de nouvelles communes intéressées par la démarche.

… en trois étapes bien concrètes

En pratique, en septembre et octobre prochains, dans chacune de ces communes pilotes, la première action du collectif consistera en une réunion d’information à l’attention des agriculteurs qui prendront ainsi connaissance du projet. À l’issue de celle-ci, les agriculteurs disposés à s’engager dans ce dialogue avec leurs concitoyens seront invités à signer un engagement « généraliste ». Des priorités d’action à proximité de sites sensibles (école, cours d’eau…) seront également identifiées.

La 2e étape, de décembre 2019 à mars 2020, permettra dans chaque commune pilote, de réunir les autorités locales, les agriculteurs signataires de la démarche générale et les riverains concernés par des situations locales bien concrètes. À la suite de ces échanges et sur la base du référentiel du vivre ensemble, les producteurs et les riverains seront invités à prendre et formaliser des engagements volontaires partagés et spécifiques. Ces mesures concrètes peuvent être : l’échange d’informations sur l’organisation des travaux agricoles, la prise en compte d’événement familiaux (fête dans le jardin d’un riverain) dans le planning des pulvérisations, etc.

La 3e étape prévue au printemps prochain consistera à veiller au respect des engagements pris.

Évaluation et mise à l’échelle

La phase test permettra d’évaluer les besoins en ressources pour la phase de mise à l’échelle. En effet, le retour sur expérience à la suite de la phase pilote permettra au collectif de mieux identifier les ressources nécessaires pour assurer le succès du Référentiel auprès d’un nombre croissant de communes wallonnes.

Plus d’informations : www.collegedesproducteurs.be

M. de N.

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