Accueil Elevage

Offrir une seconde chance aux animaux maltraités: le combat d’Animal sans toit

Depuis plus de 20 ans, le refuge Animal sans toit accueille les animaux abandonnés, saisis par les autorités ou victimes de maltraitance. Au fil du temps, cette Asbl, située à Faimes, s’est développée afin d’offrir des conditions optimales à ses pensionnaires, qu’il s’agisse d’animaux domestiques, d’équidés, de bovins ou d’autres résidents de la ferme. Au total, ce sont ainsi 325 bêtes qui sont hébergées dans cette arche de Noé.

Temps de lecture : 6 min

Avec gourmandise, un cochon Mangalica se lèche les babines pour ne rien perdre de la nourriture qu’il vient de recevoir, sous les regards amusés des soigneurs. Pendant ce temps, plusieurs chevaux peuvent se dégourdir les jambes dans la piste intérieure. À quelques mètres de là, deux vaches acceptent sans rechigner leur dose de caresses quotidiennes. Ces bovins, âgés de 14 ans, étaient pourtant destinés à un destin bien plus tragique. Lorsqu’ils n’étaient encore que des veaux, leur propriétaire les avait placés dans l’arrière-boutique d’un magasin de reptiles. Leur rôle ? Servir de nourriture aux… serpents !

Heureusement, depuis, tous ces animaux au passé douloureux peuvent couler des jours heureux chez Animal sans toit, un refuge situé à Faimes, près de Waremme. Ici, se trouvent pas moins de 325 bêtes.

Bien entendu, il y a les chiens et les chats, mais aussi une cinquantaine d’équidés, une dizaine de bovins, neuf cochons, une cinquantaine de moutons, une vingtaine de chèvres, ainsi que d’autres bêtes, comme les rongeurs ou encore les oiseaux.

« C’est mon épouse qui a fondé l’Asbl en 2002. Nous l’avons ensuite développée pour nous établir à Faimes en 2012 », explique Fabrice Renard, le responsable. Un homme qui consacre véritablement toute sa vie au bien-être des bêtes, puisqu’il travaille également comme inspecteur à la Société royale protectrice des animaux.

Il continue : « Ici, nous avons souhaité nous axer sur d’autres animaux que les chiens et les chats. En effet, en intervenant sur le terrain, je me suis rendu compte qu’il était très compliqué de trouver un endroit pour placer les bovins, cochons, chèvres, moutons et équidés. Peu de refuges sont agréés pour les accueillir dans de bonnes conditions. Il faut des infrastructures adéquates ».

Les animaux, comme les cochons,  termineront leur vie au sein de l’Asbl.
Les animaux, comme les cochons, termineront leur vie au sein de l’Asbl. - D.T.

Pourtant, ces laissés-pour-compte sont nombreux. C’est particulièrement le cas des chevaux. Des équidés faciles à acquérir, mais chers à entretenir. « Il y a énormément de demandes… Beaucoup de personnes n’en veulent plus car elles ne savent pas payer leurs frais. Ou alors, le cheval est blessé, boiteux, et elles ne souhaitent plus les assumer ».

Des abandons volontaires auxquels s’ajoutent les saisies ou des animaux provenant des missions de sauvetage. « Par exemple, nous avons des cochons d’élevage. Les caillebotis de l’exploitation agricole avaient cédé et les porcs sont tombés dans la fosse à lisier. Les pompiers ont dû intervenir et nous les avons sauvés. Pour ces cochons, non consommables, il n’y avait que deux issues possibles : soit ils partaient en refuge, soit c’était l’euthanasie… ».

Un budget de 350.000 € dépendant des dons

L’euthanasie, justement, ce mot ne fait pas partie du vocabulaire d’Animal sans toit. Ici, les animaux sont replacés chez de nouveaux propriétaires, comme plus de 700 d’entre eux l’année passée, ou ils terminent paisiblement leur vie au sein du refuge. C’est souvent le cas pour les bovins ou les porcs d’élevage.

Sortis de la chaîne alimentaire, ceux-ci trouvent évidemment plus difficilement un acquéreur que les animaux domestiques. « Heureusement, nous ne possédons pas de convention avec les communes. Nous n’avons donc pas l’obligation de prendre tous les animaux errants ou perdus, ce qui nous permet de limiter le nombre d’entrées », explique Fabrice Renard dont l’Asbl est financée par les dons. « Le budget annuel est de 350.000 €. Cela peut faire peur car nous sommes dépendants de la bonne volonté des gens… »

Des personnes qui contribuent à leur façon à faire vivre cette Asbl, soit en donnant de l’argent, soit en leur offrant du temps. En effet, 5 salariés travaillent chez Animal sans toit. Pour les autres, il s’agit de bénévoles.

 

Des agriculteurs parfois dépassés…

Une équipe de passionnés qui s’investit pleinement pour donner une nouvelle vie à ces animaux. Et malheureusement, le travail est loin de manquer… En effet, bien que la perception du bien-être animal ait nettement évolué ces dernières années, ces êtres désormais reconnus comme « sensibles » sont encore trop fréquemment sujets à des actes de maltraitance.

Par ailleurs, si des saisies peuvent avoir lieu chez les particuliers, Fabrice Renard, petit-fils d’agriculteurs, doit aussi intervenir dans des fermes. « Ces animaux sont retrouvés dans de mauvaises conditions soit parce que les personnes les ont négligés, soit parce que les autorités ont demandé des améliorations pour eux, et sans résultat positif, il faut saisir les bêtes ».

Si la situation a évolué positivement dans les exploitations agricoles, il reste encore du chemin à parcourir, selon lui. « Pour la majorité des interventions, ce sont des agriculteurs, souvent d’une plus ancienne génération, qui sont dépassés. C’est très compliqué car il s’agit de leur gagne-pain, mais la question du bien-être animal ne doit pas être mise de côté pour autant ».

Et cette question peut revêtir un caractère subjectif. Alors que certains estiment offrir un environnement favorable à leurs bêtes, d’un autre point de vue, cette considération n’est pas toujours partagée. « C’est pour cela que des normes existent. Cela permet d’objectiver le tout. Par exemple, offrir un abri aux animaux vivant à l’extérieur est une obligation légale. Pourtant, certains ne la respectent pas. Ce que je rencontre ponctuellement est un point de nourrissage problématique. Les animaux mangent dans des râteliers, entourés de boue et se retrouvent empêtrés parfois jusqu’au ventre ».

 

Une responsabilité morale pour les ventes d’animaux

Un autre point problématique peut également être la vente des animaux. Qui n’a jamais vu des petites annonces pour reprendre des poules pondeuses passer sur son fil d’actualité ? C’est le cas pour des poules, mais pas que… « Par exemple, un agriculteur peut avoir tendance à vendre un porc quand celui-ci n’a pas beaucoup de valeur, ce qui peut être compréhensible. Des personnes vont le prendre sans se rendre compte de ses futurs besoins… »

De plus, pour les animaux de compagnie, comme les lapins, rappelons qu’en Région wallonne, les futurs propriétaires devront être en mesure de montrer un permis de détention. « Lorsqu’il y a ce type de vente, l’agriculteur a une responsabilité morale. Il doit expliquer les conséquences d’acquérir tel type de bête, mais aussi rappeler les obligations légales, comme la traçabilité de l’animal ».

Des êtres vivants qui peuvent se retrouver dans les mains de propriétaires peu scrupuleux, ignorant complètement le cadre de vie adéquat dans lequel ces derniers doivent évoluer. Par exemple, du côté des bovins, l’un d’eux partage son box avec un mouton. Deux espèces distinctes qui vivaient ensemble lorsqu’ils ont été saisis. « Ils étaient avec 3 autres bovins… dans un abri de jardin ! Nous ne pouvons pas les séparer ». Heureusement, maintenant, ils peuvent vivre sereinement et être chouchoutés par toute l’équipe d’Animal sans toit.

A lire aussi en Elevage

La luzerne, un fourrage qualitatif à envisager dans la rotation

Elevage Riche en protéines, résistante aux conditions sèches, très bien valorisée par le cheptel… La luzerne présente de nombreux atouts. Pour en tirer le plus grand profit, il convient néanmoins de l’implanter sur des parcelles adaptées et de la faucher au moment opportun.
Voir plus d'articles