Accueil Maraîchage

Les sols maraîchers: entre fragilité et fertilité

En ce début d’année 2024, la fertilité des sols destinés au maraîchage retient toute notre attention. Il est important de tenir compte de l’état des structures, mais également des disponibilités en éléments minéraux. Une observation rapide des différentes parcelles permet de constater une large palette de situations, de la très bonne à l’épouvantablement dégradée.

Temps de lecture : 7 min

Ce sont les conditions de récoltes des cultures d’automne qui sont en cause. Les va-et-vient pour accéder aux parcelles et les parcours de récoltes eux-mêmes ont parfois été très périlleux. Même les engins légers des petites fermes maraîchères ont laissé des traces importantes.

Les quelques jours de gel de la mi-janvier n’ont que peu améliorer la situation sous la protection de la neige.

Il faut donc tenter de redonner une structure de sol convenable. Nous serons peut-être amenés à modifier les rotations prévues. Les parcelles adéquates seront destinées aux cultures à implanter en premier. Cela nous laissera un peu de temps et d’opportunité pour travailler les profils de sols fortement dégradés.

Quels éléments de fumure ?

Le chaulage peut être avancé afin d’être appliqué sur les terres à entretenir dès ce printemps. Cette opération combinée à un travail du sol en bonnes conditions contribue à redonner une structure grumeleuse. Il ne s’agit pas de chauler les sols qui n’en ont pas besoin, mais plutôt de permettre d’avancer d’un an ou de deux ans un apport déjà programmé dans notre rotation.

Ensuite, la fumure de fond concerne en premier lieu les éléments aux faibles risques de pertes par lessivage ou autres. Nous pouvons compter sur le pouvoir tampon du sol et sa capacité d’échanges. Nous pouvons également miser sur ses réserves liées à sa roche mère et aux fertilisations apportées antérieurement.

Le phosphore et le calcium subissent très peu de pertes. Dans une large majorité des terres wallonnes, les apports peuvent se raisonner dans une perspective d’une rotation complète. Les sols sablonneux ou à faible capacité d’échange seront de préférence fumés chaque année ou les deux à trois ans. Une cartographie est disponible en ligne sur le site https ://geoportail.wallonie.be/.

De plus, les laboratoires d’analyses de sol peuvent aider par les conseils et les analyses.

Par ailleurs, le potassium et le magnésium subissent un certain lessivage, et peuvent aussi faire l’objet d’une certaine consommation de luxe en cas de teneurs très élevées du sol. Les apports se raisonnent par année ou par groupe de deux ou trois années, selon la capacité d’échange de celui-ci déterminée par le labo.

La fumure de fond comprend aussi les apports des amendements de maintien des teneurs en humus et du pH

L’azote et le soufre ne sont pas gérés comme la fumure de fond. Ils sont facilement lessivés et seront apportés année après année, pour équilibrer le plus précisément les bilans suivant les besoins des cultures d’une part et d’autre part suivant les réserves du sol, les restitutions par les résidus des cultures précédentes et sa minéralisation des matières organiques. Notons que les ouvrages techniques sur le maraîchage de référence doivent être réactualisés quant à la question du soufre pour tenir compte de la réduction très significative des retombées atmosphériques en région wallonne depuis trente ans.

La fertilisation des parcelles sous tunnels maraîchers est particulière. Les apports d’eau par irrigation déterminent les mouvements verticaux des éléments minéraux solubles. Si les apports sont plus faibles que les besoins cumulés des plantes et de l’évaporation, les sels tendent à s’accumuler en surface. Les éléments qui s’accumulent comprennent des bases (sodium, potassium, etc.) et le pH remonte, parfois en excès. Cette remontée intervient aussi dans le niveau de salinité du sol de surface.

D’abord régler les éléments fondamentaux

N’oublions pas qu’avant de fertiliser ses parcelles, nous devons nous assurer de la bonne fertilité du sol en général, notamment l’état des drainages, le maintien de l’équilibre du pH et la teneur en matières organiques du sol.

Le travail répété en cours de saison tend à favoriser la minéralisation des matières organiques, en faveur d’une mise à disposition des plantes, mais aussi allant vers une réduction générale de la fertilité si nous ne prenons pas la peine d’apports suffisants. Les productions d’engrais verts en culture dérodée ou principale ont tout leur sens, qu’il y ait ou non des apports réguliers de fumier.

L’état du drainage et de semelles de labour, de pseudo-labour et les ornières de passages fréquents en périodes humides sont des éléments fondamentaux de la fertilité. Dans les petites fermes maraîchères, nous ne disposons souvent pas des engins capables de réduire ces zones de compression aux structures dégradées. C’est important de pouvoir planifier les interventions d’entrepreneurs agricoles de manière rationnelle. Vu la taille réduite des chantiers, les travaux seront commandés sur base du temps passé plutôt que sur base des surfaces comme les barèmes classiques le prévoient.

La fertilité des parcelles maraîchères ne dépend pas que de la richesse en éléments minéraux du sol. Sa structure, le drainage, l’irrigation, la rotation, les façons culturales sont tout aussi, voire plus, importantes. Avant d’entrer dans les détails, il faut d’abord régler les fondamentaux agronomiques tels que ceux qui viennent d’être cités.

Attention à l’excès de fumure

Pour différentes raisons déjà évoquées ici, nous sommes tentés d’apporter de grandes quantités de fumure de fond, notamment sous forme organique (fumier, compost), lorsque nous en disposons. Mais nous devons prendre garde de ne pas tomber dans des excès. Pour décomposer ces matières, la flore et la faune du sol auront besoin d’oxygène et l’enfouissement devra rester superficiel. De forts apports signifient aussi d’importantes mises à disposition d’éléments minéraux, après décomposition. Il faut donc que les cultures en place puissent les valoriser. Durant la phase de décomposition, l’acidité du sol peut augmenter temporairement. Il faut donc s’assurer avant ces apports que le pH soit suffisamment élevé pour que le sol puisse temporiser en suffisance cette acidification. Il peut être intéressant d’apporter un amendement calcaire, calcaro-magnésien ou sulfo-calcaro-magnésien avant (c’est-à-dire plusieurs semaines avant) les apports organiques massifs. Si les apports organiques proviennent de fumiers de ferme, soyons attentifs aux compositions attendues (idéalement après analyse, si non d’après des normes) pour choisir l’amendement calcaire le mieux adapté. En effet, beaucoup de fumiers sont riches en potassium et en azote, mais assez peu pourvus en magnésium et soufre.

Les composts de déchets verts sont disponibles partout en Wallonie et sont des sources de matières humifiables dans le sol et d’éléments minéraux. C’est un point fondamental : la teneur en matières organiques du sol.

Il est difficile de calculer les besoins pour chaque culture, d’ailleurs cela n’a pas beaucoup d’intérêt pour les petites fermes maraîchères aux tailles modestes de parcelles. Les apports globaux en éléments de fond dans la ferme doivent correspondre aux exportations par les légumes vendus auxquels on ajoute ce qui est nécessaire aux corrections mises en lumière par les analyses de sol.

Ce sera la différence entre la fumure azotée et la fumure de fond. La première est ajustée culture par culture, la seconde est, elle, réglée dans une logique de rotation. Le soufre et le magnésium ont une sensibilité au lessivage intermédiaire et seront ajustés partiellement par la fumure de fond, notamment via les amendements sulfo-calcaro-magnésiens.

Il est possible de calculer les besoins de chaque culture maraîchère, en y distinguant les exportations nettes et les mobilisations totales. Mais ce n’est vraiment pratique que dans le cas de grandes fermes maraîchères, avec des surfaces suffisamment grandes pour que les échantillons de sol puissent y être raisonnablement prélevés et surtout que la fumure puisse pratiquement être apportée parcelle par parcelle.

Dans un prochain Sillon Belge, nous poursuivrons avec les aspects de la fertilisation en maraîchage diversifié, tenant compte de différentes exigences des espèces cultivées.

A lire aussi en Maraîchage

Prix Baillet Latour: les candidatures sont ouvertes aux maraîchers innovants

Maraîchage Organisé par le fonds éponyme, dans le cadre de la Chaire en agricultures nouvelles de l’UCLouvain, le Prix Baillet Latour pour l’innovation en maraîchage récompensera, pour la cinquième année, un projet d’innovation dans le cadre de la production durable de légumes au sein d’une exploitation agricole installée en Région wallonne ou bruxelloise. 
Voir plus d'articles