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La fertilisation en maraîchage diversifié

La fertilisation des cultures maraîchères et celle des grandes cultures répondent aux mêmes principes. Il s’agit d’améliorer le sol physiquement, chimiquement ou biologiquement. Cependant, les particularités propres aux cultures maraîchères influencent les décisions prises par les producteurs, notamment en ce qui concerne la durabilité économique, sociale et environnementale.

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L a fertilisation des cultures maraîchères, comme celle des grandes cultures, est calculée sur base d’analyses de sol, des besoins des cultures, des disponibilités en engrais de ferme et des conseils des organismes d’accompagnement spécialisés.

Cependant, de manière générale, les cultures maraîchères se distinguent des grandes cultures traditionnelles de notre région par la durée et la saison de l’occupation du sol, la profondeur de l’enracinement, le poids de matière sèche exportée par unité de surface. Par ailleurs, les cultures sous abris (serres, serres tunnel…) sont dans des situations particulières déterminant la fertilisation d’une autre manière.

Pour les petites fermes maraîchères, l’exiguïté des surfaces de chaque lot (une variété à une date de plantation) amène le maraîcher à fertiliser sa parcelle de manière plus ou moins uniforme, se réservant des modifications locales ultérieurement.

Des analyses pour bien connaître son sol

Les analyses de sol peuvent être réalisées dans les laboratoires du réseau Requasud. Elles permettent de situer le pH, le niveau de richesse en éléments minéraux, la teneur en matières organiques du sol. Il est important de prélever un échantillon par zone apparemment homogène de la parcelle maraîchère. Il paraît évident que si ce dernier est prélevé après une culture de chicorées frisées, il sera distinct de celui après des choux pommés, par exemple. Le laboratoire peut nous indiquer le nombre de prises nécessaires pour chaque lot, ce sera généralement au-delà de 30 prélèvements.

Ensuite, il faudra interpréter ces résultats. Par rapport aux grandes cultures, cette opération demande un soin particulier. D’une part les logiciels d’aide à la décision utilisés par les laboratoires ne sont pas nécessairement adaptés à la culture spéciale que vous avez pu développer dans votre ferme maraîchère. D’autre part, le niveau de la fertilisation conseillée est une chose, mais la façon de l’appliquer en est une autre. Il ne faut donc pas hésiter à consulter les agronomes des laboratoires pour obtenir des conseils personnalisés.

Pour les petites exploitations agricoles dotées de multiples parcelles, le coût des analyses est un facteur à considérer. Il peut être plus avantageux de regrouper les parcelles à analyser ou, de manière plus optimale, de sélectionner certaines comme modèles à suivre.

Une durée et une saison d’occupation différentes

Bon nombre de cultures maraîchères occupent le sol lors d’une courte période de végétation. Les radis ne resteront en place que quelques semaines par exemple. Les chicorées frisées ou scaroles, les laitues n’occuperont la parcelle qu’un tiers de la période de culture. De plus, plusieurs cultures successives sont possibles sur le même sol lors de la même année. Les apports fertilisants peuvent donc assez facilement être répétés et ajustés durant la saison de culture, en tenant compte des possibilités de minéralisation des matières organiques lorsque le sol est bien réchauffé (plus de 12ºC) et bien humidifié (précipitations, irrigation, paillage). Une même culture, comme le radis par exemple, peut recevoir une fertilisation légère au début et en fin d’année, et ne pas en avoir besoin lorsque la minéralisation est intense, de mi-mai à septembre.

Ainsi, pour chaque culture, les fiches de conseils indiquent les besoins généraux, mais la fertilisation elle-même doit être interprétée au cas par cas.

Lorsque les disponibilités le permettent, une fumure organique à base d’engrais de ferme permet de répondre à une large part des besoins des cultures, en conventionnel et en bio.

La profondeur de l’enracinement

De nombreuses cultures maraîchères développent un enracinement peu profond. C’est notamment le cas de la carotte ou du haricot qui explorent efficacement quelques 60 ou 30 cm de profondeur de sol. C’est la même situation pour des plantes à enracinement pivotant mais dont le pivot est brisé lors de la transplantation de la pépinière au champ, comme les laitues.

Nous retrouvons des cultures pour lesquelles nous tenons compte d’une profondeur explorée efficacement d’une trentaine de cm : céleri, échalote, laitue, oignon et radis. Pour d’autres, c’est près de 60 cm : choux-fleur et brocoli, choux pommés, courgette. En revanche, le panais ou les courges explorent le sol plus en profondeur : nous retenons les disponibilités sur 90 cm pour l’interprétation des analyses d’azote dans le profil.

Des exportations minérales plus faibles qu’en grandes cultures

Les exportations minérales sont globalement plus faibles que celles que constatées pour les grandes cultures occupant le sol de nombreux mois. Une culture de poireaux d’automne, par exemple, dont la récolte de 60 t par hectare dose jusque 12 % de matière sèche et exporte 7 t de matière sèche. En comparaison avec une céréale (grain et paille), une betterave ou un maïs, c’est peu. En termes de quantité de minéraux exportés, ce sera l’ordre de 180 kg d’azote, dont une part importante provient de la minéralisation des matières organiques du sol, de l’ordre de 60 kg de P2O5, de 240 kg de K2O, de 24 kg de MgO et de 25 à 30 kg de soufre. En comparaison avec des grandes cultures, nous sommes bien dans des exportations relativement peu élevées, même pour le cas d’une culture maraîchère à forte production.

Nous devons en tenir compte dans les estimations de fumure, et certainement pas surestimer les besoins totaux.

Les exportations d’éléments minéraux par les cultures maraîchères ne sont pas donc très élevées. Les rendements en produit commercialisable peuvent être hauts, mais les exportations ramenées en tonnes de matières sèches par hectares ne sont pas importantes. Les choux pommés sont parmi les plus grands exportateurs de matières sèches et de minéraux en plein air. Sous serre tunnel, la tomate exporte également un tonnage élevé de matières sèches et de fertilisants. Les laitues, les ails, les échalotes, les carottes, exportent, elles, peu.

Le cas particulier des cultures sous abris

Sous abris, par exemple sous les serres tunnels, la fertilisation sera influencée par la production globalement plus importante en matière sèche et donc davantage d’exportations en éléments minéraux. C’est dû à la période plus longue de production, au potentiel supérieur grâce au gain thermique, aux cultures palissées (tomates, concombres, melons…) qui produisent plus par unité de surface, à l’irrigation soutenue.

D’autre part, la protection de la pluie limite le lessivage des éléments solubles et les pertes.

Mais en particulier sous serre tunnel, la salinité peut perturber l’état de fertilité du sol, allant jusqu’à des intoxications de la plante. Après quelques années de cultures sous abri, les apports insuffisants d’eau d’irrigation risquent de se traduire par une accumulation de sels solubles en partie supérieure du sol, perturbant significativement le développement racinaire et les équilibres ioniques de la solution du sol. Les conséquences sont alors lourdes avec de mauvaises levées de semis, de mauvaises reprises de plantations, une croissance fortement ralentie, des maladies physiologiques (brûlure marginale en laitue, nécrose apicale en tomate, etc.).

D’autres éléments à prendre en compte

Le soufre occupe une place particulière en cultures maraîchères. D’une part, les crucifères et les alliacées en ont besoin pour leur développement et pour épanouir les goûts et arômes typiques. D’autre part, l’enracinement de ces cultures explore peu profondément le sol et n’exploite pas le soufre lessivé plus bas dans le profil. Les fertilisants apportés à faible profondeur compenseront les besoins.

La rotation avec des cultures à enracinement profond (céréales, par exemple) et en incluant des CIPAN (Cultures intercalaires piégeant l’azote nitrique) permet la mobilisation des éléments solubles captés en profondeur par les racines de ces plantes pour constituer la charpente végétale développée en surface. Ces éléments minéraux seront libérés lors de leur décomposition et la minéralisation, les années suivantes : ils seront de nouveau disponibles pour les cultures maraîchères.

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