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Borsus réclame un budget de crise qui pourrait aussi servir pour le blé

Le ministre wallon de l’Agriculture Willy Borsus réclame, à la table du Conseil de l’UE, un budget de crise afin de répondre au secteur agricole qui proteste à nouveau ce mardi à Bruxelles. Ce budget pourrait aussi répondre à la crise du prix du blé, a-t-il dit.

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Le ministre s’est réjoui des propositions de la Commission visant à renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, afin d’améliorer leur rémunération. Ces mesures incluent la création d’un observatoire des coûts de production et des pratiques commerciales pour accroître leur transparence, des améliorations du règlement de l’organisation commune des marchés des produits agricoles (OMC) et une évaluation de l’efficacité de la directive sur les pratiques commerciales déloyales.

Le ministre a souligné aussi l’assouplissement de la Politique agricole commune (PAC), approuvée en matinée par les représentants des Vingt-sept, pour plusieurs obligations environnementales en vigueur depuis l’an dernier.

Il s’agit de la suppression de l’obligation de laisser au moins 4% des terres arables en jachères ou surfaces non-productives (haies, bosquets, mares...) ; l’obligation de rotation des cultures serait remplacée par une simple «diversification» ; le maintien de prairies permanentes serait considérablement assoupli, et en cas d’épisodes climatiques extrêmes, des dérogations seront possibles pour éviter des pénalités. Enfin, les exploitations de moins de 10 hectares seront exemptées de contrôles et de pénalités liés aux règles environnementales .

Le Copa-Cogeca, organisation des syndicats agricoles majoritaires européens, avait également salué dans une lettre aux ministres «ces flexibilités accrues, prenant en compte les spécificités locales».

À l’inverse, dans une lettre commune, 16 ONG environnementales, dont WWF, Greenpeace ou ClientEarth, ont appelé la Commission à «retirer sa proposition législative», qui constitue à ses yeux un «retour en arrière» susceptible de dégrader les écosystèmes et «ne fait que saper les emplois que la PAC est censée soutenir à long terme».

Mais pour M. Borsus, la réforme proposée «reste en ligne avec les préoccupations environnementales».

Les agriculteurs du syndicat wallon Fugea et de la coordination paysanne alternative Via Campesina dénoncent quant à eux des «propositions insuffisantes pour s’attaquer aux causes profondes» du malaise agricole et aux revendications sur les revenus. Ils réclament «la fin aux accords de libre-échange» jugés déloyaux.

À ce titre, le ministre wallon réclame «un contrôle effectif» des clauses miroir, qui imposent une réciprocité entre les normes de production de l’UE et des pays ou régions avec qui elle facilite le libre-échange. «Il y a trop peu de contrôles, à nos frontières, de la réalité (des normes) des produits importés chez nous», a pointé du doigt le ministre wallon.

Pour Willy Borsus (MR), les propositions sur la table restent insuffisantes. «Il faut aller plus loin encore, avec un budget de crise pour répondre à la situation agricole actuelle. C’est aussi une solution pour le blé, dont le prix est au plus bas depuis un quart de siècle, avec des stocks qu’on ne peut écouler».

La Commission a proposé dernièrement d’imposer des droits de douane rédhibitoires sur les céréales, oléagineux et produits dérivés provenant de Russie et du Bélarus afin d’empêcher de facto leur commercialisation en Europe.

Mais une partie du monde agricole est braquée sur l’exemption dont bénéficient les produits ukrainiens. Cette exemption doit être prolongée d’une année supplémentaire, moyennant toutefois des mesures de sauvegarde visant à protéger les agriculteurs de l’UE en cas de perturbation du marché, ainsi qu’un dispositif de frein d’urgence pour les produits les plus sensibles.

«Ce qu’il faut, c’est soutenir les marchés traditionnels de l’Ukraine, juge Willy Borsus. L’impossibilité actuelle d’acheminer le blé ukrainien vers ces marchés traditionnels dans le monde doit trouver une solution, car elle met une pression supplémentaire sur nos marchés européens». Il importe toutefois à ses yeux de «tenir compte de la situation de guerre et soutenir l’Ukraine», tout en répondant rapidement à la crise du blé.

À la table du Conseil, les ministres ont exposé différentes demandes nationales non-encore rencontrées. Ils ont demandé à la Commission de chercher aussi des solutions pour la conditionnalité liée aux zones humides et aux tourbières, pour la gestion de crise, ou encore l’extension du cadre temporaire sur les aides d’État.

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