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Loup ! Es-tu là?

Ce 12 janvier, la province de Liège organisait, à l’école d’agriculture de La Reid, une réunion sur le retour du loup dans notre pays. Le thème de cette rencontre – « Comment protéger nos troupeaux ? » – ne permettait pas de donner un avis sur la présence de ce canidé, ce qui engendra une certaine frustration parmi l’assemblée.

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En vrac, on nous a présenté des modèles de clôtures électriques efficaces (beaucoup ne le sont pas). On nous a rappelé que les fils ne doivent pas être n’importe lesquels (4 à 6 rangs) et que le plus près du sol doit être à 15 cm. Quid des pertes de courant engendrées par la pousse de la végétation ? Le loup repère très vite l’absence de courant… Une indemnité de 80 % du coût de la clôture est prévue. Mais, quid de la surveillance et de l’entretien ?

Autre solution : les chiens de protection. Ils doivent être élevés au milieu des brebis ou des caprins à protéger. Hormis les nourrir, le berger ne doit pas les caresser. Ils doivent croire qu’ils font partie du troupeau, au sein duquel ils passent leur vie. Problème : quand un chien survient, ils ne font pas la différence avec le loup et attaquent.

L’idéal est d’avoir plusieurs chiens de protection. Ce sont de gros toutous, qui ne broutent pas l’herbe parfumée des alpages… Ce sont donc de gros consommateurs de croquettes ! En France, les éleveurs se groupent pour acheter ces dernières par camion. Un exemple a d’ailleurs été donné par un berger français : plusieurs propriétaires rassemblent, en estive, leurs troupeaux (soit jusqu’à 1.200 brebis) sous la surveillance de 14 chiens et un seul berger.

Lors du débat, à mon sens, seul un intervenant fit une proposition de protection intéressante : « le fusil ». Ce, qui à défaut de réponse, engendra un haussement d’épaule dédaigneux et du mépris !

Le syndrome de Walt Disney

Face au retour du loup, je pense que beaucoup de citadins et néoruraux souffrent de ce que j’appellerai le syndrome de Walt Disney. Abreuvés, depuis leur plus tendre enfance de dessins animés et autres affabulations animalières, ils croient, de bonne foi, que le lion peut dormir avec l’antilope, le renard avec le lapin et le loup faire joujou avec l’agneau.

Les éditions du Sillon Belge des 11 et 18 janvier ont consacré plusieurs pages aux loups. C’est intéressant. Mais la tendance est aux réjouissances : « La nature revit, le loup revient, il va manger des vaches, donc moins de méthane. Le réchauffement climatique va s’arrêter, alléluia ! ».

Concrètement, en 2016, le premier mâle à s’installer en Wallonie fut Akéla. Il est à l’origine des trois meutes des Fagnes. À l’analyse de leurs excréments, les loups se nourrissent, pour 70 % de leurs besoins, de chevreuils, sangliers et cerfs, ce qui ne fait pas vraiment le bonheur des chasseurs qui louent les espaces alentours.

Dans la revue Terre de Durbuy de décembre dernier, sous un article titré « Le loup, catalyseur de nos fantasmes entre détestation et adoration », on apprend que pour survivre l’animal doit manger 2 à 5 kg de viande par jour et que, sauf famine, il choisit ses morceaux et laisse la majorité de ses proies aux charognards. Ce qui en fait un grand prédateur. L’article nous rappelle qu’au cours de l’histoire, plus de 10.000 morts sont attribuées aux loups, principalement des enfants, puis des femmes et, plus rarement, des hommes.

Pour les bobos, bien au chaud dans leurs petits chez eux, le retour du loup est un bonheur. Malheureusement, il se reproduit rapidement, on en compte plus de 20.000 en Europe. Certains pays, comme la Suisse, tentent de le réguler, de limiter son expansion. Du côté de la commission européenne, la présidente Ursula von der leyen a, suite à la mort de son poney Dolly tué par un loup en septembre 2022, revu sa position. En décembre dernier, la commission a décidé d’assouplir le statut du loup en le faisant passer de protection stricte à protection simple afin d’éliminer plus facilement certains de ces canidés trop nombreux sur le territoire européen.

Actuellement, à part un chasseur français attaqué par un loup fin de l’année passée et a qui tiré pour se défendre, je n’ai connaissance d’aucune agression humaine.

Des loups,

depuis les confins de l’histoire

Depuis plusieurs décennies une meute est élevée à 1 km à vol d’oiseau de la ferme. Quand, de bon matin, j’allais avec mon chien chercher les vaches, parfois, à la pleine lune, les loups se mettaient à « chanter » à l’unisson une longue plainte profonde, à la foi belle et prenante. Rapidement, mon chien venait se blottir sur mes talons tout tremblant, les ânes des alentours se mettaient à braire affolés. Ces animaux qui n’ont jamais connu le loup ont la mémoire génétique du danger que cet animal représente. Mémoire génétique que l’humain dégénéré a perdue… C’est là qu’est le danger de laisser revenir ce fauve qui, un jour, attaquera un de nos petits enfants. Mais il sera trop tard !

J’habite Bilstain, un petit village rattaché en 1977, à la fusion des communes, à Limbourg. Goé et Hevremont, qui font également partie de cette petite ville, empiètent, près du barrage de la Gillepe, sur les contreforts de l’Hertogenwald. Au Moyen Âge, ils étaient infestés de loups… Par ailleurs, le chemin du loup part de Dolhain. Sur les hauteurs de Hevremont, se trouve le château de la Louveterie où, sous l’empire napoléonien, François-Xavier Simonis reçu le titre de lieutenant de louveterie. Charge qui nécessitait d’importants moyens financiers et un équipage de chasse. À cette époque les loups constituaient un véritable fléau ; leur destruction fut méthodiquement entreprise. Il était impératif d’éradiquer cette nuisance du département de l’Ourthe dont Limbourg faisait partie.

Pour l’historien Jean-Louis Kupper, en 54 avant Jésus-Christ, Limbourg était déjà une forteresse (Atuatuca) d’où partirent une légion et cinq cohortes romaines de Jules César qui occupait la Gaule à cette époque. Commandées par Sabinus et Cotta, elles furent anéanties 2.000 pas plus loin, au lieu-dit Pavée du diable, par Ambiorix et ses Eburons. La forteresse de Limbourg fut conquise à onze reprises aux cours des siècles. Sur les champs de bataille les loups se régalaient et prenaient goût à la chair humaine.

Le peuple local eut beaucoup à souffrir tant des occupations que des pillages, molestations, viols et meurtres. Pendant les trop rares périodes de paix, les paysans, souvent des serfs, restauraient, cultivaient et élevaient. Dès leur plus tendre âge, les enfants étaient mis à contribution pour garder, qui une vache, ou quelques chèvres, oies, ou moutons qu’ils allaient faire paître dans la forêt au risque d’y rencontrer le loup. En France, dans les anales sur la bête du Gévaudan, il est raconté qu’un petit berger de 12 ans réussi à blesser et faire fuir ce loup tueur avec un couteau attaché solidement au bout d’une perche.

La peste, le typhus et le choléra…

Ce 29 janvier, j’ai eu l’occasion de discuter avec un éleveur possédant une quarantaine de moutons à Welkenraedt, à quelques kilomètres de chez moi. Il avait eu deux moutons tués et un blessé par un loup dispersant.

Le ministère lui a prêté une clôture électrique. Résultat : plus de loup, mais la parcelle est ravagée par les mulots que les renards ne savent plus venir manger.

Autre problème avec ce type de clôture basse : un hérisson a été tué. Chez une collègue de Baelen, ce sont deux hérissons qui ont été piégés. Quand l’animal reçoit la décharge, au lieu de bondir en arrière, il se gonfle en boule ce qui soulève le fil et augmente l’intensité des décharges. Finalement, après de longues minutes de souffrance, le cœur du pauvre petit animal lâche et il meurt.

On laisse s’implanter un nuisible. Pourquoi pas la peste, le typhus et le choléra tant qu’on y est ! Tant que des intellectuels nous imposerons de faire ce qu’ils ne savent pas faire, ça n’ira pas. S’ils veulent des loups, qu’ils les prennent chez eux mais qu’ils ne les imposent pas aux autres.

À part cela, une seule solution valable : le fusil, et les chasseurs auront tôt fait de résoudre le problème. Un loup peu peser 40 kg et mesurer 90 cm au garrot. La revue Terre de Durbuy parle même de 80 kg pour certains animaux !? Quoi qu’il en soit, l’an passé, en France, une meute a tué sept vaches en une seule nuit.

Lu vî Gustave

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