Présidence chypriote : un semestre pour peser sur l’avenir de la Pac
À compter de ce 1er janvier, Chypre assure la présidence du conseil de l’UE. Dans un contexte de transition budgétaire et de fragilité persistante des marchés agricoles, Nicosie entend placer les négociations sur la prochaine Pac au centre de son action, tout en avançant sur plusieurs dossiers sensibles pour les agriculteurs européens.

Sans surprise, la présidence chypriote fera de la future Pac l’axe structurant de son semestre. Alors qu’elle doit s’inscrire dans le cadre du prochain budget pluriannuel 2028-2034, les discussions s’annoncent complexes et politiquement sensibles. Chypre ambitionne de faire progresser les travaux préparatoires, en particulier sur les propositions relatives à l’organisation commune des marchés (OCM), un pilier central pour la stabilisation des revenus agricoles.
Dans un environnement marqué par la volatilité des prix, la persistance des tensions géopolitiques et l’accélération des dérèglements climatiques, la présidence entend jouer un rôle de médiation entre États membres, sans masquer les divergences qui subsistent sur l’architecture future de la Pac et le niveau de ses financements.
Gestion des crises et prévention des incendies
La question de la gestion des crises agricoles figurera également en bonne place à l’agenda. Chypre souhaite faire avancer les réflexions sur les outils existants, tant en matière de prévention que de réaction, avec une attention particulière portée aux incendies, phénomène de plus en plus fréquent dans plusieurs régions européennes, notamment méditerranéennes.
Derrière cet enjeu se profile une interrogation plus large sur la capacité de la Pac à répondre aux chocs climatiques répétés et à offrir aux agriculteurs des instruments efficaces pour sécuriser leur activité dans un contexte d’incertitude croissante.
Autre priorité affichée : l’approfondissement de la simplification de la Pac. Dans la continuité des travaux engagés par les présidences précédentes, Chypre souhaite réduire la charge administrative pesant sur les exploitations agricoles, un sujet récurrent de crispation sur le terrain.
Reste à concilier cette volonté de simplification avec le maintien des objectifs environnementaux et climatiques, dans un cadre réglementaire déjà jugé complexe par de nombreux producteurs. Un exercice délicat, alors que les attentes du monde agricole se heurtent parfois aux exigences de cohérence des politiques européennes.
Rééquilibrer la chaîne de valeur agricole
La présidence chypriote se penchera par ailleurs sur le suivi de l’évaluation de la directive relative aux pratiques commerciales déloyales. L’objectif est d’identifier d’éventuelles pistes d’amélioration afin d’assurer une répartition plus équitable de la valeur au sein de la chaîne agroalimentaire.
Dans un contexte de hausse des coûts de production et de pression sur les marges, Chypre souhaite encourager des mesures renforçant la résilience économique des producteurs face aux aléas du marché et du climat, un enjeu particulièrement sensible pour les exploitations les plus fragiles.
Plusieurs dossiers techniques, mais structurants pour les filières, devraient également progresser au cours du semestre. Chypre entend faire avancer les négociations sur le règlement relatif au matériel de reproduction des plantes, attendu de longue date par le secteur semencier, ainsi que sur la protection des animaux durant le transport, un sujet qui cristallise des attentes sociétales fortes et des contraintes opérationnelles pour les éleveurs.
Un semestre rythmé par les conseils des ministres
Six Conseils des ministres européens de l’Agriculture sont programmés entre ce mois de janvier et juin, dont deux à Luxembourg. Moment politique fort du semestre, la réunion informelle des ministres se tiendra à Nicosie du 3 au 5 mai. L’occasion pour la présidence chypriote de mettre en avant les spécificités agricoles des régions méditerranéennes, confrontées à la raréfaction de l’eau et aux effets directs du changement climatique.
À l’heure où se dessinent les grandes orientations de la Pac de demain, le semestre chypriote s’annonce comme une phase charnière. Attendue sur sa capacité à faire avancer les dossiers sans exacerber les lignes de fracture, la présidence devra composer avec des attentes agricoles fortes et des arbitrages budgétaires décisifs pour l’avenir du modèle agricole européen.





