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2026, Année internationale des agricultrices

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé 2026 « Année internationale des agricultrices ». Au-delà du symbole, cette décision met en lumière celles qui nourrissent la planète tout en restant, trop souvent, privées de terres, de droits et de visibilité. Une invitation à revoir en profondeur la place des femmes dans l’agriculture et les systèmes alimentaires.

Temps de lecture : 5 min

En adoptant cette résolution, l’Onu s’inscrit dans la continuité de l’Agenda 2030 et de ses Objectifs de développement durable, en particulier l’éradication de la pauvreté, la lutte contre la faim et l’égalité entre les femmes et les hommes.

Le texte rappelle que sans développement agricole durable, sans sécurité alimentaire et sans nutrition adéquate, ces objectifs resteront des promesses non tenues. Et il souligne que les agricultrices (petites productrices, cheffes de petites exploitations, travailleuses familiales, pasteures, pêcheuses, transformatrices, commerçantes) sont au cœur de cette équation. L’Année internationale des agricultrices vise ainsi à faire prendre conscience, à l’échelle mondiale, de leur contribution essentielle et des obstacles spécifiques qu’elles rencontrent.

Des femmes indispensables aux systèmes agroalimentaires

Dans sa résolution, l’Onu rappelle un fait souvent méconnu : les femmes sont présentes à tous les maillons de la chaîne alimentaire. Elles sèment, récoltent, trient, transforment, commercialisent. Elles assurent la survie économique de leurs familles et participent à la vitalité des économies rurales et nationales, y compris dans les secteurs non monétarisés du travail.

Pourtant, leur rôle reste largement sous-estimé. Les statistiques agricoles elles-mêmes peinent à les rendre visibles : nombre d’entre elles ne disposent pas de statut professionnel, ne sont pas reconnues comme co-exploitantes, n’apparaissent pas dans les registres fonciers ou les dispositifs d’aide. En consacrant une année entière aux agricultrices, les Nations unies veulent justement rendre cette contribution visible, mesurable, et politiquement incontournable.

Terre, crédit, formation : les inégalités persistantes

Le texte souligne avec inquiétude l’ampleur des inégalités auxquelles sont confrontées les agricultrices. Selon les pays et les régions, l’accès des femmes à la terre, au crédit, aux intrants, à la technologie, à la formation et à la protection sociale reste très inférieur à celui des hommes.

Beaucoup se voient refuser la propriété foncière ou des droits d’usage sécurisés ; leurs droits successoraux sont fragiles ; l’accès aux services bancaires et au financement est limité ; la numérisation des services agricoles risque même d’accentuer ces écarts si elles ne sont pas associées aux innovations. L’Onu insiste : corriger ces injustices ne relève pas seulement d’un impératif moral. C’est aussi une condition pour améliorer la sécurité alimentaire, renforcer la nutrition et stimuler une croissance économique plus inclusive. En d’autres termes, investir dans les droits et les moyens d’action des agricultrices, c’est investir dans l’avenir de nos systèmes alimentaires.

Autonomisation économique et droits au travail

La résolution met l’accent sur l’autonomisation économique des femmes rurales. Cela suppose d’abord le respect de leurs droits au travail : rémunération décente, protection sociale, conditions de travail dignes, accès aux organisations professionnelles et aux coopératives.

Elle appelle aussi à renforcer leurs compétences : gestion d’entreprise, gouvernance coopérative, maîtrise des outils numériques, compréhension des procédures commerciales et financières. L’objectif est clair : que les agricultrices ne soient plus seulement « mains d’œuvre » mais également décideuses, entrepreneuses, actrices à part entière des transitions agricoles.

Microcrédits, services financiers adaptés, dispositifs d’accompagnement dédiés aux cheffes de famille rurales font partie des pistes mises en avant pour soutenir cette autonomie.

Une année pour transformer les systèmes agroalimentaires

L’Année internationale des agricultrices n’est pas pensée comme une simple campagne de communication. Elle s’inscrit dans un agenda plus large : celui de la transformation des systèmes agroalimentaires vers plus de durabilité, de résilience et de justice sociale.

Les agricultrices sont en première ligne face aux chocs climatiques, aux crises économiques, aux conflits ou aux pandémies qui fragilisent l’accès à l’alimentation. Mieux les former, mieux les équiper, mieux les associer aux décisions, c’est renforcer la capacité de nos sociétés à faire face à ces crises.

L’Onu invite les États, les organisations internationales, la société civile, les peuples autochtones, les communautés locales, le secteur privé et le monde académique à organiser, tout au long de 2026, des actions concrètes : campagnes de sensibilisation, réformes de politiques publiques, programmes de formation, projets pilotes sur le terrain. La Fao et les agences onusiennes basées à Rome sont chargées de coordonner cette mobilisation et d’en tirer un bilan à l’horizon 2030.

Du symbole aux engagements durables

Reste une question centrale : que restera-t-il de cette Année internationale une fois 2026 terminée ? La résolution précise que toutes les activités devront être financées par des contributions volontaires, y compris du secteur privé. Cela ouvre des espaces de créativité et de partenariats, mais pose aussi un défi : éviter que l’initiative ne se limite à quelques événements vitrines.

Le véritable enjeu sera la traduction de cette mobilisation en changements durables : réformes foncières en faveur des femmes, dispositifs de crédit adaptés, reconnaissance juridique du statut des agricultrices, lutte contre les violences et discriminations en milieu rural, mise en œuvre effective des lignes directrices internationales sur l’égalité de genre dans les systèmes alimentaires.

2026 donnera l’occasion au monde de regarder enfin en face celles qui nourrissent la planète. Reste à savoir si cette visibilité nouvelle s’accompagnera d’un partage réel du pouvoir, des ressources et des droits. C’est à cette condition que l’Année internationale des agricultrices pourra marquer un tournant, et non une parenthèse.

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