Du golf fermier au drive-in, la Bleue Mixte se décline sous différentes coutures
Gîtes, golf fermier, safari, et même drive-in : à la ferme de la Bourgade, Jean-Marie Leboutte et son épouse sont passés maîtres dans l’art de la diversification. Autant d’activités originales qui mettent en lumière leur travail, créent du lien avec le consommateur et contribuent à promouvoir la Bleue Mixte. Une race locale à laquelle cet agriculteur reste profondément attaché, tout en gardant un regard lucide sur ses qualités comme sur ses limites.


Les premiers rayons de soleil printaniers se reflètent sur Moressée, un hameau de la commune de Somme-Leuze, en Famenne. À la ferme de la Bourgade, les Bleue Mixte profitent du beau temps pour retrouver leurs pâtures, tandis qu’à l’étable, Jean-Marie Leboutte s’attelle à l’ouvrage. Et même si son quotidien est bien chargé, il a accepté d’ouvrir une parenthèse pour nous présenter sa ferme. Une ferme familiale, devenue au fil du temps « à l’image de ce qu’il voulait ». Il suffit de quelques mots pour le comprendre : l’agriculteur aime partager sa passion. Son travail, il en parle en toute transparence. Dans les médias, mais aussi avec les personnes qu’il rencontre lors de ses nombreuses activités. « Nous sommes des acteurs indispensables pour les consommateurs puisque nous nourrissons le peuple ! Les échanges avec eux sont essentiels », souffle-t-il en rappelant l’importance du circuit court.
Depuis 1996, cet éleveur fait tourner la ferme familiale. Une mission qu’il n’est pas seul à accomplir. Outre le personnel, il peut compter sur sa femme, Suzanne. Hollandaise et originaire de la ville, elle lui a permis de s’ouvrir à d’autres horizons et de lui montrer les nombreuses possibilités qu’offre le site. Par exemple, c’est dans sa tête qu’a germé l’idée inédite de mettre en place un drive-in. « Durant le Covid, elle a vu que les drive-in des fast-foods étaient remplis. De plus, un événement auquel nous devions participer avait été annulé. Nos frigos étaient remplis ». Le projet démarre ! Et sur des chapeaux de roue… « La première fois, nous avons dû refuser des gens. C’était la cohue ! ». Malgré la fin de la crise sanitaire, le drive-in est toujours en place, deux fois par mois et pendant deux heures, le vendredi soir. « L’objectif est de sortir une grande quantité en peu de temps, ce qui nous permet, en plus, de garantir des prix bas ».
Environ 150 burgers y sont écoulés. Une autre manière de déguster la viande et le fromage de la Bourgade, tandis que les frites sont également produites localement.
Une notoriété jusqu’en France
À la clé aussi de ce succès sur le terrain : une notoriété régionale, nationale, et dépassant même nos frontières, avec un reportage diffusé sur France 2. Sans oublier leurs nombreux passages sur les réseaux sociaux. Bref, une véritable fenêtre vers l’extérieur que gère Suzanne, aux commandes des tâches administratives et de la communication. Une image dynamique qui leur permet de promouvoir les différentes offres de l’exploitation. Citons les trois gîtes, les colis de viande, le magasin à la ferme ou encore le safari.
« Dans le cadre d’une marche gourmande, nous avons utilisé un char comme moyen de déplacement. Nous l’avons conservé afin de montrer notre belle région et nos animaux ». Des vaches en prairie, où l’on peut apercevoir des drapeaux rouges. En effet, ces pâtures servent également de terrain de jeu pour le golf fermier. Lancé en 2005, la Bourgade était l’un des premiers endroits à en proposer. Une ouverture au tourisme ne nécessitant que peu d’investissement : balles, clubs, drapeaux… Bref, une autre façon d’être en contact avec les animaux, sans trop les perturber : si la balle touche une vache, vous écoperez d’un point de pénalité !
Des choix adaptés aux réalités des saisons
À côté de l’aspect ludique, cette diversification permet d’en apprendre davantage sur la Bleue Mixte. Ici, il y en a plus d’une centaine en production. Des bovins Mh/+ et +/+, soit orientés vers le lait. La production annuelle y est en moyenne de 400.000 l, dont la majorité est transformée en beurre, produit phare de l’exploitation, tandis que le lait écrémé part à la laiterie. Environ 15 % du lait sert, lui, au fromage, notamment le Pavé bleu, comme l’indique Jean-Marie Leboutte, occupé justement à retourner les pièces.

« Nous avons suivi une formation au pôle fromager de Ciney. Pour le Pavé bleu, nous avons voulu mettre la recette au point et l’ajuster aux réalités de la ferme. Nous avons notamment bénéficié de l’expertise de Daniel Cloots, de la fromagerie du Gros Chêne ».
Par ailleurs, toujours pour les fromages, le site fait partie de la coopérative Cœur de Condroz. En complément, la ferme produit des yaourts et quelques desserts (puddings, panna cotta).
Grâce à la polyvalence de la race, l’éleveur peut proposer des hamburgers, une spécialité, ou bien des colis de viande. Pour ces derniers, les animaux choisis sont âgés de maximum six ans, afin de conserver un maximum de tendreté. Notons que les rendements de carcasse tournent autour de 54-55 %, tandis que pour les mixtes Mh/mh, ces derniers peuvent monter jusqu’à 65 %.
L’ensemble est labellisé bio. La ferme est engagée dans cette démarche depuis 2016. La suppression des quotas laitiers, suivie par la crise du beurre, a été un élément déclencheur. Toutefois, l’agriculture n’est pas une science exacte… Une année n’est pas l’autre, et la qualité des fourrages peut remettre en question la conduite d’élevage de cet agriculteur, misant essentiellement sur l’herbe. Quitte à parfois devoir faire l’impasse sur une totale autonomie. « Afin de compenser des fourrages de moindre qualité, j’ai dû recommencer à mettre un peu de soja, ce qui est contre ma nature. Je leur en donne avec à moitié du maïs sec. Cela a permis de maintenir les bêtes. Cette année, j’ai procédé de la même manière, et on voit que la production et l’état des animaux s’en portent mieux ».
Une sélection après le vêlage
Cette race, Jean-Marie Leboutte la défend bec et ongles. Polyvalente, rustique, ancrée dans notre territoire, il admet néanmoins que la quantité de lait peut décevoir. Maintenir une production optimale constitue ainsi l’un des défis de l’agriculteur. Celui-ci dénombre environ 140 vêlages par an. Pour ce faire, la ferme utilise principalement ses 4 taureaux et peut procéder par insémination. Et si l’équilibre entre lait et viande doit être maintenu, le choix des taureaux reste déterminant, notamment pour faciliter les vêlages en privilégiant des veaux moins conformés.
De plus, Jean-Marie Leboutte a fait le choix de faire vêler l’ensemble des génisses afin d’atteindre une meilleure sélection des animaux performants par la suite. « Je peux, de cette manière, mieux juger les femelles, même si cela implique d’écarter plus d’animaux que dans d’autres races ». C’est pourquoi, également, la moyenne d’âge des bovins tourne autour de six ans, en fonction des différentes carrières des vaches.
« Au début, lorsque je suis passé au bio, avec les 140 ha de la ferme, je me suis dit que j’allais être limité au niveau de la nourriture disponible. Dès lors, je sélectionnais préalablement et élevais moins de génisses. Ce choix a impacté ma production laitière. Après le vêlage, je peux déjà avoir une idée des performances futures de l’animal », souligne-t-il. Les veaux mâles, quant à eux, partent directement à l’étable d’engraissement « et cette année a été agréable à ce niveau… », sourit l’agriculteur.
Néanmoins, les difficultés rencontrées n’entachent en rien son profond attachement pour la Bleue Mixte. Comme son père auparavant, Jean-Marie Leboutte reste fidèle à cette race et à ses vaches, véritables moteurs de la ferme de la Bourgade.





