Pac : le parlement réclame une hausse du budget
En réclamant, le 15 avril, un renforcement substantiel du budget de la Pac, le parlement entend réaffirmer le caractère stratégique de la politique agricole dans l’UE. Une prise de position qui ouvre un bras de fer avec la commission et les États membres, à l’heure où se dessinent les équilibres de la prochaine programmation budgétaire.

Sous l’effet conjugué des tensions géopolitiques, des impératifs de souveraineté alimentaire et des attentes accrues du monde rural, le débat budgétaire européen s’invite à nouveau au cœur de la Pac. Les eurodéputés de la commission des Budgets ont choisi de hausser le ton, appelant à un effort financier substantiel, à hauteur de 139,31 milliards € supplémentaires, pour le prochain cadre financier pluriannuel (CFP).
Adoptée à une nette majorité, leur position propose d’augmenter de manière significative les crédits alloués à la Pac. S’écartant de l’approche initiale de l’approche initiale de la commission, jugée trop restrictive, les parlementaires plaident pour un budget total de 433 milliards € sur la période à venir, contre 293,7 milliards € dans la proposition de l’exécutif européen. Une inflexion qui traduit moins une surenchère qu’une volonté de réaffirmer le rôle structurant de la politique agricole dans l’architecture communautaire.
Le retour au premier plan du développement rural
Au cœur de cette révision figure la réhabilitation du second pilier de la Pac, consacré au développement rural, que la commission avait envisagé d’effacer dans sa copie initiale. Les députés souhaitent lui redonner une place centrale, avec une enveloppe de 106,41 milliards €. Dans le même esprit, les aides directes aux agriculteurs seraient revalorisées à hauteur de 26,6 milliards €, traduisant une attention renouvelée aux revenus agricoles dans un contexte de volatilité persistante des marchés.
Au-delà des montants, c’est aussi une certaine conception de l’Europe qui se dessine en creux. Les élus mettent en garde contre toute tentation de renationalisation du budget européen, refusant l’idée d’une UE fragmentée où chaque État membre définirait ses propres priorités. Une telle évolution, estiment-ils, risquerait d’affaiblir la cohérence des politiques communes, d’opacifier leur mise en œuvre et d’introduire des distorsions entre bénéficiaires.
La négociation est encore ouverte
Cette ligne, déjà esquissée par la commission de l’Agriculture quelques semaines plus tôt, s’inscrit dans une demande plus large d’augmentation du budget européen, à hauteur d’environ 10 %, répartie de manière égale entre les différentes politiques. Elle sera soumise à l’ensemble des eurodéputés lors d’un vote en séance plénière prévu à la fin du mois, dont nous rendrons compte à l’issue de la plénière d’avril. Face à cette position volontariste, les États membres apparaissent encore en retrait. Les discussions engagées au sein du Conseil peinent à converger, tant les intérêts nationaux divergent sur la répartition des efforts budgétaires. Une première étape est attendue dans les semaines à venir, avec la présentation d’un projet de compromis chiffré, prélude à des négociations qui s’annoncent longues et délicates. L’objectif affiché d’un accord d’ici la fin de l’année demeure, à ce stade, incertain.
En parallèle, les travaux techniques se poursuivent. Les ajustements proposés par la commission pour répondre aux critiques, notamment la création d’un objectif rural pouvant atteindre 48,7 milliards € et une rallonge de 45 milliards € anticipée sur la révision à mi-parcours, n’ont pas suffi à convaincre. D’autant que ces mécanismes resteraient facultatifs, et donc en deçà des ambitions portées par le parlement. Dans cet équilibre encore instable entre ambition politique et contraintes budgétaires, la Pac redevient ainsi un terrain d’affrontement discret mais décisif : celui où se mesure, une fois de plus, la capacité de l’UE à faire du commun autre chose qu’une simple addition d’intérêts nationaux.





