« La biosécurité est notre seule mesure de protection contre la peste porcine africaine »
Dans tous les élevages, la biosécurité est un véritable bouclier contre les maladies. Et la filière porcine ne fait pas exception à la règle. Ces mesures sont la seule protection si l’on veut éviter que certaines maladies, à l’instar de la peste porcine africaine, n’atteignent les exploitations. Afin de la respecter, chaque maillon de la chaîne a une responsabilité : de l’éleveur au transporteur. Pourtant, certains freins persistent encore dans la mise en place correcte de ces précautions.
Dehors, les porcs sont pourtant plus à risque de rencontrer un sanglier, porteur de la peste porcine africaine. - Photo prétexte.
Par : Déborah Toussaint
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La biosécurité est une thématique centrale en élevage. Le salon Space à Rennes n’y a pas échappé en se penchant sur le sujet à l’occasion d’une conférence. Hier, aujourd’hui et demain, la mise en place de ces différentes mesures est essentielle, comme l’a souligné Olivier Debaere, vétérinaire et directeur de crise au ministère de l’Agriculture en France. Un pays indemne de la peste porcine africaine… « Toutefois, elle est à nos portes. En Europe, 19 pays sont infectés, dont trois sont nos voisins : l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne ». Il a rappelé que, contrairement à la dermatose nodulaire contagieuse, aucun vaccin n’est actuellement disponible contre la PPA en Europe. De plus, il existe un réservoir sauvage, les sangliers, capables de transporter le virus. « Cela indique que la biosécurité est la seule mesure de protection pour éviter que la maladie soit introduite, se diffuse sur notre territoire et contamine les élevages ».
Néanmoins, sur le terrain, ces précautions ont parfois du mal à être respectées. Et ce, malgré les mesures d’accompagnement, les formations ou encore les audits. Pour illustrer ce constat, Isabelle Corrégé, vétérinaire à l’Institut français du porc, s’est basée sur un questionnaire auquel ont participé 320 éleveurs et 70 conseillers techniques. « On y remarque que la non-observance constitue l’un des principaux facteurs limitants de la biosécurité ». La non-observance, c’est quoi ? Ce terme correspond au degré de concordance entre le comportement d’un individu et une recommandation ou une réglementation. Par exemple, en médecine humaine, un docteur prescrit un traitement de dix jours et le patient ne prend ses médicaments que trois jours. Bref, il ne respecte pas les consignes. Cela peut s’appliquer aux élevages : on sait ce qu’on doit faire… mais on ne le fait pas.
Pas si simple de changer les habitudes…
Alors, qu’est-ce qui empêche ces éleveurs de respecter ces règles ? Tout d’abord, la vétérinaire pointe la perception du risque. Soit, si le danger est proche et grave, le comportement va changer. L’enquête montre aussi qu’elle est différente d’une structure à l’autre. Ainsi, les éleveurs en plein air se sentent plus à l’abri que ceux en bâtiment. Cet écart se marque également au niveau des connaissances… Les producteurs porcins travaillant en bâtiment semblent mieux informés que ceux en plein air. « Les croyances jouent un rôle. Certains éleveurs en plein air se considèrent moins exposés parce que la densité animale est plus faible ou parce qu’ils estiment les porcs plus robustes ». Une perception qui ne vaut en tout cas pas pour la peste porcine africaine. Les porcs à l’extérieur sont, en effet, plus à risque de rencontrer un sanglier potentiellement infecté.
Puis, certaines précautions sont difficiles à mettre en œuvre parce que l’éleveur n’est pas convaincu de leur intérêt, par exemple la clôture de la zone professionnelle. « Pour d’autres, ils ne savent pas comment procéder et ont besoin de conseils, comme pour le nettoyage et la désinfection de l’aire d’équarrissage et du bac ». Un autre élément est l’organisation du travail. Prenons le cas d’une ferme qui réalise trois ou quatre départs par semaine vers l’abattoir et doit nettoyer son quai d’embarquement à chaque fois. Dans ce contexte, la lassitude peut gagner certaines exploitations.
Enfin, certains appliquent ces règles, les respectent au début, puis de moins en moins… Ils peuvent aussi se retrouver face au manque de temps et de main-d’œuvre.
Le poids des habitudes est un facteur essentiel. D’ailleurs, des études belges ont souligné que le respect de la biosécurité diminuait avec les années d’expérience de l’éleveur. S’il a toujours travaillé « comme ça » et qu’il n’a jamais rencontré aucun problème, pourquoi faire autrement ? « Certaines mesures imposent de modifier des habitudes anciennes, comme le fait de ne pas sortir de la zone d’élevage sans changer de tenue. Lorsqu’on travaille de la même manière durant 25 ans, le changement peut être difficile », complète la spécialiste.
De plus, elle souligne que le respect de ces règles est plus fort dans les élevages plus grands et plus récents. Ils sont, logiquement, mieux conçus et davantage adaptés aux mesures de biosécurité que des structures anciennes qui ont dû être modifiées au fil du temps. Le tout, sans oublier la conjoncture économique, avec des producteurs qui peuvent hésiter à faire de nouveaux investissements.
Plusieurs leviers pour accompagner les éleveurs
Dans ce contexte, plusieurs leviers ont été développés. En France, toujours, les audits trouvent leur utilité, mais peuvent être perçus comme une contrainte ou un jugement. « L’éleveur se retrouve face à un grand nombre de changements à effectuer, il peut être découragé et ne rien entreprendre. Un simple état des lieux, sans accompagnement par la suite, n’est pas suffisant », indique Isabelle Corrégé. Un accompagnement, justement, est proposé aux producteurs porcins. Ils reçoivent des rappels réguliers des consignes, des conseils personnalisés, des fiches pratiques, des réunions consacrées à cette thématique…
« Dans ce contexte, une question demeure : les éleveurs seront-ils capables d’augmenter rapidement et suffisamment leur niveau de biosécurité, puis de le maintenir dans le temps, en cas d’apparition de la peste porcine africaine ? », interroge la vétérinaire. Car malgré un découragement des conseillers et des producteurs parfois, le travail de sensibilisation doit se poursuivre pour que la biosécurité devienne le bon réflexe.
ElevageEntre janvier et novembre 2025, les abattoirs belges ont produit moins de viande qu’au cours de la même période, un an auparavant, ressort-il des derniers chiffres (provisoires) publiés par Statbel. La tendance à la hausse de la production enregistrée en 2024, après une année 2023 difficile, ne s’est donc pas poursuivie en 2025. Toutefois, le rendement total en viande issue de l’abattage de porcs, vaches, taureaux, veaux et poulets de chair n’a pas connu de baisse alarmante, celle-ci étant inférieure à 1 %.