Le Brussels Livestock Show, la fin annoncée d’un modèle?

Verra-t-on encore des éleveurs passionnés préparer leurs animaux pour un national au Heysel?
Verra-t-on encore des éleveurs passionnés préparer leurs animaux pour un national au Heysel? - P-Y L.

D epuis la régionalisation de l’Agriculture, en 2000, la présence animale à Bruxelles, tant les expositions que les concours d’élevage, est financée par des réserves accumulées par l’asbl « les Concours généraux d’élevage » depuis une cinquantaine d’années… du temps où le ministère de l’Agriculture était toujours fédéral !

« À cette époque le ministère attribuait un montant pour l’organisation du salon Agribex. Une partie de cette somme était allouée à l’exposition de machines, l’autre l’était pour les expositions et concours d’animaux. La gestion financière de l’époque permit aux organisateurs d’accumuler un bas de laine assez important », explique M. Devillers.

Plus aucune subvention

Dès la première année de la régionalisation de l’Agriculture, le système de financement de la semaine de l’agriculture a été séparé au prorata d’une clé de répartition entre les deux principales régions linguistiques. Les organisations d’élevage, tant au nord qu’au sud du pays, ont reçu de la part des gouvernements régionaux respectifs des enveloppes pour leur organisation propre.

« Depuis plus de 15 ans, « les Concours généraux d’élevage » n’a plus de subvention.» Depuis lors, l’association a grignoté petit son petit bas de laine. Les dépenses ont été de plus en plus restreintes afin de pouvoir durer au fil des éditions… avec énormément de bonne volonté de la part du secteur de l’élevage et de leurs représentants. Fedagrim a d’ailleurs dû compenser une partie en intervenant de manière plus importante pour soutenir la présentation animale à Bruxelles.

Mais aujourd’hui, la question aiguë du financement futur est posée ! « Depuis plusieurs années, on essaye de trouver des moyens de financement alternatif… Sans succès ! Il faudra donc que les différents acteurs se positionnent rapidement. Je ne sais pas dire comment les choses vont pouvoir évoluer. »

Il y a 15 ans, certains affirmaient même que les éleveurs devaient payer pour montrer leurs animaux au Heysel. Mais Jean Devillers s’est toujours insurgé contre cette hypothèse. « Les concours demandent déjà tellement de sacrifices de la part des éleveurs tant pour répondre aux conditions sanitaires, que pour préparer leurs animaux, qu’on ne peut pas admettre pareille idée. » Et de rappeler : « Il y a trente ans d’ici les éleveurs recevaient des sommes importantes pour présenter leurs animaux à Bruxelles, aujourd’hui, ils n’en ont déjà plus… Ils doivent déjà payer leurs frais eux-mêmes. Leur demander de participer au financement de l’infrastructure générale est impensable ! Si l’on veut encore des animaux à Bruxelles il faudra trouver du financement en dehors de l’intervention directe des éleveurs ! »

Un modèle en question

Notre interlocuteur se souvient : « Il y a trente ans, le Palais 12 n’était qu’une tribune pour 10 ou 15.000 personnes… Des moyens financiers énormes étaient mis en œuvre par les pouvoirs publics. Nous étions à une époque où l’agriculture et ses productions devaient être encouragées, mises en évidence… elle avait une importance capitale dans le développement agricole. Aujourd’hui, la société pointe du doigt l’agriculture intensive, le bien-être animal, la sélection… Dans ce contexte, je comprends que les pouvoirs publics ne veuillent plus donner d’argent pour mettre en évidence une production agricole qualifiée d’« intensive ». Cela étant on le fait bien pour Gand et Libramont ! »

Bruxelles n’est plus une priorité

Car il est un fait que la Wallonie s’est reconcentrée sur Libramont, et la Flandre sur Gand. « Bruxelles, aux yeux des entités fédérées n’est soutenue en rien si ce n’est par la présence des ministres », ajoute-t-il.

« On a assez parlé du refinancement de la présence animale à Bruxelles sans voir personne proposer de solution. Je ne veux mettre la pression sur personne mais il est de mon devoir de dire que nous ne savons pas ce que nous ferons dans deux ans ! Je ne veux pas engager une édition sans avoir au moins les moyens de la financer ! », assure le président.

Avec l’aide de Fedagrim, le Brussels Livestock Show a tenté cette année de percevoir des royalties sur les locations des stands qui étaient à destination des animaux… Il a proposé un jour en moins sur les deux palais pour permettre aux exposants de réaliser une économie lors de la journée professionnelle… Le résultat ? Le nombre d’emplacements vendus a diminué !

« On peut dès lors se poser la question : les exposants sont-ils encore intéressés par Bruxelles ? Tous affirment en aparté qu’une édition sans pôle animal est impossible mais les rangs se font clairs lorsqu’il s’agit de s’engager dans une mise à disposition de fonds. La question est donc très simple. Il faudra que se dessine une nouvelle dynamique avec soit de nouvelles associations, soit une privatisation… Mais en l’état actuel on est à la fin d’un modèle ! »

C’est d’autant plus dommage que l’événement s’avère être la seule rencontre possible entre les éleveurs du nord et du sud du pays. Tout l’aspect « honneur d’une participation à un concours national » semble s’être estompé !

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