Promotion de la viande bovine: «Nous ne pouvons pas faire l’économie de l’exportation»

C’est dans la Ferme de la famille Baudoin à Natoye que plusieurs jeunes éleveurs se sont retrouvés pour le tournage d’une capsule vidéo. Dans l’après-midi, le Ministre wallon de l’agriculture était également présent pour faire le point sur les initiatives prises et  à prendre.
C’est dans la Ferme de la famille Baudoin à Natoye que plusieurs jeunes éleveurs se sont retrouvés pour le tournage d’une capsule vidéo. Dans l’après-midi, le Ministre wallon de l’agriculture était également présent pour faire le point sur les initiatives prises et à prendre. - DJ

«  La filière bovine est en crise avec des prix trop bas et en dessous des coûts de production. Il faut une réaction forte et durable pour ne plus subir la situation et la laisser s’aggraver », commence d’emblée le ministre.

– 25 % de bovins wallons

Il rappelle que la filière est un secteur à part entière avec des enjeux alimentaires, environnementaux et économiques. En Wallonie, la production bovine est à la base de 9.100 emplois parmi lesquels 5.900 éleveurs. Pourtant, le secteur est en diminution : « Entre 2000 et 2017, le nombre de bovins wallons a chuté de 25 % du fait de la moindre consommation de viande mais aussi de la mauvaise image qui lui colle à la peau alors que la taille moyenne d’une exploitation wallonne est de 65,6 ha et 130 bovins. La production de viande bovine concerne pour 84 % la race BBB, le reste étant principalement consacré aux races Salers, Charolaise, Blonde d’Aquitaine et Limousine. En matière d’import et d’export, les importations ont augmenté de 14 % sur les 6 premiers mois de l’année par rapport à 2018 et les exportations ont régressé de 22 %, ce qui fixe directement le cadre ».

Viser l’exportation

Pour contrer le phénomène, il s’agit, selon lui, de populariser nos produits auprès des consommateurs qui n’ont que trop peu le réflexe de consommer des produits de qualité mais aussi de proximité. La valorisation des produits doit également bénéficier au producteur initial. Il insiste également sur le fait qu’on ne peut pas faire l’économie de l’exportation : « Le secteur a besoin de s’ouvrir à des marchés extérieurs. L’Apaq-W travaille d’ailleurs en collaboration avec l’Awex (Agence wallonne pour l’exportation). Nous devons nous intéresser à des segments qualitatifs dans lesquels nous ne sommes pas en concurrence avec d’autres pays car il ne s’agit pas d’exporter en dessous des coûts de production. L’idée, c’est de gagner du volume mais aussi de la valorisation financière. Il faut être offensif à l’exportation ». Pour être offensif, il ne suffit pas de plaider en faveur de la qualité des produits wallons mais il faut également s’appuyer sur les opérateurs privés : « Les intermédiaires tels que les abattoirs doivent être réactivés car ils ont la capacité d’aller travailler des marchés à l’extérieur ».

« Je lance un appel aux restaurateurs wallons afin qu’ils proposent tous de la viande wallonne à leur carte. La valorisation de nos produits et leur promotion sont prioritaires pour le secteur de la viande bovine »

De la viande wallonne dans tous les restaurants

Enfin, il est pour lui essentiel que les intermédiaires tel que l’Horeca, valorisent les produits wallons. « J’appelle tous les restaurateurs, hôteliers… à proposer de la viande wallonne sur leur carte ». Un argument soutenu par Philippe Mattart, directeur de l’Apaq-W : « Il faut expliquer aux consommateurs pourquoi nos élevages sont mieux que les autres, insister sur le lien au sol qui est de nature à les convaincre de manger des produits qui en sont issus. Il faut pousser les consommateurs vers une assiette équilibrée mais aussi inciter les prescripteurs, parmi lesquels l’horeca et les collectivités, à valoriser la viande belge ».

Le ministre aborde également d’autres pistes telles que l’ajout de la dimension de proximité aux écochèques, un étiquetage mettant en évidence les produits belges ou encore la distribution des produits via des acteurs économiques importants : « Les acteurs de la transformation et du commerce devraient avoir une démarche positive envers les producteurs wallons de viande ».

Amener notre part de travail

En tant que présidente de l’Apaq-W, Marianne Streel rappelle qu’il est urgent de travailler à différentes pistes pour ramener du revenu dans les exploitations : « Sans revenu, il n’y a pas de vision, cela engendre des problèmes pour la filière mais met aussi en péril la transmission des exploitations et l’avenir de l’agriculture wallonne. Nous devons aussi amener notre part de travail avec une connaissance parfaite de nos coûts de production, de la collaboration, la mise en place de coopératives, de boucheries à la ferme… La transparence de toute la filière au niveau des coûts et marges doit également être de mise. Nous devons faire la promotion de nos produits, de leur valeur nutritionnelle mais aussi environnementale et économique. Il est important que cela soit porté à la connaissance des consommateurs et que nous mettions en valeur nos pratiques. C’est d’ailleurs ce que font nos jeunes agriculteurs en tournant des capsules que nous pourrons voir prochainement sur les écrans. Ils ont une vraie volonté de communiquer sur l’agriculture et la viande ».

Marianne Streel et Phillippe Mattart reviennent également sur le plan d’actions 2019 visant à promouvoir les produits agricoles mais aussi artisanaux avec, notamment, « ma quinzaine locale des produits durables et de saison », le concept #jecuisinelocal durable et de saison, les tables de saison en collaboration avec Julien Lapraille, la semaine « Steak Frites Salade », la participation à l’émission Martin Bonheur, la sensibilisation des jeunes (bande dessinée « Les 24 heures de Franck au champ » et délivrables à leur destination), les business club permettant aux agriculteurs de rencontrer des acteurs professionnels et de rétablir certaines vérités…

L’Apaq-W invite d’ailleurs tous les consommateurs et citoyens à signer la charte #jecuisinelocal qui compte déjà 3.830 signatures (www.jecuisinelocal.be) et à défendre et promouvoir une agriculture durable et responsable.

DJ

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