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Impact du covid 19: le choix du bio local en hausse, mais après?

Depuis le 13 mars dernier, de nombreuses mesures ont été prises afin d’atténuer la propagation du Covid-19. Les modes de vie, intégrant les modes de consommation ont été bouleversés. Quels impacts ont eu ces mesures sur le secteur bio ? Une étude a été réalisée par l’asbl Biowallonie auprès de l’ensemble du secteur

Temps de lecture : 5 min

À travers de nombreux témoignages, l’étude présente les impacts économiques sur les secteurs de la production, de la transformation et de la commercialisation.

115 personnes ont répondu à l’enquête via un formulaire en ligne tandis que 53 acteurs ont été interviewés par téléphone.

La situation économique : stable ou à la hausse selon le canal de vente

75 % des agriculteurs répondants ont un revenu agricole stable ou à la hausse depuis le 13 mars. Cependant, selon le type de débouchés, Biowallonie constate des différences au niveau de l’impact des contraintes de la crise sanitaire sur la situation financière des agriculteurs bio.

Les acteurs ayant connu les plus grandes augmentations dans leurs ventes (pour certains du jamais vu) sont ceux proposant de la vente directe au consommateur . Ainsi 8 producteurs sur 10 proposant cette offre ont augmenté leurs ventes. Une augmentation de 20 à 50 % pour 6 fermiers sur 10 et de plus de 50 % pour 2 fermiers sur 10.

L’interdiction des marchés a touché de plein fouet le secteur. 55 % des répondants vendant via des marchés ont connu soit l’arrêt de leurs ventes, soit une diminution de celles-ci de plus de 50 %. Dans 36 % des cas, les acteurs ont pu rebondir, en trouvant de nouvelles diversifications.

La vente en circuit court chez un autre producteur ou via une coopérative de vente est une variante du circuit court qui a connu une expansion très importante. 48 % ont noté une augmentation des ventes de 20 à 50 % et 16 % déclarent une augmentation de plus de 50 %.

Les matières premières

Entre le 13 mars et 4 mai, la plupart des agriculteurs, tous secteurs confondus, témoignent d’un prix de la matière première resté assez stable, excepté pour le prix de l’alimentation pour le bétail et les céréales panifiables. Les fabricants d’aliments bio interrogés font part de grosses difficultés pour s’approvisionner en matières premières riches en protéines, principalement en soja. Cette pénurie entraîne des coûts plus importants pour l’alimentation du bétail et est ressentie partout dans le secteur.

Pénurie et approvisionnement

67 % des producteurs interrogés disent ne souffrir d’aucune pénurie. Pour les autres, celles-ci se concentrent sur du matériel comme des pièces de maintenance, du matériel d’emballage, ainsi que tout le matériel destiné de près ou de loin à contenir le virus (gants, masques…).

Au niveau des produits agricoles, les produits en manque les plus fréquemment cités ont été la farine, les céréales d’épeautre, les œufs, les plants de légumes et les fruits et légumes, ainsi que les semences.

Les transformateurs bio

La transformation bio wallonne est assez large, elle concerne des secteurs variés comme la fromagerie, la boucherie, la boulangerie, la biscuiterie, la confiserie, la meunerie, la brasserie et la distillerie… Sur les 23 transformateurs ayant participé à l’enquête, 87 % ont continué leur activité. Seuls 3 transformateurs ont arrêté leur production : 2 brasseries et une distillerie.

59 % des acteurs répondants ont une situation stable ou meilleure. Parmi les entreprises en difficulté, on distingue 3 profils : des brasseurs, des fromagers, des pâtissiers/confiseurs.

Les distributeurs

Plusieurs grossistes interrogés parlent quant à eux d’un chiffre d’affaires supérieur de 15 à 35 % en comparaison à l’avant Covid-19. Ceux-ci estiment que leur chiffre d’affaires va baisser ces prochains mois mais rester environ 10 % supérieur à la situation d’avant Covid.

Dans les magasins bio

7 gérants de magasins bio sur 10 ont une meilleure situation économique depuis le début de la crise. 44 % d’entre eux déclarent même être dans une situation inégalée dont le chiffre d’affaires dépasse le chiffre réalisé lors des semaines bio et des fêtes de fin d’année antérieures.

Parmi les 6 gérants de magasins spécialisés dans la vente en vrac, 4 sont dans une situation économique plus difficile. Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cela. Tout d’abord, nous sommes passés d’une période « zéro déchet » en croissance exponentielle ces dernières années à une période abrupte de « zéro risque ». Certains clients préfèrent revenir aux emballages pour diminuer le risque de contamination. Un autre facteur est la gamme moins complète de produits présente dans certains magasins plus petits. À l’inverse, les magasins « zéro déchet », ont connu très peu de rupture d’approvisionnement. Et la dimension plus petite du magasin incarne une image plus « rassurante » par rapport au Covid.

6 raisons de passer la porte

Les magasins bio ont vu arriver énormément de nouveaux clients. Ces derniers peuvent être classés en 3 catégories : les consommateurs réguliers, les consommateurs nouvellement convaincus et les consommateurs occasionnels qui ne reviendront plus dès la crise passée.

Selon les témoignages des acteurs de terrain, les raisons de passer la porte d’un magasin bio ou d’un point de vente à la ferme durant la crise sont multiples, néanmoins elles ne se vérifient pas dans chaque situation :

1. Consommer plus de produits favorisant sa santé et son immunité  ;

2.  Moins de files  : le temps à patienter dans les files d’attente dans les magasins type grandes surfaces a incité certains consommateurs vers ces nouveaux lieux d’achat ;

3. Magasin de proximité  ;

4. Magasin à taille humaine « rassurant » ;

5.  Gamme très complète (allant du papier toilette aux huiles essentielles) permettant de faire toutes les courses au même endroit.

6.  Moins de rupture de stock

Le comportement des ventes

Les clients sont venus principalement acheter des produits de première nécessité. Les produits dont les ventes ont le plus augmenté sont la farine, les œufs, les fruits et légumes. À l’inverse, la vente de plats préparés et de pain a globalement diminué ou est restée stable selon les magasins. En période de confinement, les consommateurs ont davantage de temps pour cuisiner et faire leur pain. La vente des produits réputés comme favorisant l’immunité tels que les huiles essentielles de Tea tree ou de Ravintsara, la vitamine C, l’Acerola et la Propolis ont particulièrement augmenté.

Le bio d’après Covid

Enfin, Biowallonie constate une large inquiétude quant à la suite des impacts du Covid-19 sur le secteur agricole bio. D’une part, certains acteurs ont peur que les réactions des marchés arrivent à retardement, et qu’ils impactent l’écoulement des produits ou les prix de ceux-ci. D’autre part, les acteurs profitant d’un développement des nouveaux modes de consommation craignent un retour en arrière une fois que le quotidien aura retrouvé sa normalité.

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