Les fermiers du week-end

Les fermiers du week-end

Notre verdoyante et agricole Wallonie compte environ 12.700 exploitations. Les agriculteurs à titre complémentaire représentent 27 % de ces chiffres, soit 3.430 fermes, et parmi elles plus ou moins 620 exploitées par des retraités. Cette proportion est énorme ! Un agriculteur sur quatre serait un fermier « du week-end » ! L’agriculture à temps partiel, à vrai dire, n’occupe qu’une faible surface et ne taille pas des croupières aux professionnels, contrairement aux idées communément établies. Les exploitants à temps plein leur reprochent d’accaparer une partie de leur espace vital, et de capter une part non négligeable des aides européennes. Déjà, dans les années 1960, on retrouvait dans les articles de Voix de la Terre du Sillon Belge, des critiques virulentes à l’égard des fermiers « à mi-temps ou à quart-temps », qui « concurrençaient de manière déloyale » les vrais fermiers, car ils disposaient d’un « revenu fixe qui leur permettait d’acheter des terres fort cher », pouvait-on lire. C’est assez surprenant de le constater, mais le débat « pour ou contre » l’agriculture à tire complémentaire est d’actualité depuis des lustres.

Qui sont-ils ? Dans leur toute grande majorité, ces paysans-ouvriers, -fonctionnaires, -employés, -vétérinaires, -petits indépendants, sont des enfants de la terre, des filles et fils d’agriculteurs qui exploitent des parcelles familiales, héritées de leurs aïeux et qui portent leur ADN. Ils n’ont pas pu embrasser le métier à temps plein pour diverses raisons : on leur a refusé un emprunt de reprise car ils ne rentraient pas dans des critères de taille suffisante ; les revenus de la terre de nourrissent pas assez leur homme ; ils n’avaient pas suffisamment le feu sacré pour s’y consacrer à 100 % ; le foncier est devenu inabordable ; ils ont eu peur de s’endetter à mort ; leurs parents les ont poussés vers un métier moins ingrat et moins contraignant ; …

Que font-ils ? Vous me direz : ils élèvent des chevaux, des moutons. Mais pas uniquement ! Dans le bon pays, certains cultivent la terre, sèment et récoltent du froment des betteraves, des pommes de terre…, pas avec leurs bras, bien entendu, mais par le truchement d’entreprises de travaux agricoles, ce qui fait râler les « vrais » cultivateurs ! C’est de la triche, diraient les enfants ! Chez nous, sur les hauts plateaux ardennais couverts de prairies, les agriculteurs à titre complémentaire élèvent ici quelques vaches, là-bas un troupeau de moutons ou de chèvres, ailleurs des poneys, chevaux, ânes et autres bestioles exotiques. Cela donne pas mal de diversité à nos campagnes ! Les moutons, particulièrement, connaissent un réel engouement depuis quelques années. C’est un animal fort sympathique, attachant, plutôt rustique et qui demande de faibles investissements. Pour un vieux paysan comme moi, c’est parfait ! Quelques planches, chevrons et boîtes de tire-fonds, une visseuse, une tronçonneuse et un peu d’imagination : voilà votre étable à vaches reconvertie en bergerie de luxe, lumineuse et aérée, un paradis pour brebis et agneaux !

En fait, les agriculteurs à titre complémentaire veulent surtout jouir des beaux côtés du métier, sans les soucis délétères des professionnels, leur impossibilité à dégager un revenu décent, leur dépendance envers la météo, le commerce, le carcan administratif, l’endettement. On reproche à ces paysans du week-end de capter une partie des aides financières de la PAC. La réforme en cours doit revenir sur ce statut d’« agriculteur actif », indispensable pour accéder aux indemnités agricoles. Jusqu’à présent, en Wallonie, seule une liste négative désigne les non-ayants-droits. Une piste balisée à l’Europe déterminera(it) demain comme « actifs » les exploitants qui disposent d’un troupeau, de bâtiments, d’engins et d’outils agricoles. Se baser sur la part de revenu dégagée (30 % pour être désigné « actif ») par cette seconde activité n’a aucun sens, selon la FWA, car tout le monde sait bien que l’agriculture paye très mal celui qui la pratique. Ceci dit, les retraités risquent peut-être de ne plus bénéficier des aides PAC, quant à eux, mais on affirme cela depuis vingt ans sans que rien ne change. Les discussions sont loin d’être closes…

Les agriculteurs à titre complémentaire exercent leur activité secondaire comme une passion. Si gagner de l’argent était leur principale motivation, ils seraient infiniment moins nombreux. On les voit vraiment heureux quand ils travaillent avec leurs enfants dans leur petite ferme. Quelle joie dégagent-ils ! Ils ont un vrai côté paysan, naïf et rafraîchissant, ressourçant et encourageant pour toute la profession. Et de toute façon, troquer l’activité à temps plein contre une à temps partiel est un prix fort doux à payer, pour que nos fermes et nos terres trouvent un successeur et continuent à vivre ! Ne trouvez-vous pas ?

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