Le glanage solidaire pour recréer du lien et diminuer les pertes alimentaires

Le glanage solidaire pour recréer du lien et diminuer les pertes alimentaires

Pratique ancestrale, le glanage désigne le ramassage à la main de produits restés ou tombés au sol dans un champ ou un verger après récolte. Ces pertes alimentaires comprennent généralement des produits hors calibre, non commercialisés du fait d’une demande de produits normés (taille ou forme par exemple). Il en est de même pour des produits trop coûteux à récolter compte tenu du prix du marché, à un moment donné. Il permet donc de réduire les pertes alimentaires au stade de la production.

Une action bénéfique pour les producteurs et bénéficiaires

En Belgique, on estime que 1.650.000 personnes vivent sous le seuil de la pauvreté. En Wallonie, cela représente une personne sur cinq. Une situation qui s’est exacerbée en raison des crises liées au Covid-19. Pour les aider plus de 30 plateformes de distribution et plus de 1.400 associations organisent à des degrés divers la récolte et distribution de denrées alimentaires toute l’année.

Avec la mise en place d’opérations de glanage solidaire et encadré, des acteurs de l’aide sociale ou alimentaire pourraient avoir accès à des produits locaux qui, sans cela, auraient été perdus. L’action est bénéfique pour tous : pour les producteurs qui valorisent positivement les restes de leurs récoltes ; pour les acteurs de l’aide sociale ou alimentaire qui reçoivent gratuitement des produits frais et locaux ; pour les bénéficiaires qui ont accès à des produits plus qualitatifs contribuant à une alimentation saine et de saison. Le glanage solidaire permet aussi d’établir un lien entre les producteurs locaux et les associations, ainsi qu’entre personnes précarisées et avec les métiers de la terre.

Le glanage solidaire permet de diminuer les pertes alimentaires liées à la non-valorisation de fruits, légumes ou pommes de terre, qui n’ont pas pu être récoltés par les agriculteurs.  Les bénéficiaires ont accès a des produits frais et locaux, de façon encadrée,  et découvrent le travail des agriculteurs.
Le glanage solidaire permet de diminuer les pertes alimentaires liées à la non-valorisation de fruits, légumes ou pommes de terre, qui n’ont pas pu être récoltés par les agriculteurs. Les bénéficiaires ont accès a des produits frais et locaux, de façon encadrée, et découvrent le travail des agriculteurs. - D.J.

Pourquoi encadrer le glanage solidaire par une charte ?

À l’occasion de ces premières opérations de glanage, une charte (disponible sur www.mangerdemain.be/

production-alimentation/) a été mise en place entre producteurs et acteurs de l’aide sociale ou alimentaire, afin de définir le cadre d’un glanage solidaire en Wallonie. Il s’agit d’une véritable innovation dans le secteur.

La mise en place d’une charte encadrant le glanage solidaire permet de rassurer les agriculteurs face aux a priori sur le glanage et ses dérives tels que le maraudage (se servir dans des parcelles clôturées), la revente dans des circuits commerciaux concurrentiels, ou la pratique non-sécurisée (venir dangereusement près du tracteur). La charte, validée par les deux parties, permet de prévoir les conditions d’un glanage respectueux des activités agricoles et des producteurs. Exercé par des acteurs de l’aide sociale ou alimentaire et des bénévoles, le glanage solidaire encadré favorise également le lien social.

En pratique, les engagements de l’organisme d’aide sociale ou alimentaire et du producteur concernent la désignation d’un « référent glanage », les modalités de mise en place de l’opération en amont de celle-ci (horaire, jour…), le respect des règles sanitaires et de sécurité, ou encore le nombre de glaneurs. Elle précise les conditions d’interventions fixées par le producteur lui-même : parcelles mises à disposition, date de fin de récolte, estimation du volume de produits exploitables pour le don alimentaire…

Le 11 octobre, 291 kg de légumes ont été glanés à la ferme de la Sève à Mellet.
Le 11 octobre, 291 kg de légumes ont été glanés à la ferme de la Sève à Mellet.

291 kg de légumes collectés à la Ferme de la Sève par le CPAS des Bons Villers

À Mellet, l’opération a été rendue possible grâce à un partenariat entre le CPAS des Bons Villers et des producteurs locaux de légumes bio, Thomas Geeraerts et Hélène Van Zande, exploitants de la Ferme de la Sève. Membres du Collège des Producteurs, les producteurs ont été contactés par la cellule Manger Demain pour être partenaire de l’opération de glanage solidaire et il leur est apparu logique de participer à cette action de solidarité, d’autant plus au profit de personnes précarisées et des associations caritatives de leur commune.

Le CPAS des Bons Villers se démarque notamment par son programme d’actions « de la terre à l’assiette » qui vise à amener son public à comprendre les réalités du maraîchage, à les sensibiliser aux aléas de la production agricole mais également à favoriser la consommation de légumes frais et locaux, en les accompagnant depuis leurs achats jusqu’à la création de recettes saines et de saison. Grâce à son épicerie sociale, il réalise un travail de fond et de sensibilisation pour une vie plus saine et durable.

Début octobre, neuf bénéficiaires du CPAS se sont donc rendus sur un champ de légumes de la Ferme de la Sève. Le profit de la récolte était destiné aux cueilleurs eux-mêmes mais a également servi à garnir les rayons de l’épicerie sociale. Le surplus de la récolte solidaire a été redistribué aux associations caritatives locales et d’autres CPAS de la région. Ce ne sont pas moins de 193 kg de courges butternut, 88 kg de potimarrons, 10 kg de topinambours et même 2 caisses de salades qui ont été glanés ce jour-là.

Vu les bons contacts établis, il a déjà été prévu de renouveler l’opération et d’envisager un partenariat plus étendu.

Pour le CPAS des Bons Villers, ses bénéficiaires et les exploitants de la ferme de la Sève, cette première expérience à été concluante  et sera sans doute à la base d’un partenariat à plus long terme.
Pour le CPAS des Bons Villers, ses bénéficiaires et les exploitants de la ferme de la Sève, cette première expérience à été concluante et sera sans doute à la base d’un partenariat à plus long terme. - D.J.

D’autres producteurs s’engagent aussi

En juin dernier, une toute première opération de glanage solidaire avait déjà été encadrée par la Cellule Manger Demain et le Collège des Producteurs au bénéfice du CPAS de Charleroi. Pascal Bolle d’Agrisert avait ouvert une parcelle de fraises aux bénéficiaires du CPAS de Charleroi pour la cueillette des fruits n’ayant pas été récoltés. 250 kilos de fraises ont ainsi été cueillis pour le bénéfice du CPAS.

Il y a peu, 250 kilos de pommes de terre et 46 kilos de carottes ont également été glanés à la coopérative Société du Terroir de Geer (STG) avec le CPAS de Geer.

Propos recueillis par D. Jaunard

Appel à mobilisation

Cette initiative s’inscrit plus largement dans la stratégie wallonne Manger Demain et dans celle liée à la prévention des déchets du Plan wallon des déchets-ressources, définies par la Wallonie. Elle contribue à garantir la disponibilité et l’accès à tous à une alimentation relevant d’un système alimentaire durable. Elle permet également de favoriser l’inclusion des producteurs sur les enjeux de l’alimentation durable, et de conscientiser notre société à la problématique des pertes et gaspillages alimentaires.

Pour les producteurs qui souhaitent s’inscrire dans cette démarche de glanage solidaire encadré, à court, moyen ou long terme, un formulaire de contact est mis à disposition sur https ://www.mangerdemain.be/production-alimentation/.

Il en est de même pour les organismes d’aide sociale/alimentaire qui souhaiteraient récolter des produits locaux et mener une opération de glanage solidaire encadré pour vos bénéficiaires dans votre région.

Le direct

Le direct