Une reconversion réussie à la Tour de Tilice

Simon Delforge et Thomas Heeren, son chef de cultures.
Simon Delforge et Thomas Heeren, son chef de cultures. - Vanel

Lorsque Marc Delforge reprend la ferme de son père en 1989, il décide d’arrêter blancs-bleus et cochons pour planter des arbres fruitiers. « Il ne voulait pas s’occuper des vaches matin, midi et soir toute la semaine, avec des installations non adaptées », reconnaît son fils Simon. « Il fallait faire un choix : soit reconstruire des bâtiments plus modernes pour les animaux ou développer autre chose. Nous n’avons que 60ha, il était impossible de ne mettre que de la betterave ou du froment, il fallait se diversifier pour rentabiliser au mieux notre superficie. »

Cette autre activité, ce sera les arbres fruitiers que Marc Delforge plante à la naissance de son fils en 1990. « Il y avait des hautes-tiges autour de la ferme, poursuit ce dernier. Ils ont été enlevés et remplacés par des basses-tiges, 80 % de poiriers et 20 % de pommiers. Aujourd’hui, ceux-ci tendent à être remplacés par des vignes. »

Avec l’embargo russe, la famille Delforge se remet en question et l’arrivée du fils à la tête de l’exploitation en 2016 amène un nouveau choix : en 2018, vingt-neuf ans après son père, Simon vire donc de bord et remplace les premiers pommiers par des pieds de vigne. Il choisit d’une part des variétés résistantes (Johanniter et Muscaris), mais aussi des variétés plus classiques telles que Chardonnay et Pinot noir.

Bulles liégeoises

« Cela faisait quelques années que nous voulions faire du vin et nous avons fini par nous lancer », poursuit Simon. « Nous avons planté sur d’anciennes parcelles de pommiers où les affleurements de silex et le positionnement étaient propices à la création d’un vignoble. Je ne voulais pas passer ma vie à me lamenter, mais plutôt aller de l’avant. On est maître de son destin, il faut faire des choix, ne pas s’enliser dans ce qui ne va pas. Avec les pommes et les poires, c’est le marché mondial qui gère les prix… Avec le vin, on a un produit transformé – il faut bien le faire bien sûr, mais si le produit est bon, le prix sera tout à fait décent. »

Simon Delforge a été prudent dans la création de son vignoble. D’abord par le choix des variétés déjà évoquées, mais aussi en ne plantant pas la totalité des terres disponibles en une fois : 2ha en 2018, 3,5 en 2020 et 2ha cette année. « Chi va piano, va sano e va lontano », dit le dicton italien, c’est bien connu. Et à propos de « sano », Simon Delforge a opté dès le départ pour une agriculture biologique controlée par TUV-Nord Integra. Les premières parcelles sont officiellement certifiées bio cette année.

Le but de Simon est de produire des vins effervescents. La première production de 5.000 bouteilles, la cuvée 101, est quasiment épuisée et très réussie, la suivante sortira en décembre. Une seconde cuvée en 100 % Chardonnay fera également son apparition pour les fêtes de fin d’année, avec un bref passage en barrique et 20 mois sur lattes (au lieu de 9), la cuvée Osé devrait également venir consacrer les efforts consentis jusqu’à présent.

Marc Vanel

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