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Présidence tchèque du Conseil européen : «nous vivons une époque de rebondissements inattendus»

C’était juste avant la pause estivale. Zdenek Nekula, le quelque peu austère ministre tchèque de l’Agriculture, s’était rendu dans l’hémicycle européen pour présenter les moments forts qui animeront la présidence de son pays. Les conséquences du conflit russo-uktrainien sur le secteur agricole figurent tout en haut sur la liste

de ses priorités.

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Car c’est en effet au moment où tous les regards sont rivés sur l’Ukraine que l’Europe est percutée coup sur coup par le covid et par l’invasion russe, que la République tchèque a pris, le 1er juillet dernier, la barre de la présidence tournante pour la deuxième fois depuis son entrée dans l’UE, en 2004.

Le conflit russo-ukrainien en filigrane

Ironie du sort, c’est aussi la deuxième fois que la présidence tchèque est confrontée à une crise énergétique majeure. La Russie et l’Ukraine, déjà elles, s’étaient en effet affrontées en 2009 autour de l’enjeu gazier, entraînant l’arrêt des livraisons gazières à l’Ukraine à partir du 1er janvier puis la rupture complète des approvisionnements gaziers russes à travers l’Ukraine vers l’UE entre le 7 et le 20 janvier 2009.

Cette crise d’une ampleur sans précédent faisait suite à celle du mois de janvier 2006 qui avait déjà porté atteinte à la sécurité des approvisionnements gaziers européens.

Ce qui a fait dire à M. Nekula que nous vivons « une époque de rebondissements inattendus et plus d’une présidence a dû réévaluer ses priorités dans le contexte des événements internationaux. C’est pour cette raison que la République tchèque a axé les siennes sur les questions les plus pressantes liées à l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine ».

Bref, cette seconde présidence débute dans un contexte difficile auquel s’ajoute la hausse des prix des intrants agricoles, des engrais en particulier, dont la situation actuelle a mis en lumière la dépendance de l’Europe vis-à-vis des pays tiers, notamment concernant la potasse.

Les engrais sont l’une des conditions préalables pour assurer une production agricole suffisante et donc la sécurité alimentaire du Vieux-Continent, même si cette dernière s’avère stable, « ce qui sera le cas au vu des récoltes à venir ».

La sécurité alimentaire de l’UE, boussole de la présidence

Pour toutes ces raisons, la sécurité sera au cœur de la réunion informelle des ministres de l’Agriculture qui se tiendra à Prague en septembre prochain.

Le ministre s’est particulièrement réjoui des efforts effectués pour faciliter le transport terrestre des céréales ukrainiennes via les couloirs de solidarité, lesquels commencent à porter leurs fruits.

Il a en outre annoncé que la présidence soutiendrait les efforts déployés par les Nations-Unies pour permettre les exportations depuis les ports de la mer Noire.

La crise énergétique, comme une longue antienne

« Le conseil suit de près le processus de validation des plans en attachant une grande importance à l’égalité de traitement entre tous les pays et à l’octroi d’une flexibilité suffisante aux États membres pour faire face à des circonstances spécifiques » a stipulé M. Nekula.

Le ministre l’a répété à l’envi depuis ses premiers pas à la tête de la présidence de son pays, une grande attention sera apportée à la crise énergétique et à son impact sur les coûts de production.

Et d’évoquer l’initiative RePowerEU dans le but d’atteindre l’indépendance énergétique vis-à-vis des combustibles fossiles russes d’ici 2027. « Nous convoquerons une réunion extraordinaire du conseil « Énergie » dans les prochaines semaines, a-t-il prévenu.

En matière environnementale, « la priorité absolue de la présidence tchèque sera de faire progresser au maximum » les négociations interinstitutionnelles en trilogue sur le paquet de propositions législatives « Fit for 55 » visant à relever les ambitions climatiques de l’UE. Le conseil de l’UE et le parlement ont, chacun de leur côté, déjà finalisé leurs positions sur la plupart des textes de ce paquet.

L’antibiorésistance, un domaine d’expertise de la République tchèque

Les questions vétérinaires ne seront pas en reste a indiqué le ministre tchèque qui a annoncé que la présidence de son pays soutiendra une coopération active entre les États membres et la commission au niveau des échanges commerciaux avec les pays tiers en termes de certification électronique et de vaccination.

« Nous chercherons également à trouver un consensus sur l’utilisation durable des antimicrobiens et sur le contrôle de l’antibiorésistance en médecine vétérinaire ». Il s’agit d’un domaine sur lequel la République tchèque se concentre depuis de nombreuses années, ce qui lui a permis d’avoir acquis « beaucoup d’expérience en la matière ».

Le trio de présidences (France, République tchèque et Suède) a d’ailleurs annoncé la publication d’une « Déclaration du Trio sur la résistance aux antimicrobiens », soulignant que ce dossier était une priorité de ces trois Etats membres sur la période janvier 2022 – juin 2023 et suggérant des perspectives de travail au niveau européen.

L’étiquetage des denrées alimentaires la présidence prévoit l’organisation d’une conférence scientifique « l’étiquetage harmonisé et ses implications sur les systèmes alimentaires durables » dont les résultats seront présentés lors d’un prochain conseil européen.

Du pain sur la planche d’ici la fin de l’année

Mais que se passera-t-il au fil des prochains mois ?

Après le conseil informel praguois du mois de septembre, les ministres européens de l’Agriculture discuteront les 17 et 18 octobre à Luxembourg, de commerce international et vraisemblablement de la conclusion de l’accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande et de la situation des marchés agricoles, toujours dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Puis en novembre, les 21 et 22, les ministres devraient échanger sur les questions forestières, l’agriculture biologique, la santé animale et éventuellement (si celle-ci est finalisée) la proposition sur la révision de la politique de promotion des produits agricoles.

Enfin, les 12 et 13 décembre, la présidence tchèque prévoit de présenter des rapports d’avancement des discussions sur l’utilisation durable de pesticides et les indications géographiques. Sur ce second point, le dernier rapport de la présidence française, qui date du 27 juin, confirmait les « vives préoccupations » des délégations des pays de l’UE au sujet du transfert de responsabilités à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (Euipo).

Marie-France Vienne

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