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Securimilk rend le marché à terme accessible aux éleveurs laitiers de la Laiterie des Ardennes

Pour la première fois en Belgique, des éleveurs laitiers ont accès à un marché à terme leur permettant de se prémunir des fluctuations de prix tout en sécurisant leur marge. Tels sont, en l’effet, les objectifs du programme Securimilk lancé en juillet dernier par la Laiterie des Ardennes.

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Froment, pommes de terre, colza… Nombreuses sont les productions végétales à être commercialisées sur les marchés à terme. Du côté des productions animales, cependant, aucune solution n’existait jusqu’à récemment pour les éleveurs laitiers belges.

« Les marchés à terme constituent pourtant un gage de sécurité pour les agriculteurs. D’une part, ils permettent de se prémunir des fluctuations de prix. D’autre part, ils contribuent à sécuriser leur marge, au regard de leurs coûts de production. Certes, on fait l’impasse sur les prix élevés, mais on échappe également aux baisses qui peuvent, selon leur importance, mettre une exploitation agricole dans une situation financière plus que délicate », analyse Louis Ska, directeur général de la Laiterie des Ardennes.

Obtenir un prix garanti

Face à ce constat, la coopérative laitière a souhaité proposer un tel service à ses membres. C’est ainsi qu’est né le programme Securimilk, accessible volontairement aux producteurs de lait conventionnel non écrémé depuis juillet dernier. « Notre objectif est de permettre aux éleveurs qui le souhaitent de sécuriser une partie de leur production sur les marchés à terme à un prix fixe et défini plusieurs mois à l’avance. »

Entre l’idée et la concrétisation du projet, pas moins de 18 mois se sont écoulés, soit le temps nécessaire pour lever toutes les questions, expliquer le projet en interne, développer le programme et proposer aux membres de la coopérative une solution à la fois claire et simple d’utilisation.

En pratique, la souscription se déroule en plusieurs étapes, dont la première consiste à présenter un prix aux producteurs. « Trois jours avant l’ouverture d’un programme, nous proposons un prix pour, au minimum, les livraisons du premier trimestre suivant l’ouverture du programme. Selon la situation observée sur les marchés, un prix peut également déjà être exposé pour le trimestre suivant, sans que cela soit systématique », détaille Marine Léonard, junior brand manager.

À l’ouverture du programme, prévue une fois par mois, les éleveurs disposent de 24 heures pour se positionner et définir le volume qu’ils souhaitent livrer au prix garanti par Securimilk. De son côté, la Laiterie des Ardennes cherche à sécuriser ce même volume sur les marchés à terme en vue de garantir ses engagements vis-à-vis des agriculteurs et de s’assurer que l’opération est sans impact pour les non souscripteurs.

« Une fois cette étape effectuée, chaque adhérent reçoit la confirmation que le volume engagé est couvert, ou non, par le programme. Si le volume entier proposé par l’ensemble des éleveurs ne peut être sécurisé sur les marchés à terme, les livraisons au prix garanti ne pourront se faire que proportionnellement au volume sécurisé. » À titre d’exemple, si la laiterie ne peut couvrir que 80 % du volume total pour lequel s’engagent ses membres, ceux-ci ne pourront livrer que 80 % du volume souscrit. « Dans les faits, nous pensons pouvoir sécuriser systématiquement, ou presque, la totalité des volumes proposés », complète Louis Ska.

Et Marine Léonard d’ajouter : « Les confirmations sont envoyées dans les trois jours. Ainsi, les éleveurs ne sont pas dans l’incertitude quant à leurs engagements futurs ».

Durant le trimestre concerné par la souscription, chaque fiche de paye envoyée aux éleveurs intègre une « prime Securimilk » calculée sur base du prix standard du marché et permettant d’atteindre le prix fixé à l’ouverture du programme. Si le prix standard est inférieur au prix préalablement fixé, la prime est positive. Dans la situation inverse, la prime est négative.

Maximum 30 %

Pour souscrire au programme, la Laiterie des Ardennes a fixé deux conditions. Premièrement, pour chaque trimestre de souscription, la livraison minimale a été fixée à 1.000 l/mois, mais celle-ci peut différer d’un mois à l’autre. Par ailleurs, les éleveurs ne peuvent s’engager que pour un volume maximal équivalent à 30 % de leur production mensuelle.

Précisons encore que durant la période d’ouverture du programme, les éleveurs ont la possibilité de revoir à la hausse ou à la baisse leur engagement autant de fois qu’ils le souhaitent. Ils peuvent également prendre part à plusieurs programmes en parallèle, même si ceux-ci couvrent le même trimestre de production. Ainsi, il est par exemple possible de souscrire en octobre au programme couvrant le premier trimestre 2023 et d’effectuer une seconde adhésion en novembre, pour ce même trimestre. « Le montant versé tient alors compte des différents engagements souscrits et des prix relatifs à ceux-ci. »

Connaître son exploitation avant de s’engager

Tous les producteurs éligibles, soit 1.750 sur 2.100, ont été invités à s’inscrire au programme ; une inscription n’impliquant pas obligatoirement une souscription. « Plus de 45 % d’entre eux l’ont fait, signe de leur intérêt. Certains ont pris part au programme directement, d’autres le feront selon l’évolution des marchés tandis que d’autres encore ne s’y intéresseront pas. Tout un chacun est libre de sa décision et doit mener sa réflexion selon sa situation personnelle », enchaîne Michèle Lambrechts, responsable Service ferme & Affaires coopératives.

Louis Ska poursuit : « Ce type de programme permet de réduire l’incertitude à laquelle font face les éleveurs laitiers. Dès le jour de souscription, ils connaissaient le montant qui leur sera payé plusieurs mois plus tard selon le volume qu’ils ont décidé de livrer via Securimilk. Nous comprenons néanmoins que la décision ne soit pas facile à prendre pour un agriculteur sans savoir quelle sera la cotation effective du lait durant la période pour laquelle il s’engage ».

C’est donc pour aider ses membres que la Laiterie des Ardennes leur met à disposition diverses informations relatives au marché des produits laitiers (prix, stocks, importations et exportations…). « Mais en aucun cas nous ne donnerons de conseils ou recommandations. Chaque éleveur doit conserver sa liberté », insiste-t-il une nouvelle fois.

Avant de s’engager, la coopérative recommande d’ailleurs à chaque agriculteur intéressé de connaître avec précision ses coûts de production et la marge qu’il souhaite obtenir à l’issue de la traite. Ainsi, la décision de participer ou non au programme peut être prise selon les spécificités de la ferme dont, notamment, les échéances financières à venir pour lesquelles il convient, éventuellement, de sécuriser une rentrée d’argent.

J. Vandegoor

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