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Acariens tétranyques: des attaques plus ou moins fréquentes en serres maraîchères

Les acariens tétranyques, dont Tetranychus urticae, attaquent fréquemment les concombres, les melons et les fraises en serres maraîchères. Les attaques d’acariens sur d’autres cultures comme la tomate sont moins fréquentes, mais quand elles surviennent les dégâts peuvent être impressionnants.

Temps de lecture : 6 min

Lors d’étés chauds et secs comme ceux de 2018, 2019, 2020 et 2022, nous constatons l’extension de leurs populations en plein air également. Différentes cultures sont concernées. Plus il fait chaud, plus ils se développent.

Les acariens se dispersent lentement et de proche en proche d’une plante à l’autre. Ils sont facilement transportés par le vent, les animaux, les vêtements… De la sorte ils se développent généralement, au départ, par foyers.

Le foyer commence par une plante et quelques voisines et s’étend de proche en proche.

Qui sont les responsables ?

Les acariens passent par plusieurs stades : l’œuf, le stade larvaire à 6 pattes, le stade nymphal protonymphe, le stade nymphal deutonymphe immobile et puis le stade adulte.

La femelle de tétranyque tisserand pond environ 6 œufs par jour, une centaine d’œufs sur sa vie. Le cycle de développement demande 23 jours à 15ºC et 4 jours à 32 ºC. Les conditions météo de cet été sont idéales pour cette espèce.

Plusieurs espèces se rencontrent dans nos serres à côté du tétranyque à deux points ou tétranyque tisserand (Tetranychus urticae) : une araignée rouge (Tetranychus cinnabarinus), l’acarien de la tomate (Aculops lycopersici) et d’autres espèces.

Des conditions favorables

Les acariens tétranyques développent leurs populations en face inférieure de feuilles et sont favorisés par des températures élevées, plus de 30°C et une faible hygrométrie. Le bassinage des feuilles perturbe leur reproduction et limite leur extension.

Trahis par la décoloration du feuillage

Le plus souvent, ce sont les taches chlorotiques (jaunissement) sur les feuilles qui attirent notre attention. En observant la face inférieure de la feuille, nous voyons les « bestioles », à l’aide d’une loupe. Nous pouvons trouver simultanément des œufs, des larves, des protonymphes, des deutonymphes et des adultes. Ce sont les piqûres en face inférieure de la feuille qui provoquent la décoloration des deux faces de la feuille sur la zone couverte par la population d’acariens.

Les acariens se nourrissent en perçant les feuilles ou les tiges de leurs pièces buccales et en suçant le contenu cellulaire. Les cellules végétales évidées prennent une teinte jaune. C’est la décoloration du feuillage qui attire notre attention et trahit la présence des acariens.

Les populations sont protégées par la toile produite par les individus eux-mêmes en cas de pullulation. Lors d’été comme celui de cette année, nous constatons des dégâts sur toutes les solanacées et les cucurbitacées de serre.

Le tétranyque tisserand est le plus fréquent, on le retrouve aussi en plein air sur la betterave potagère, le maïs doux, des adventices, le fraisier, le haricot ou l’oignon, notamment.

C'est en observant la face inférieure de la plante que nous pouvons détecter,  à la loupe ou à l'œil nu, la présence d'acariens.
C'est en observant la face inférieure de la plante que nous pouvons détecter, à la loupe ou à l'œil nu, la présence d'acariens.

Quels moyens de lutte privilégier ?

La lutte inclut des mesures prophylactiques, des mesures d’entretien et des mesures correctives.

– la prévention

La lutte commence par une bonne élimination des déchets de culture en fin d’été ou début d’automne, un bon nettoyage des parois, piquets, supports en fin de saison. Elle se complète par une surveillance des plants qui entrent dans la serre au printemps.

Dès l’implantation d’une nouvelle culture, la lutte contre les tétranyques commence par une surveillance attentive des plantes pour repérer le plus rapidement possible la présence des populations qui s’installent. Les conditions sèches et chaudes leur sont particulièrement favorables. Les débuts des populations sont souvent repérés d’abord dans les zones les plus chaudes des serres maraîchères.

Préventivement pour la saison culturale suivante, une bonne hygiène de serre permet de réduire les foyers de survie sur les débris végétaux, les tiges creuses, les raccords de tuyauteries, etc. Nous reviendrons sur cet aspect de l’hygiène de serre dans quelques semaines.

Les cucurbitacées (ici, le concombre) doivent être surveillées de près pour repérer rapidement les premiers foyers. Si ceux-ci sont limités, nous pouvons sacrifier les plantes-foyers  et les évacuer avec beaucoup de précautions.
Les cucurbitacées (ici, le concombre) doivent être surveillées de près pour repérer rapidement les premiers foyers. Si ceux-ci sont limités, nous pouvons sacrifier les plantes-foyers et les évacuer avec beaucoup de précautions.

– la lutte biologique

Il est possible d’apporter des acariens prédateurs qui jouent efficacement le rôle d’auxiliaire. Différents prédateurs sont efficaces : les acariens prédateurs Ambyselius californicus et Phytoseiulus persimilis, la cécidomyie Feltiella acarisuga et la punaise Macrolophus caliginosus, notamment. Ces prédateurs doivent être présents et doivent pouvoir s’étendre et ce n’est pas évident. Des lâchers et certaines mesures sont à envisager.

La lutte par introduction de prédateurs est efficace en serre, elle peut s’étendre en plein air au départ de la serre dès que la température extérieure devient favorable. Les acariens prédateurs sont de plusieurs familles. Les phytoséiides (les typhlodromes) sont très présents en serres maraîchères et en plein air. Les typhlodromes prédateurs ont une forme de poire et sont d’une taille comparable à celle des tétraniques phytophages. Leur coloris est semblable. Les femelles adultes hivernent sur les plantes, sous les pierres, sous les écorces, dans les bourgeons, souvent à proximité de populations d’acariens phytophages dont elles mangent les œufs et les larves et souvent à l’abri de la lumière. La présence de végétaux ligneux ou de zones refuges à proximité de la parcelle est donc importante.

Plusieurs autres familles importantes peuvent être rencontrées chez nous. Parmi elles, les stigmaeides, les anystides et les trombidiides se nourrissant des œufs et larves de tétranyques et d’autres acariens, de thrips et de cicadelles à tous les stades. Ils sont moins présents sur les cultures maraîchères mais nous les trouvons sur les végétaux ligneux (petits fruitiers, haies, etc.)

Les chrysopes ont également une action intéressante sur les populations d’acariens phytophages. Ces prédateurs bien connus des pucerons sont très mobiles et jouent un rôle très important.

Les punaises mirides sont aussi des prédateurs actifs des acariens en cultures maraîchères. Dicyphus errans est présente sporadiquement, Macrolophus pygmaeus se maintient sous abris de serre.

L'aubergine est une plante fréquemment envahie par les acariens phytophages.
L'aubergine est une plante fréquemment envahie par les acariens phytophages.

– la lutte chimique

Il existe des produits homologués en culture conventionnelle, sur quelques cultures seulement, sous serre. La lutte chimique est difficile à mener. D’une part les acariens sont en faces inférieures de feuilles et ils se protègent de leur toile. D’autre part, leur multiplication rapide est favorable à la sélection de souches résistantes. Enfin, la lutte risque de limiter l’action des prédateurs si elle n’est pas bien ciblée. Consulter www.fytoweb.be.

– la lutte physique

Nous trouvons souvent des notes techniques recommandant de bassiner le feuillage pour réduire l’extension des populations d’acariens phytophages en cours de culture.

La lutte physique donne certains résultats. Elle consiste à brumiser de l’eau sur le feuillage pour augmenter l’humidité relative à quelques moments de la journée. Cela réduit sensiblement la ponte par les femelles, sans toutefois l’arrêter, retenons que le bassinage des feuilles a un effet dépressif sur les phytophages.

Un équilibre dans la serre maraîchère

La lutte doit se faire sur le moyen terme et passe par la diversité floristique pour maintenir des populations nombreuses de prédateurs sur place et par le nettoyage des structures de la serre durant la période hivernale. Ces deux démarches sont quelque peu contradictoires en apparence. Le principe est de maintenir une faune diversifiée sur les végétaux en vue d’une colonisation ultérieure de la culture, avec une certaine réserve de phytophages et de leurs prédateurs. On laisse le moins possible de débris végétaux abandonnés de la culture elle-même en fin de saison estivale et on nettoie les supports. Les débris peuvent être broyés et enfouis légèrement dans le sol où la faune naturelle réduit très efficacement les risques de recolonisation ou être emmenés hors de la serre.

Le fait de garder des cultures semi-ligneuses ou ligneuses dans la serre durant la période hivernale (quelques framboisiers ou quelques fraisiers par exemple) peut être une démarche intéressante quand les prédateurs se sont bien installés au préalable. Ces végétaux les aident à maintenir une certaine population sur place au printemps. À suivre de près.

F.

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