Fort de la génétique Betaseed, Limagrain Belgique avance ses pions sur l’échiquier betteravier

Avant sa reprise par le groupe coopératif français d’ampleur internationale Limagrain, très exactement le 19 juillet 2009, la société familiale Clovis Matton était déjà active dans la commercialisation de semences de betteraves sucrières. « La nouvelle entité Limagrain Belgique a dû alors se trouver de nouveaux partenaires et c’est ainsi qu’au cours de l’été 2010, une collaboration est née avec le semencier américain Betaseed, qui commençait à entreprendre des activités en Europe – Belgique, Espagne, Royaume-Uni, France – «, explique Marc Ballekens, directeur Marketing et Stratégie. Depuis lors, Betaseed a poursuivi l’extension de ses ventes au sein de l’UE, notamment aux Pays-Bas où il détient 45 % des parts de marché.

Basée à Shakopee, dans le Minnesota, un État du Midwest des États-Unis, la maison de sélection Betaseed est née en 1970 et se consacre depuis une quarantaine d’années, et ce de manière exclusive, à l’amélioration génétique et la création de variétés de betterave sucrière. Cette société semencière est en outre le leader incontesté sur le marché en Amérique du Nord depuis plus de 10 ans, avec près de 70 % des ventes réalisées à travers deux marques commerciales. L’entreprise emploie 150 collaborateurs à temps plein, dont le tiers se consacre à des activités de recherche, et 200 saisonniers. Elle dispose de quatre stations de recherche, deux usines de production et un siège central.

« Disposant d’un pool génétique américain et d’un noyau génétique européen, ce partenaire développe des variétés adaptées à toutes les zones betteravières du monde, et parmi celles-ci des hybrides qui répondent aux besoins de notre marché ».

Croissance constante des parts de marché

Limagrain Belgique a donc lancé sa première campagne betteravière avec ce nouveau partenaire en novembre-décembre 2010. Les premières semences de deux variétés Betaseed – l’une résistante à la rhizomanie et l’autre possédant la double résistance rhizomanie + nématodes – ont été semées en Belgique au printemps 2011. « La gamme s’est rapidement étoffée et a rencontré un indéniable succès, puisque 8 ans plus tard, celle-ci représente près de 30 % du marché total des semences betteravières vendues dans notre pays, ce qui nous propulse à la 2e place de ce marché », poursuit Marc Ballekens.

Comment expliquer cette rapide percée en Belgique ?

Marc Ballekens : « Le rapide essor de notre gamme auprès des planteurs s’explique en grande partie par l’excellente génétique proposée qui fait le lien entre l’Europe et les États-Unis. Le très bon niveau de résistance aux maladies des variétés que nous commercialisons provient surtout des recherches menées par Betaseed aux États-Unis, tandis que les améliorations obtenues sur le plan du rendement et de la richesse sont davantage issues des activités que mène ce sélectionneur en Europe. Les betteraviers américains sont en effet confrontés en partie aux mêmes maladies fongiques que celles rencontrées dans notre pays. C’est notamment le cas de la cercosporiose, connue pour être la maladie la plus préjudiciable. Celle-ci exerce dans certains États de l’Amérique du Nord une telle pression que les « farmers » sont obligés de traiter à 6 reprises – voire davantage – contre celle-ci. D’où les efforts menés sur la résistance génétique à cette maladie et l’obtention d’un matériel végétal très performant sur ce plan. »

La sélection Betaseed porte prioritairement sur l’amélioration de trois paramètres : le rendement en sucre, la résistance aux maladies, et le rendement financier, via une haute teneur en sucre davantage que via le rendement racine.

Une sélection variétale en réponse à un contexte plus difficile

« À l’heure où, dans notre pays mais plus généralement en Europe, la rentabilité de la culture betteravière est soumise à une triple pression – économique, avec le recul des prix depuis quelques années, environnementale, avec de fortes contraintes réglementaires sur la disponibilité et l’usage de la protection phytosanitaire, mais aussi climatique, avec un parasitisme et des ravageurs plus présents, et agronomique – résistance des pathogènes –, sans une bonne génétique, point de salut ! », observe encore Marc Ballekens.

De grandes ambitions dans les trois segments de marché

Le marché des semences de betteraves en Belgique se répartit en trois catégories selon leur résistance aux maladies : les variétés résistantes à la rhizomanie (37 % en 2018), celles pourvues de la double résistance rhizomanie + rhizoctone (9 %), et celles dotées de la résistance rhizomanie + nématode (54 %).

Si les parts de marché des variétés résistantes au rhizoctone affichent un statu quo depuis quelques années, les ventes de celles affichant la résistance au nématode ne cessent de progresser. Il est vrai que l’Irbab a démontré la nuisibilité de ce ravageur, même à de faible niveau de présence dans le sol, et les planteurs y sont désormais plus attentifs. De sorte que ce marché va poursuivre son expansion, estime notre interlocuteur. D’autant plus que tous les semenciers proposent aujourd’hui des variétés de ce type.

Les nouvelles variétés pour ce printemps

Wannes Dermaut, sales manager betteraves sucrières chez Limagrain Belgique, commente les nouveautés pour ce printemps, dans les trois marchés cités ci-avant.

Rhizomanie

Deux nouveautés se présentent pour le printemps :

– BTS 3955 : la numéro un de ces nouvelles variétés. Elle présente des caractéristiques proches de la BTS 110. Ce sera la nouvelle variété phare en 2019 dans la gamme antirhizomanie de Limagrain. Elle est décrite comme étant riche, avec notamment un excellent recouvrement du sol, une bonne résistance à la cercosporiose et un revenu financier élevé. Et elle se distingue aussi par son feuillage vert clair et des petites feuilles ;

– BTS 2385 : dans les essais 2018 de l’Irbab, cette variété inscrite en France se situe à 100 % par rapport aux témoins pour le rendement en racines, la richesse et le revenu financier. Wannes Dermaut relève également sa très faible tare terre, sa bonne résistance à l’égard de l’oïdium et la cercosporiose et son bon comportement en forte pression de rhizomanie (dont le type 2 qui devient préoccupant aux Pays-Bas et en France).

Rhizomanie + nématodes (N)

Avec une richesse et un revenu financier élevés, et une bonne résistance aux maladies foliaires, la variété BTS 990 était l’an dernier la plus semée dans notre pays, toutes catégories variétales confondues. Elle représentait 12.000 unités, sur les 70.000 unités de semences vendues au total dans le pays. «Avec un revenu financier un peu supérieur à la première citée, et un bon recouvrement du sol, la récente variété BTS 4860 N se présente pour assurer la succession. Elle va poursuivre son lancement, ce printemps, pour une partie de la clientèle, et est promise à un bel avenir.» Deux nouveautés viennent renforcer ce créneau :

– BTS 3305 N : variété équilibrée, très peu de montées en graines, faible tare terre, avec en outre une très bonne résistance à la cercosporiose et l’oïdium ;

– BTS 3480 N : particulièrement riche, avec une résistance correcte contre les maladies (très bonne contre la rouille), et peu de plantes montées en graines ;

Wannes Dermaut signale que désormais, à des fins de clarification, toutes les variétés présentant la double résistance rhizomanie + nématodes verront leur nom (chiffres) se terminer par un N.

Rhizoctone (RHC)

BTS 605 est la variété de cette gamme, qui a été la plus vendue l’an dernier en Belgique. Une nouveauté : BTS 4190 RHC (RHC vient également terminer l’appellation des variétés portant la double résistance rhizomanie + rhizoctone). «C’est une variété très performante. Elle se distingue par un excellent rendement financier, une richesse élevée, une résistance au rhizoctone supérieure à celle de BTS 605, et un taux de montées aussi modéré que n’importe quelle variété rhizomanie classique, ce qui représente un grand progrès. Elle convient donc même pour les parcelles à forte infestation de rhizoctone.»

Propos recueillis par M. de N.

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