S’adapter aux demandes de chaque époque pour subsister

L’évolution fit apparaître les équidés en Amérique du Nord d’où ils ont disparu au quaternaire pour apparaître ensuite sur le vieux continent.

En France, à Solutré (Mâcon), un ossuaire d’équidés a été mis à jour et daterait de 10.000 ans av. J.-C.. Il aurait pour origine l’issue fatale de chevaux pourchassés jusqu’ à la falaise de Solutré et qui se seraient jetés dans le vide les obligeants à se fracasser les os sur le sol. Après avoir dépecé leur gibier équin, les chasseurs n’auraient laissé que les ossements pour n’emporter que la viande. Les chevaux n’étaient alors pas domestiqués mais bien chassés pour combler les besoins alimentaires.

Le Trait Ardennais, acteur des grandes conquêtes

Lors de sa conquête de la Gaule, en 60 av. J.-C., Jules César aura des commentaires élogieux à l’égard des «anciens belges» et de leur montures, ancêtres des chevaux ardennais actuels.

Au XIe siècle, les Croisés auraient chevauché bon nombre de chevaux ardennais utilisés également comme chevaux de bât. Ces expéditions meurtrières firent disparaître une majorité des chevaux au cours du temps. Ils furent remplacés par des chevaux orientaux. C’est ainsi que «l’on doit aux croisades l’introduction chez nous d’étalons orientaux tels que les arabes ramenés de ces contrées lointaines par les seigneurs regagnant leurs fiefs.»

Lors de ses campagnes, à l’aube du XIXe siècle, Napoléon Bonaparte ne tarit pas d’éloges pour les chevaux Ardennais. Infatigables dans leurs missions de mise en mouvement de l’artillerie et des véhicules de transport, les Traits Ardennais sont particulièrement appréciés.

Des historiens du Cheval de Trait Belge parlent de la décennie 1830-1840 comme une période de crise pour cet élevage. Plusieurs haras et dépôts d’étalons furent créés mais la plupart du temps avec une éphémère existence. Déménagements d’une province à l’autre, déceptions des produits issus des exploitations et suppressions se succédèrent. En 1835, l’introduction du chemin de fer a mis à mal la subsitance des chevaux diligenciers mi-lourds qui prirent la direction des écuries. Mais rapidement, les chevaux furent éduqués aux travaux lourds agricoles en développement.

Du sabot et de la vapeur

A la fin du XIXe siècle, l’introduction de la culture de la betterave, nécessitant un labour profond, incita les éleveurs à produire des chevaux plus massifs.

En 1878, l’étalon belge, «Brillant» fut lauréat à l’exposition internationale de Paris. En 1900, au concours international de Paris, «Spirou», étalon ardennais belge de 3 ans, alla se mesurer aux Ardennais français et belges et y remporta le premier prix. Il participa ensuite au concours du championnat des chevaux de trait qui rassemblait l’ensemble des races français et il emporta la plus haute distinction. Il fut ainsi proclamé Champion des races de trait françaises.

A l’entame du XXe siècle, après la vapeur de la locomotive, ce sera au tour du tracteur à vapeur puis à explosion de menacer significativement le cheval agricole. Comme si un malheur n’arrivait pas seul, les années de tourmente de la première guerre allait décimer davantage encore les héros de la force animale tant brabançonne qu’ardennaise.

A l’entre deux guerre, les élevages s’efforcèrent de reconstruire les populations équines de trait de toutes races.

Des hommes et des terroirs

Le Chevalier Hynderick de Theulegoet (co-fondateur de La Société Le Cheval de Trait Belge en 1885) explique dans sa «Monographie du cheval de trait belge» l’existence unique d’une race ayant ses origines dans le bassin de la Meuse: le Cheval de Trait Belge, descendant de l’Ardennais. Il mentionne également que «Le cheval ardennais se présente sous les dehors d’un robuste petit cheval belge». Cette considération sera, avec d’autres, perçue comme un camouflet par les défenseurs du Trait Ardennais qui finiront par créer leur propre «Société Le Cheval de Trait Ardennais» en 1927, obligeant les milieux concernés à considérer deux races distinctes: le Cheval de Trait Belge (CTB) et le Cheval de Trait Ardennais (CTA).

Les défenseurs de la race Ardennaise, alimentés par un sentiment d’appartenance à leur terre, à leur terroir et à leur racine mais aussi se basant sur les recherches historiques, refusent d’attribuer au Cheval de trait Ardennais une quelconque filiation avec le cheval de trait Belge. Parmi eux, Paul Laurent, qui dans son ouvrage «Spirou, l’ambassadeur ardennais», détaille l’évolution du cheval de trait Ardennais dans son berceau de l’Ardenne et y explique la non généalogie avec le cheval de trait belge. On peut entre autre y lire que Le professeur P.Delchambre (1868-1935) attribue l’origine du Cheval de Trait Ardennais à l’époque de Solutré.

Le cheval Flamant, bien qu’en nombre nettement moins représentatif aujourd’hui par rapport à ses congénères Brabançons et Ardennais, constitue la troisième race de Chevaux de Trait en Belgique. Il descendrait, selon Gayot (1855), de la race Boulonnaise. Il connu son apogée au milieu du XIXe siècle. La race s’éteignit en 1886 lors de la fusion des diverses souches de trait en une seule race: le Trait Brabançon ou Trait Belge. Quelques passionnés ont fait revivre le cheval de trait Flamand et s’efforcent de le maintenir. Il est aujourd’hui très bien représenté aux Etats-Unis où il porte le nom de «Belgian», très apprécié de la communauté Hamish qui l’utilise en nombre dans les exploitations agricoles.

Boucherie, forêts et pavés

Après ses vocations de diligencier, d’artilleur puis d’agriculteur, qu’allait-on offrir comme destinée à nos chevaux de travail à sang froid au lendemain du deuxième conflit mondial ? Les travaux agricoles l’ayant fraîchement alourdi, il devint une source protéique de choix et achalanda les étales de boucherie. Ce ne fut pas son unique destin, fort heureusement.

Même si le nombre de têtes entama une décroissance fulgurante, il garda dans nos forêts un débouché de premier plan. Le voici cheval débardeur, en même temps que les élevages lui octroient une destinée alimentaire.

En quelques décennies, la mécanisation va trouver une place privilégiée dans les travaux en forêts, aidée sans doute par les choix politiques et les lobbies. A nouveau, le cheval s’est vu poussé vers la sortie. Qu’à cela ne tienne ! Aujourd’hui, le cheval de trait sort du bois et se voit cheval de loisir ou de compétition en attelage, mais aussi comme auxiliaire dans divers travaux urbains ou environnementaux. Il a aussi retrouvé une place en maraîchage ou en tant que cheval de transport.

Aujourd’hui, les trois races belges s’adaptent et s’efforcent de se maintenir par des stratégies mises en place par chacun de leur Stud book. Mais ça, c’est une autre histoire...

Valère Marchand

Le direct

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