Le crépuscule des bleus

Je vous le dis tout net : moi, je vote pour le bleu, le bleu du ciel s’entend, avec un beau soleil et quelques nuages décoratifs ! Et dans la foulée, je vote pour le vert des prairies, pour le rose des aurores de beau temps, pour le jaune des pissenlits sans gilet, et le rouge des coquelicots à venir. Je vote pour le bleu, le bleu azur d’une Europe utopique, enfin reconnaissante envers ses agriculteurs. Mais pour autant, voterai-je pour le bleu royal de la droite libérale en Belgique ? Franchement, je n’en ai aucune idée, vu sa campagne électorale d’une mièvrerie à pleurer. Je donne ma langue au chat, et à propos de langue, je ne vote pas du tout pour celle trop bleue de la FCO, pour tous les ennuis annoncés et les vaccins « imposés » par les marchands.

Tant de gris, et si peu de bleu sous la voûte céleste, en cette première décade de mai ! Neige, gelées nocturnes, giboulées torrentielles, la météo nous a infligé un printemps hivernal, histoire sans doute de jouer avec nos nerfs et de nous faire douter du réchauffement climatique. Le bleu azur nous a manqué cruellement, et confiné nos animaux dans les étables, bien plus tard que les autres années. Les herbes flirtent courageusement avec le ras des pâquerettes, et les nuits glaciales, jusqu’à présent, interdisent aux vaches laitières et aux jeunes veaux de dormir à la belle étoile. En quarante années de carrière, je n’ai jamais connu un tel scénario, lequel rappelle en tout cas combien nous sommes dépendants du climat, un paramètre que les hommes ne pourront jamais maîtriser, et devront se contenter de subir…

Subir, de toute façon, les agriculteurs en ont l’habitude ! Le temps qu’il fait nous importune un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout. Cela dépend. Les hommes nous ennuient bien davantage. Nous sommes placés au milieu d’un vaste échiquier à taille mondiale, pauvres pions à valeur d’ajustement, baladés et sacrifiés par les maîtres du jeu : politique, bureaucratie, finance, commerce, industrie… Les élections nous donnent l’occasion de faire entendre nos voix, mais franchement, ce n’est pas gagné ! « Notre » MR nous fait les yeux doux, -bleus comme il se doit –, et se fend de ses sempiternelles déclarations d’amour. Mais lors des émissions électorales à la télé, les Bleus ont envoyé au casse-pipe leurs pires débatteurs, lesquels multiplient les gaffes et font preuve d’une naïveté confondante face aux autres partis. Le font-ils exprès ? Sont-ils fatigués du pouvoir ? La bande à Sabine et Willy désire-t-elle prendre des vacances et passer les cinq prochaines années au divan de l’opposition ? Si tel est leur désir, personne ne leur contestera ce droit, parmi les autres couleurs politiques, du rose à l’amarante, du vert au rouge en passant même par l’orange !

En politique wallonne, le bleu se cache derrière de gros nuages, mais en météo, il revient en force dans notre ciel de mai. Pour longtemps, j’espère ! Le bleu de la langue bleue, -hélas !- s’invite également ces jours-ci, et les marchands de bestiaux nous promettent une apocalypse commerciale en automne, si nous ne vaccinons pas contre les sérotypes 4 et 8. Diantre ! Les mercantis manient le verbe avec une dextérité sans égale, quand il s’agit de faire baisser les prix. Leurs trucs et astuces ne nous font plus rire, car cette nouvelle exigence tombe dans un contexte désastreux, avec des prix déjà très bas. Nous aurons donc des prix plus bas que très bas, si nous ne vaccinons pas. Devrons-nous donner nos animaux, peut-être payer pour qu’on daigne nous en débarrasser ? Qui peut le prévoir ? Allons-nous, une fois de plus, nous incliner devant le diktat du commerce ? Fort probablement, et il va nous en coûter une bonne dizaine d’euros par animal vacciné…

Ceci dit, un vaccin n’est pas mauvais en soi : il stimule l’immunité du sujet ; il est censé le protéger contre les vilains virus, bleus ou roses, verts ou rouges. Qu’en pensent les vétérinaires ? Ils disent ne pas avoir reçu d’instruction de l’Afsca. Pour eux, tout n’est pas aussi simple. Ils doivent commander les doses en nombre suffisant à leur fournisseur pharmaceutique, qui lui-même doit commander à la firme de médicaments. En l’occurrence, le vaccin contre la langue bleue a une durée de péremption très courte. Il faut le fabriquer en flux tendu, au fur et à mesure des demandes. Il doit être administré dans un laps de temps réduit. Les vétérinaires ruraux doivent avancer l’argent pour être livrés, et ils seront payés par les agriculteurs à la Saint Glin-Glin, dans de nombreux cas, vu les ardoises impressionnantes que d’aucuns ont constituées en cette période financièrement catastrophique pour les éleveurs. Les marchands poussent, les fermiers freinent, et les vétérinaires attendent.

Les moustiques, en tout cas, ne risquent pas de montrer le bout de leurs ailes avant des semaines, sauf si la météo se réchauffe de plusieurs crans dans les semaines à venir. Du matin au crépuscule, le bleu va colorer nos vies durant ce mois de mai, pour le meilleur dans le ciel, pour le pire avec la FCO, et pour nous amuser en politique…

Le direct

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