Pour réduire les populations de sangliers, les chasseurs proposent un plan ambitieux

En Wallonie, la croissance des populations de sangliers est un véritable fléau : dégâts aux cultures, pelouses privées et terrains de golf, détérioration des plantations forestières, accidents de circulation… Les appels à réduire la taille des populations sont fréquents et nombreux. Ils se sont accentués ces derniers mois suite à la présence de la peste porcine africaine (PPA) dans le sud de la province de Luxembourg. Des mesures ont été prises dans la zone contaminée par la maladie en vue de procéder à la destruction des suidés sauvages.

Cependant, il est tout aussi important d’agir hors de ladite zone, afin de ramener les populations à une taille acceptable, voire de les éradiquer là où cela s’avère nécessaire pour raison d’incompatibilité entre le milieu et les sangliers. Cela est d’autant plus indispensable que le coût et la complexité de la lutte contre la PPA grimperaient en flèche si le virus venait à atteindre une zone à forte densité de population.

Une proposition peu en phase avec le terrain, estiment les chasseurs

L’Administration wallonne a donc proposé au ministre de la Forêt, de la Nature et de l’Agriculture, René Collin, un projet d’arrêté visant à réduire les populations de l’espèce sanglier pour la saison à venir. Concrètement, l’Administration souhaite que les Conseils cynégétiques ayant abattu entre 3 et 6 sangliers par 100 ha de bois lors de la saison 2018-2019 augmentent leurs prélèvements de 30 % pour la saison 2019-2020. L’augmentation s’élèverait à 50 % pour les Conseils affichant un tableau de chasse supérieur à 6 sangliers par 100 ha de bois.

« Ce plan pénalise en quelque sorte les meilleurs élèves… », estime Benoît Petit, président du Royal Saint-Hubert Club de Belgique, l’association de promotion de la chasse et de défense des chasseurs. Et de rappeler que hors zone PPA, les chasseurs ont tué 30 % de sangliers en plus en 2018-2019 qu’en 2017-2018. « C’est un signe de leur proactivité ! Mais cela prouve également qu’il est essentiel d’agir partout, et non uniquement dans les zones densément peuplées ».

Les chasseurs estiment par ailleurs que ce plan est peu compatible avec les réalités du terrain. D’une part, parce qu’il est très difficile d’estimer la taille et le taux de reproduction des populations de sangliers à l’échelle de la Région wallonne, tant les paramètres qui les influencent sont nombreux. D’autre part, car les Conseils cynégétiques sont pénalement responsables en cas de non-réalisation du plan proposé et encourent des amendes.

« Comment être sûr que les objectifs fixés par l’Administration, sans prise en compte des conditions rencontrées localement, peuvent être atteints ? Nous ne pouvons accepter cela, au vu des sanctions auxquelles s’exposent les 50 Conseils cynégétiques de Wallonie. »

Des objectifs scellés dans une convention

Les chasseurs, par la voix conjointe des Conseils cynégétiques et du Royal Saint-Hubert Club de Belgique, ont donc élaboré leur propre proposition. Celle-ci a été présentée le 6 août dernier au Pôle Ruralité du Conseil économique, social et environnemental de Wallonie. « Il s’agit d’un plan volontaire, inédit et ambitieux. Il vise à réduire la taille des populations partout en Région wallonne, contrairement à celui de l’Administration qui cible principalement les zones où le nombre de sangliers abattus est déjà élevé. »

Les acteurs du monde de la chasse proposent d’abandonner les sanctions pénales au profit d’une convention signée entre la Région et chaque Conseil cynégétique concerné. Ladite convention fixerait les objectifs généraux de réduction des populations de sangliers à trois ans et les objectifs de prélèvement année par année, sur base de divers paramètres locaux (dont l’estimation des populations, l’estimation de l’effet du climat, l’estimation du taux de reproduction, l’estimation de l’évolution des dégâts ou encore la moyenne des sangliers tirés les saisons précédentes).

Cette convention serait discutée au sein d’une commission « sanglier » regroupant des représentants du Département de la Nature et des Forêts (DNF), des Conseils cynégétiques, des agriculteurs, des propriétaires forestiers publics et des propriétaires forestiers privés. « Impliquer chaque Conseil cynégétique permet de fixer des objectifs les plus réalistes possibles, au regard des conditions rencontrées localement. » Si les membres de la commission ne parviennent pas à un accord, il est prévu de faire appel à la la commission « recours plan de tir »

Via un système de points

Une fois les objectifs précisés en commission, chaque territoire membre recevrait de son Conseil cynégétique un objectif minimum en points à réaliser à l’issue de la saison de chasse. Celui-ci s’atteint en additionnant la valeur donnée à chaque sanglier abattu : 4 pour une laie (femelle de plus de 30 kg vidée), 1 pour un verrat (mâle de plus de 30 kg vidé) et 1 pour un marcassin (jeune, mâle ou femelle, de moins de 30 kg vidé).

En outre, le territoire se verrait attribuer une proportion minimale de laies à tirer (30 % du tableau de chasse global, par exemple). « Si ce seuil n’est pas atteint, chaque territoire devrait impérativement totaliser le nombre de point qui lui a été attribué. » Cela signifierait en effet que la non-réalisation de l’objectif « laie » a été compensée par la quantité de jeunes abattus. Des dispositions seraient également prévues pour les territoires non-membre d’un Conseil cynégétique.

À l’issue de la saison de chasse, les commissions « sanglier » se réuniraient une nouvelle fois en vue d’évaluer la réalisation des objectifs. En cas de non-réalisation, le Conseil cynégétique serait dans l’obligation de payer des indemnités compensatoires. Celles-ci seraient répercutées sur les différents territoires de chasse concernés, au prorata du nombre de points manquants et selon le règlement d’ordre d’intérieur du Conseil cynégétique. « Cela ne se fera pas à l’aveugle », précise Benoît Petit. « Avant la mise à l’amende, nous vérifierons que tous les moyens ont été mis en œuvre par le Conseil et les chasseurs pour atteindre leurs objectifs. »

Le Royal Saint-Hubert Club et les Conseils cynégétiques proposent encore que des certificateurs, formés et agréés par la Région, soient présents sur le terrain. Ils auraient pour rôle d’attester du nombre, du sexe et du poids des sangliers abattus. Des bracelets de différentes couleurs seraient attribués à chaque catégorie de sanglier (animal à 1 ou 4 point(s). De plus, des contrôles aléatoires du DNF permettraient de s’assurer de la bonne exécution de la convention liant les parties.

Et M. Petit de conclure : « Nous devons profiter de la PPA pour freiner l’expansion géographique et démographique de l’espèce sanglier. Dans les territoires où sa présence n’est pas naturelle, nous devons le repousser dans son habitat historique qu’est la forêt ». Malheureusement, la saison de chasse débute très prochainement et la Wallonie est toujours sans gouvernement. Difficile dès lors de savoir si les mesures proposées par les chasseurs seront adoptées (telles quelles ou après modification), ni même si une entrée en vigueur est encore envisageable cette année.

J.V.

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