Les techniques agroforestières

font désormais partie de la réalité agricole

Les agriculteurs et/ou propriétaires qui mettent en œuvre des éléments agroforestiers dans leur exploitation poursuivent diverses motivations : diversification économique (bois d’œuvre, bois énergie, fruits…), renforcement écologique (biodiversité grâce à l’amélioration voire la (re-)création d’un meilleur maillage), accueil d’auxiliaires des cultures et lutte intégrée, bien-être animal (abri, alimentation…), brise-vent, restauration et préservation de la qualité des sols en sont quelques exemples.

Localement, les techniques agroforestières sont reconnues comme des mesures de compensation écologique, prouvant leurs intérêts et justifiant une zone de transition entre le milieu agricole ouvert et le milieu forestier refermé.

Dès l’année de plantation, la pérennité des systèmes agricoles agroforestiers produit des effets. Toutes les personnes ayant expérimenté ces systèmes en témoignent : augmentation locale de la biodiversité, abri pour les auxiliaires des cultures, création de brise-vent, stockage de carbone dans le sol, amélioration de la structure du sol et protection contre l’érosion des sols.

À plus long terme (5-40 ans), les systèmes agroforestiers améliorent la résilience de la parcelle agricole en tamponnant les extrêmes climatiques, en fournissant des abris pour le bétail, en restaurant le fonctionnement des sols ou en stockant du carbone en profondeur. En outre, ils produisent des biens économiques. Les systèmes agroforestiers participent à la transition de notre agriculture et à la mitigation du cycle du carbone.

Plus de 600 ha sont aujourd’hui dotés d’alignements intraparcellaires, des centaines de haies multifonctionnelles ont été plantées depuis 10 ans, plus de 300 ha de vergers haute-tige ont été installés… le développement de l’agroforesterie est une réalité.

De nombreux freins

Des freins au développement persistent, de natures réglementaire, administrative et économique.

Le statut de l’arbre agroforestier dans le Code du développement territorial (CoDT) constitue un obstacle puisque la définition même de l’arbre « agroforestier » est imprécise, créant une incertitude juridique persistante sur les possibilités d’exploitation des arbres à terme. Ce flou juridique doit être clarifié dans les différentes réglementations.

Au plan administratif, la reconnaissance du statut de « parcelle agroforestière » n’est pas encore en vigueur en Wallonie, au contraire de régions limitrophes. La reconnaissance de ces parcelles en tant que surface d’intérêt écologique semble pourtant triviale dès lors qu’elle renforce la biodiversité, de même que l’accès à un régime de soutien adéquat dans le cadre de la prochaine programmation PAC.

Enfin, concernant la dimension économique, l’implantation a un coût. Si des aides existent (aides « DNF ») et sont bienvenues, le recours à la trésorerie interne aux exploitations agricoles, parfois pendant plus d’un an, freine les dynamiques d’une certaine ampleur. Concernant l’entretien des haies, les aides agro-environnementales sont insuffisantes (50 €/200 m) et inférieures d’un facteur allant jusqu‘à six fois le coût réel de l’opération !

Ces dernières années, les associations promouvant les techniques agroforestières ont pu accentuer leur travail de conseil et d’incitation aux plantations grâce à des projets de type Interreg, développement agricole ou encore des conventions. Il s’agit d’une belle progression des aides au secteur !

Rendre à l’agroforesterie sa place légitime

À l’heure des discussions sur la prochaine programmation des aides issues de la politique agricole commune, les signataires de ce courrier souhaitent exprimer leur désir de voir les techniques agroforestières pleinement intégrées dans le futur plan stratégique régional par des mesures spécifiques et des objectifs ambitieux pour contribuer aux enjeux de la biodiversité et du climat.

Le développement de l’agroforesterie est essentiel pour accompagner le secteur agricole vers une transition agroécologique accrue.

Ce soutien passe par les phases de planification (plans de gestion éventuels), de plantation, d’entretien des systèmes en place (taille, élagage, protection, entretien de la surface au pied des plantations…) et d’accompagnement. En effet, le réapprentissage de la conduite d’arbres (tant à bois qu’à fruits) par les agriculteurs reste primordial tant l’arbre a été oublié des plaines agricoles depuis la dernière révolution verte.

L’agroforesterie n’est pas un « nouveau venu » dans le paysage agricole. Elle est le symbole d’un retour à une gestion de l’espace plus équilibrée, plus résiliente, plus moderne et susceptible de répondre aux enjeux du XXe siècle au rang desquels la question climatique est prégnante.

La future programmation de la PAC doit donner à l’agroforesterie la place légitime qui lui revient en tant que solution innovante au service d’une agriculture plus durable.

Association pour la promotion

de l’agroforesterie en Wallonie

et à Bruxelles,

au nom d’un collectif de 50 signataires

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