Une association pour valoriser et favoriser l’usage du numérique dans le secteur agricole wallon

L’agriculture est un des secteurs prioritaires pour les projets de transformation numérique menés par Digital Wallonia. Au travers du projet WalDigiFarm, issu et porté par le secteur agricole lui-même, Digital Wallonia entend poursuivre son travail de transformation numérique de l’agriculture.

D’après l’étude CBC sur la « Transition numérique et durable du monde agricole » publiée en 2019, 63 % des agriculteurs wallons sont connectés et ce chiffre monte à 80 % si on ne considère que les producteurs de moins de 45 ans. Parmi ceux-ci, 47 % utilisent des outils connectés sur le terrain comme le GPS (89 %), les pluviomètres (26 %), les capteurs (19 %) ou les robots de traite ou de désherbage (7 %).

La transformation numérique est une lame de fond qui touche tous les secteurs, en ce compris l’agriculture. Couplée au renouvellement des générations, on peut s’attendre à ce que 100 % des acteurs du monde agricole wallon soient connectés à moyen terme, ce qui pose de multiples questions, constitue des réels défis mais crée également de nombreuses opportunités, entre autres pour le développement économique de la région et la protection de l’environnement. La réussite de cette transformation n’est cependant possible que si les acteurs concernés en comprennent les enjeux, s’en saisissent et deviennent les moteurs de leur propre avenir numérique.

Un projet né de plusieurs constats

Le projet WalDigiFarm est né d’une discussion en juillet 2018 entre développeurs et utilisateurs de solutions d’agriculture connectée. Ils se sont rapidement rendu compte que les freins qu’ils rencontraient personnellement dans l’adoption de ces techniques de « Smart Farming » étaient unanimement partagés. Ces constats ont été corroborés au cours du dernier trimestre 2018 lors d’entretiens personnalisés avec une vingtaine d’autres acteurs du secteur (agriculteurs, entrepreneurs…). La réflexion s’est poursuivie en 2019 pour s’enrichir des contributions de presque 80 autres acteurs des secteurs agricole et numérique et ce, tous métiers confondus.

Parmi les constats, on peut notamment relever :

– Un défaut criant d’interopérabilité des systèmes informatiques à disposition des agriculteurs. Par exemple, les mêmes informations techniques d’une culture en Wallonie peuvent être reprises à ce jour dans trente plateformes informatiques différentes qui ne communiquent pas entre elles.

– Le manque d’information quant au réel retour sur investissement de ces solutions qui fait hésiter de nombreux acteurs à s’équiper de systèmes généralement onéreux.

– Les nombreuses questions liées aux données générées / collectées par ces applications, en termes de propriété/sécurité/risque de mésusage.

– Lafaible intuitivité de certains de ces outils « agronomiques » en comparaison avec d’autres outils informatiques de la vie courante, qui implique des prises en main chronophages.

– L’écart qui peut exister entre le monde agricole et celui de l’IT, qui peut conduire au développement d’applications sans grand intérêt pour les producteurs, alors que nombreuses de leurs préoccupations pourraient être solutionnées par le numérique.

Ces acteurs en ont déduit l’intérêt de s’associer en fondant une association mixte d’acteurs du secteur agricole et du secteur numérique en Wallonie, avec l’idée de co-construire une vision qu’ils jugent idéale de l’écosystème agro numérique wallon (en débutant par le secteur des grandes cultures), et en invitant toutes les personnes partageant cette vision à se joindre au mouvement et à travailler dans la même direction, chacun avec ses propres moyens.

L’association WalDigiFarm

Pour donner un cadre à la réflexion, l’ASBL WalDigiFarm a été fondée en janvier 2019 avec le soutien de Digital Wallonia.

Le premier Conseil d’Administration compte une dizaine de personnes issues de la filière agricole wallonne (dont la moitié d’agriculteurs) et du monde de l’IT. La présidence est assurée par Stéphan Henry (Ferme de Mehaignoul), la vice-présidence par Renato Primavera (start-up Quadratic et Optagri spécialisées en géomatique pour les applications agricoles), la trésorière est Caroline Devillers (Ferme du Plein Air) et l’administrateur délégué est Sébastien Weykmans (project manager dans le secteur du biocontrôle).

L’association est ouverte à toute personne physique ou morale intéressée par le secteur agro-numérique, et qui s’engage à œuvrer pour son but social, à en respecter les statuts et les valeurs : neutralité, coopération, pragmatisme, proactivité, création de valeur. Le montant de la cotisation (variant de 40 à 800 euros par an) a été fixé pour permettre à tout acteur d’adhérer au mouvement, qu’il soit agriculteur, start-up ou grande entreprise. L’objectif est de compter au moins 160 agriculteurs et 30 sociétés membres d’ici 2022. Les premières propositions d’affiliation ont été envoyées en octobre 2019 et l’association compte déjà à ce jour une quarantaine de membres tous secteurs confondus.

Valoriser le numérique

En parallèle à sa fondation, l’ASBL a déposé une proposition de projet à la Direction des Réseaux d’Entreprises du Service public de Wallonie. Le projet, défini pour une durée de 3 ans, a pour objectif majeur de valoriser et favoriser l’usage du numérique dans le secteur agricole wallon, au travers des axes stratégiques suivants :

– Stimuler et renforcer l’usage du numérique par l’organisation de formations et le partage d’expérience.

– Jouer le rôle de think tank (laboratoire d’idées) pour la transition numérique du secteur agricole wallon.

– Co-concevoir les futurs outils numériques nécessaires pour les métiers du secteur, en privilégiant l’interopérabilité des systèmes informatiques préexistants.

– Déterminer les structures les plus adéquates pour gérer équitablement ces outils d’échange de données agricoles. L’objectif final du projet serait de constituer une société autonome d’échange de données entre acteurs du monde agricole wallon, dont les actionnaires seraient les producteurs de données (agriculteurs, mais aussi propriétaires de réseaux de stations météos, etc.).

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