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Les insectes recherchent leur hôte parmi nos cultures

Les études sur le sujet sont nombreuses, incluant aussi la recherche de nectar et de pollen par les insectes butineurs. Elles démontrent combien les facultés de repérage par les insectes sont fascinantes. En maraîchage, en particulier dans les fermes maraîchères de taille modeste, la protection des cultures à l’égard des insectes ravageurs est une préoccupation.

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Que ce soit en conventionnel ou en bio, les moyens de lutte disponibles sont coûteux et difficiles à mettre en œuvre. Parmi l’ensemble des insectes à la recherche de nos cultures, seules quelques-unes peuvent amener des dégâts significatifs. Les insectes ravageurs d’une culture recherchent la plante pour les besoins de son cycle de reproduction, pour se nourrir et pour se développer. Pour lui, la plante hôte est un refuge, de l’aliment ou un lieu de ponte.

Les prédateurs sont à la recherche de l’espèce à manger ou à parasiter en suivant un principe de recherche assez semblable.

Par ailleurs, pour les plantes à pollinisation entomophile, les insectes permettent la pollinisation et il est crucial qu’ils puissent les repérer.

La recherche de la plante par l’insecte est une étape vitale pour l’insecte, mais aussi dans certains cas pour la plante. La pression sélective est donc forte.

Toutes les espèces d’insectes ne sont pas aptes à rechercher et surtout à atteindre une culture ou un objectif précis. Plusieurs sont amenées par le vent, par le transport de plantes par le maraîcher ou encore leurs populations progressent dans la parcelle de proche en proche. Les pucerons sont, en effet, souvent amenés dans la parcelle par une de ces manières.

Des mécanismes simples et fascinants

Lorsqu’ils sont mis en œuvre par les insectes, les mécanismes sont à la fois simples et fascinants. Des capteurs acoustiques visuels, physiques et olfactifs interviennent.

L’acoustique de la vibration d’une feuille est captée par l’insecte et lui permet de s’orienter avec précision sur des distances longues ou courtes. Les drosophiles, les cicadelles et des parasitoïdes sont des exemples de genres utilisant leurs facultés acoustiques.

La captation visuelle par les yeux et les ocelles permet aux mouches des fruits et aux abeilles de s’orienter. Les contrastes, les formes, les couleurs interviennent avec des subtilités incluant la photopériode et son influence sur le comportement.

Différents capteurs physiques (hygrométrie, température, perception des flux d’air…) permettent à l’insecte de s’orienter, mais surtout d’enclencher sa recherche de l’hôte. Le doryphore et de nombreux lépidoptères (papillons) réagissent selon ces capteurs.

Les chimiorécepteurs des antennes de nombreux insectes sont très performants pour détecter les informations olfactives. Il s’agit d’ailleurs d’une des pistes employées actuellement comme moyen de lutte pour prévenir les dégâts. Les informations diffusées par les plantes sont brouillées avec des émissions artificielles de substances analogues et aussi par les piégeages de comptages et d’estimation des risques.

Comment s’y prend l’insecte pour sa recherche ?

Il y a plusieurs éléments dans sa procédure. Il recherche l’habitat de la plante, la plantation, la plante entière et enfin, l’organe d’accueil dans cette plante. Plusieurs mécanismes successifs sont mis en œuvre.

Les substances naturellement émises par les organes des plantes sont des attractifs bien connus. Plusieurs substances sont émises simultanément et c’est cet ensemble qui est capté par l’insecte. Ces odeurs sont transportées par le vent avec une très forte dilution au-delà de quelques cm autour des plantes elles-mêmes.

À défaut de trouver les hôtes recherchés à proximité, les femelles de certaines espèces peuvent parcourir de très grandes distances. Pour une même espèce de plantes, des différences variétales peuvent se concrétiser par des compositions. Des « bouquets » d’odeurs et d’une attractivité différentes. Le plus souvent, les molécules sont semblables, mais ce sont les proportions entre elles qui diffèrent.

La proximité immédiate de plantes différentes peut perturber la perception par les insectes. Le cas du doryphore est bien connu, l’attractivité de la pomme de terre est réduite en cas de présence simultanée de tomates, pourtant de la même famille botanique.

Les odeurs peuvent être fortement diluées par le vent. Lorsqu’elles perdent la perception d’un bouquet d’odeurs, certaines espèces d’insectes se laissent descendre au sol en attendant une nouvelle perception (par exemple : Delia antiqua, la mouche de l’oignon). D’autres vont, elles, se laisser emporter par le vent jusqu’à ce que celui-ci ramène à nouveau des odeurs favorables.

Arrivé à proximité des plantes hôtes, l’insecte se basera sur ses capteurs visuels qui lui permettent de s’orienter grâce à la couleur, la forme et la taille.

Les facteurs qui vont les influencer

Le vent transporte les insectes. Ceux de petite taille sont souvent interceptés par les haies bordant une parcelle maraîchère. Lorsque le vent a une vitesse supérieure à 2 m/sec soit 7,2 km/h, l’insecte est significativement perturbé dans sa recherche de l’hôte.

Les variations rapides de la pression atmosphérique vont aussi les dérégler et certaines espèces adoptent un comportement de fuite.

La présence d’une population d’un ravageur déjà installée est perçue par le nouvel arrivant selon plusieurs mécanismes qui diffèrent d’une espèce à l’autre. Il y a donc une régulation des populations d’une même espèce ou d’espèces au comportement alimentaire semblable.

Par contre, la présence de dégâts aux plantes dus à un ravageur avec un développement de pourritures secondaires attirera d’autres espèces au régime alimentaire ou aux besoins de reproduction adaptés.

Sur la plante hôte, l’insecte aura un comportement spécifique. Les uns s’assureront par le toucher ou par le goût de la bonne espèce végétale et pondront sur les plantes. Tandis que d’autres iront pondre dans le sol au pied de la plante.

Comment éviter les dégâts

Les connaissances du comportement des insectes à l’égard des plantes hôtes progressent à grands pas.

Le comportement d’une espèce ne peut pas être extrapolé à une autre. Des mécanismes attractifs entre les plantes et les insectes sont constatés aussi pour les espèces auxiliaires qui aident le maraîcher en régulant les populations de ravageurs. Ce sont les cultures elles-mêmes, mais aussi et surtout la diversité des plantes entourant ou voisines des cultures qui seront des atouts pratiques. Vu la grande diversité des espèces d’auxiliaires, les bandes fleuries, les haies, les bosquets seront d’espèces essentiellement locales et multi-espèces.

Par contre, les mélanges des cultures, les semis ou plantations en parcours zigzagants ne sont pas des moyens de lutte suffisants pour de nombreux cas pratiques, même si ce peut être le cas pour des cultures bien déterminées.

Les recommandations générales comme celles concernant la gestion de l’environnement des parcelles, les haies et les règles générales de base prennent d’autant plus de valeurs que les moyens spécifiques sont rares et d’application malaisée. Ces méthodes spécifiques s’ajoutent aux mesures de base et ne les remplacent en rien.

Les filets anti-insectes sont des barrières efficaces, mais bien difficiles à rendre parfaitement efficaces. En laissant quelques plantes de bordures non protégées, les insectes s’y dirigeront « par facilité ». Après le vol, il nous restera à détruire ces plantes sacrifiées. Il en est de même des plantes pièges comme la ciboulette pour la mineuse des Alliacées.

La gestion des plantes pièges

De plus, les plantes pièges qui ont permis d’attirer les ravageurs doivent être gérées. En les abandonnant à leur sort, nous risquerions de garder un foyer de ravageurs dans ou à proximité immédiate de la parcelle. Par exemple, la ciboulette proche d’une parcelle de poireaux sous filet anti-insecte doit être détruite alors que les pupes ne sont pas encore écloses en adultes.

L’environnement de la parcelle

L’environnement immédiat de la parcelle est à prendre en compte. Ainsi, la présence de foyers de prédateurs dans ou à proximité immédiate de la parcelle maraîchère est un atout souvent évoqué dans ces lignes. En pratique, leur intervention peut être avancée de plusieurs semaines contre un ravageur en comparaison avec une parcelle sans cette adaptation. Les dégâts du ravageur sont très nettement réduits grâce à la rapidité d’intervention des prédateurs naturels. Les haies et bosquets sont bien connus pour jouer ce rôle en pratique, de même que la présence de quelques végétaux pouvant héberger des prédateurs durant la période hivernale en serre.

Les moyens de protection des cultures que nous choisissons sont larges et se veulent performants.

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