C’est le moment pour les carottes de garde!
La carotte est l’un des légumes classiques du potager. Pourtant, certains jardiniers éprouvent quelques peines à bien réussir leur production. Les dernières semaines ont été plutôt fraîches, humides et même marquées de violents orages locaux. Les services météo annoncent une période un peu plus chaude et sèche. Ce sera peut-être l’occasion de semer nos carottes de garde, celles destinées à reconstituer les réserves automnales et hivernales.

Cette production complète les carottes de primeur semées sous serre ou sous couche ainsi que les premiers semis sous voile de production. Elles seront suivies ensuite par les derniers semis d’été. Les carottes de garde sont semées éventuellement en mai, mais surtout en juin et début juillet.
Un large choix de variétés
Les variétés de garde sont très nombreuses. Elles peuvent avoir des couleurs parfois très originales : orangée ou violette, rouge, blanche ou jaune. Idéalement, nous opterons pour au moins deux variétés, l’une hâtive, l’autre tardive.
Elles peuvent être classées selon leur longueur, leur précocité, leur aptitude à la conservation.
Les types « Nantais » se consomment en frais, ils conviennent bien pour le printemps et l’été, mais peuvent aussi se conserver.
Les types « Berlicum » sont très appréciés dans nos régions. Semées en juin, les éclaircissages seront dégustés en septembre, les carottes en grossissement se conservent correctement après une récolte d’octobre ou de novembre.
Les sortes « Colmar » et « Flakkée » sont très productifs et ont des aptitudes pour leur conservation. Leur longueur de 25 cm requiert des sols meubles en profondeur.
À côté des variétés fixées, de nombreux hybrides sont disponibles. Plusieurs d’entre elles apportent une certaine résistance aux dégâts de la mouche de la carotte (faible teneur en acide chlorogénique).
Un goût et une forme influencés par le sol
Il faut respecter une rotation d’au moins quatre années, ou mieux, de six années entre deux cultures de plantes de la famille des Apiacées (carotte, céleris, fenouil). Il est nécessaire d’éviter l’excès d’azote (néfaste au goût, à la couleur et au comportement vis-à-vis des maladies) et donc les parcelles fumées lors des derniers mois.
Vu la durée de la culture de trois mois et demi à cinq mois, la carotte de garde peut être cultivée facilement après une autre culture. Les premiers mois de l’année peuvent aussi être consacrés à de faux semis.
Le type de sol influence la forme et le goût. Ceux sablonneux sont propices à une croissance régulière et l’obtention d’une forme harmonieuse. S’ils sont argileux, ils sont réputés pour produire des carottes au goût prononcé. Les sols limoneux sont intermédiaires. Mais, évidemment, nous ne choisissons pas, et nous travaillons en fonction du contexte dans lequel on se trouve.
Mal drainés, ils ne conviennent pas bien pour les productions précoces et tardives. Le buttage y améliore quelque peu la situation.
Le sol doit être meuble, sans zone compactée jusqu’à la profondeur correspondant à la longueur des carottes. Les légumes déformés, fourchus, éclatés, peuvent, en effet, être nombreux. Ces défauts trahissent une structure de sol défaillante ou la présence de nombreux cailloux.
Le sol préparé pour le semis doit être correctement raffermi. La germination des carottes n’est pas rapide. Nous devons compter sur de bonnes remontées capillaires d’humidité pour assurer tout le processus de germination jusqu’à la levée. Un terrain travaillé avec une fraise mécanique doit être raffermi avant le semis, par exemple avec un rouleau.

La culture : vulnérable entre le semis et la levée
La culture ne présente pas de difficulté majeure. Le sol doit être meuble jusqu’à la profondeur des racines, en liaison avec les variétés : une vingtaine de cm pour celles plus longues.
Les professionnels sèment la carotte sur buttes. Il y a plusieurs raisons à cela. La technique permet d’affiner un volume de terre moins important qu’à plat. Ensuite, la récolte demande de manipuler un volume de terre plus réduit. Enfin, l’eau de pluie et d’irrigation atteignent plus rapidement le niveau inférieur de l’enracinement.
Lorsque c’est possible, nous pouvons réaliser des faux semis en préparant superficiellement la parcelle pour favoriser la germination des adventices. Celles-ci seront facilement détruites par un coup superficiel de râteau ou le désherbeur thermique. Le semis proprement dit se fait en des sillons de 1 à 1,5 cm de profondeur. Nous semons très clair et recouvrons d’une fine couche de terre. Ensuite, et c’est important, nous plombons avec la tête du râteau ou en passant avec la roue de la brouette pour tasser la terre sur le sillon. S’il ne pleut pas, nous pouvons arroser et maintenir la terre humide durant les semaines à venir. La carotte peut mettre jusqu’à 3 semaines pour germer.
La levée de la carotte est assez lente. Pour repérer facilement les lignes et pour pouvoir biner, le jardinier peut semer dans le même sillon quelques graines de radis. Ils lèvent très vite et permettent ainsi les binages sans perturber les lignes de semis. Ils seront récoltés avant de devenir des concurrents sérieux aux carottes.
Lorsque les plants atteignent 10 cm de hauteur, nous éclaircissons le semis une première fois, c’est-à-dire que nous éliminons les plantes en trop pour ne laisser qu’une carotte tous les 3 cm. Elles vont alors grossir quelques semaines et nous pourrons éclaircir une seconde fois en enlevant deux carottes sur trois. Celles enlevées peuvent être consommées, tandis qu’en terre, elles continueront de grossir. Pour faciliter ces opérations en période sèche, n’hésitons pas à bien arroser la parcelle la veille de l’opération.
Ce légume a besoin d’eau. C’est surtout entre le semis et la levée que la culture est vulnérable. En cas de forte sécheresse durant le grossissement des racines, le retour des pluies provoque leur éclatement : les arrosages intermédiaires limitent le problème.
Les carottes de garde se récoltent en deux ou en trois phases. Les récoltes d’éclaircissage apportent des légumes frais. Laissées en place, elles sont destinées à la conservation.
Se prémunir des ravageurs et maladies
Comme le début de la croissance de la culture est lent, durant cette période délicate, les limaces peuvent provoquer d’énormes dégâts.
La mouche de la carotte est présente partout en Belgique mais les problèmes ne sont pas importants à chaque endroit ni chaque année. La présence de plantes hôtes pérennes à proximité du potager est déterminante. La carotte sauvage, par exemple, est naturellement présente en bords de routes, à l’orée des bois. Ce petit insecte vole au ras du sol et pond ses œufs au pied des plantes. Les larves s’attaqueront aux racines. Les cultures associées sont souvent prônées par les jardiniers. Leur choix se porte sur les alliacées alternées avec les rangs de carottes. La réussite n’est pas systématique, les mouches peuvent contourner cet obstacle olfactif. Dans nos conditions belges, ce sont les semis de mai qui présentent le plus de risques d’attaques de la mouche de la carotte. C’est lié aux cycles naturels de cette espèce d’insecte, notamment sur la carotte sauvage, commune en bords de chemins. Pour éviter toute invasion, entourez ou couvrez la parcelle de culture d’un filet anti-insectes. Ces derniers ou les haies de plus de 1 m sont difficilement survolés.
La carotte peut aussi être attaquée par des champignons du sol provoquant des fontes de semis ou des maladies des racines. Préventivement, la culture sur buttes ou sur ados favorise le drainage, le respect d’une rotation d’au moins 4, ou mieux de 6 ans, limite les risques.
Pour garder des légumes frais et savoureux
En automne, la mise en conservation des carottes peut se réaliser de plusieurs façons. En pleine terre, c’est la solution la plus facile : si les campagnols ne sont pas légion dans l’environnement du potager, un simple paillage suffit. Il permettra de réaliser les récoltes même par faible gelée au sol. Les carottes resteront savoureuses jusqu’à fin décembre, sans se dessécher. Nous pouvons aussi les récolter par une journée bien ensoleillée de novembre. Nous les laissons se ressuyer quelques heures. Par après, il convient de les placer en cave, dans des caisses ajourées, entourées de sable ou de paille pour limiter leur dessèchement. Leur consommation peut être prolongée ainsi de quelques semaines.





