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Cipan, SIE... les conseils de Protect’eau pour composer le couvert idéal!

Il est grand temps de réfléchir à la couverture de sol. En fonction des objectifs visés mais aussi des contraintes propres à l’exploitation, le choix des couverts mérite réflexion. D’où les conseils de l’asbl pour identifier le mélange adapté.

Temps de lecture : 6 min

Limplantation d’une couverture de sol constitue l’action la plus efficace pour gérer les reliquats azotés en arrière-saison et protéger les ressources en eau. Au-delà de ce rôle de piège à nitrate, les couverts rendent également de nombreux autres services. Le choix d’un couvert s’effectue, par conséquent, en fonction non seulement des exigences biologiques des couverts et de critères règlementaires, mais également des services agronomiques qu’on attend d’eux.

N’appartenant à aucune famille botanique cultivée, la phacélie – qui est une hydrophylacée – est très utile notamment dans un rôle de rupture du cycle des maladies au sein de la rotation.
N’appartenant à aucune famille botanique cultivée, la phacélie – qui est une hydrophylacée – est très utile notamment dans un rôle de rupture du cycle des maladies au sein de la rotation. - M. de N.

Des cipans qui « ne fleurissent pas » après l’usage de semences de betteraves enrobées de néonicotinoïdes en 2019

Commençons par un rappel du contexte. La dérogation fédérale relative à l’usage de néonicotinoïdes dans l’enrobage des semences de betterave en 2019 et 2020 est assortie de conditions strictes qui encadrent la succession culturale. L’implantation d’une cipan durant les 5 années qui font suite au semis des semences traitées n’est autorisée qu’à condition que les floraisons soient évitées de manière mécanique. Cette opération ne peut cependant pas mener à la destruction du couvert si elle intervient avant les dates règlementaires en vigueur (Programme de gestion durable de l’azote ou Pdga, Surface d’intérêt écologique ou SIE…).

Cette contrainte est-elle toujours d’application malgré le fait que l’arrêté du gouvernement wallon de 2018 concernant l’interdiction de l’usage de néonicotinoïdes a été cassé cet été ? Oui car ces exigences figurent dans les conditions fédérales d’utilisation de néonicotinoïdes dans l’enrobage des semences de betteraves publiées sur phytoweb (dans la partie du site relative aux autorisations de 120 jours).

Il est conseillé de favoriser des espèces qui ne fleurissent pas ou à floraison tardive, telles que les radis. Attention, retarder la date de semis n’est pas une solution adéquate. En effet, cela ne garantit pas l’absence de floraison de la culture et en plus cela réduit significativement sa capacité à piéger l’azote résiduel présent dans le profil du sol après la récolte.

Recommandations techniques ( tableau 1)

– ne pas semer trop tôt mais, idéalement, avant le 20 août et le retour des pluies pour un démarrage des couverts dans les meilleures conditions. Un stress hydrique peut induire la floraison de certaines espèces comme l es moutardes ;

– associer avec du seigle, du ray-grass d’Italie ou de l’avoine pour lesquels il n’existe pas de restrictions d’utilisation car leur pollinisation ne dépend pas des insectes ;

– faire attention à la variété : se renseigner auprès du vendeur et vérifier sur internet les caractéristiques. Le trèfle d’Alexandrie monocoupe par exemple (Tabor), sera beaucoup plus précoce à la floraison qu’un multicoupe (Tigri, Laura, Axi…) ;

– moutarde : importance de la date de semis et du choix de la variété qui doit être tardive pour éviter la floraison précoce (Serveka est plus précoce que Pirat par exemple).

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Des cipans pour produire du fourrage

L’implantation d’un couvert fourrager en période d’interculture permet de disposer de fourrage d’appoint de qualité. Si l’objectif poursuivi est de réaliser une fauche en arrière-saison, il est impératif de semer la culture dérobée avant la fin juillet, après un pois ou un escourgeon par exemple. Passé cette date, le choix peut alors se porter sur des cultures dérobées d’hiver à semer fin août-début septembre. La date de récolte fera alors l’objet d’un compromis afin de ne pas pénaliser la culture de printemps (voir tableau 2 ).

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Le mélange avoine brésilienne + trèfle d’Alexandrie est bien adapté pour la production de fourrages. A semer idéalement avant la fin juillet, aux doses respectives de 20 + 10 kg/ha.
Le mélange avoine brésilienne + trèfle d’Alexandrie est bien adapté pour la production de fourrages. A semer idéalement avant la fin juillet, aux doses respectives de 20 + 10 kg/ha. - M. de N.

Les cipans de longue durée pour un meilleur effet engrais vert

Maintenir des cipans sur sa parcelle au-delà du 15 novembre, jusqu’au semis de la culture de printemps (betterave ou maïs), offre des avantages agronomiques et environnementaux.

Maintenue en place plus longtemps, une culture intermédiaire de longue durée adaptée accumule davantage d’azote qu’un couvert en place durant une plus courte durée. La production de biomasse sur la parcelle est plus élevée, et la destruction de cette matière verte riche en azote contribue à augmenter l’effet engrais vert de la cipan. Enfin, comme l’implantation de la culture de printemps intervient peu de temps après la destruction, celle-ci pourra pleinement valoriser l’azote restitué durant la minéralisation du couvert après son incorporation dans le sol.

Une couverture quasi permanente du sol, de la récolte jusqu’au semis de la culture suivante, offre en outre une meilleure protection des masses d’eau souterraines au lessivage de nitrate, réduit les phénomènes d’érosion et de battance tout en contribuant à augmenter la fertilité de la parcelle à moyen et long terme.

La vesce velue d’hiver est une légumineuse conseillée comme culture intermédiaire piège à nitrate (cipan) de longue durée pour un meilleur effet engrais vert.
La vesce velue d’hiver est une légumineuse conseillée comme culture intermédiaire piège à nitrate (cipan) de longue durée pour un meilleur effet engrais vert. - M. de N.

Recommandations techniques

La technique consiste à associer une graminée gélive à une légumineuse qui résiste à l’hiver, surtout avant une culture de maïs. Ces légumineuses sont au cœur de la réussite de la technique (voir tableau 3 ).

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Des cipans « multiservices »

Certaines cultures intermédiaires pièges à nitrate peuvent êtrre utilisées bien à propos pour: rompre le cycle des maladies, concurrencer la germination des adventices, produire des fourrages d’appoint, apporter un effet «engrais vert», protéger le sol contre la battance, améliorer la fertilité des sols…

Implanter une cipan a un coût, pour lequel on est en droit d’attendre un retour sur investissement. Celui-ci se mesure à travers les services que la cipan rend à l’agriculteur ( tableau 4 ).

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Choisir en fonction des contraintes de l’exploitation: organisation des travaux agricoles et matériel disponible

Pour maximiser les chances de levée et assurer un bon développement de la cipan, il est primordial de respecter les exigences biologiques des espèces en matière de date et de technique de semis (tableau 5).

Pour tirer le meilleur parti possible de ses cipans, il est recommandé de les semer le plus tôt possible. De plus, à partir de la mi-août, la diversité de choix de couverts diminue fortement. Parmi les espèces adaptées à cette période, on trouve les crucifères, de nombreuses graminées, la phacélie et les légumineuses d’hiver.

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Au sud du sillon-Sambre-et-Meuse, la période optimale de semis des espèces est réduite de 15 jours par rapport au nord.

Si le Pgda prévoit que les travaux de semis soient clôturés pour le 15 septembre, il est recommandé de les implanter avant le 1er septembre pour optimiser son retour sur investissement.

Les exigences de semis sont également fort variables d’une espèce à l’autre. Certaines ne nécessitent pas une préparation importante (crucifères, avoines) et peuvent être semées à la volée, tandis que d’autres exigent une implantation soignée avec un recouvrement suffisant (phacélie, légumineuses).

Cipan et SIE

Dans le cadre du verdissement (SIE), la politique agricole commune impose que le mélange soit composé de 2 espèces de familles botaniques distinctes, issues de listes positives. Le mélange doit rester en place durant 3 mois. Selon la date de semis, cela implique donc que la destruction du couvert puisse intervenir parfois après la date du 15 novembre, date pivot du Programme de gestion durable de l’azote, si les 3 mois d’implantation ne sont pas encore atteints ( tableau 6 ).

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Trouvez le couvert idéal en quelques clics

Toutes les combinaisons d’espèces et densités de semis sont disponibles sur le module choix de couverts disponible sur www.protecteau.be > nitrate > agriculteurs > couverts > choisir son couvert végétal).

Trouvez, en quelques clics, le couvert idéal qui correspond à la période prévue pour le semis, appartient à la liste SIE, permet de produire du fourrage, améliore la structure du sol, etc. Une fiche technique est également disponible pour chaque espèce ou mélange.

Plus d’infos: info@protecteau.be; www.protecteau.be; 081/72 89 92.

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