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Sous le regard d’experts français des marchés: les prix céréaliers font de la résistance!

La campagne 2020-2021 montre un profil inédit, marqué par une étonnante fermeté des prix du blé russe. En orge, un bon courant d’affaires avec la Chine soutient les cours. Ceux du colza, déjà très fermes, gardent un potentiel de hausse.

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Si la planète céréalière bénéficie de grosses récoltes, les cours font de la résistance. Andrée Defois, présidente du cabinet d’analyse du marché des grandes cultures Tallage, et Alexandre Marie, directeur des marchés au sein de la coopérative spécialiste des céréales Vivescia, ont livré leur analyse, lors d’un webinaire du groupe de presse français organisé le 28 septembre.

Entre juin et septembre, le prix du blé français a grimpé d’environ 210 $/t Fob Rouen à 230 $/t. Cette évolution est liée à une faible récolte dans l’Hexagone, comptant parmi les pires en vingt ans. Plus étonnant, le blé russe a monté en flèche ces dernières semaines, pour tutoyer les 240 $/t, entraînant dans son sillage l’ensemble des origines mondiales.

Un phénomène « atypique », selon Andrée Defois, vu la bonne moisson en Russie chiffrée à 82 Mt. Explication : le sud du pays, qui exporte une majorité du blé tendre, a connu une mauvaise récolte. Seule une hausse des prix domestiques permet de drainer jusqu’aux ports les volumes des bassins plus éloignés comme la Volga, le Centre. Elle est alimentée par une rétention de la part des agriculteurs. « Les producteurs russes se sont extrêmement enrichis ces dernières années, note Alexandre Marie. Ils ont investi dans le stockage. »

Correction pressentie

Autre facteur, le rouble a décroché par rapport au dollar, dans lequel sont libellés les cours mondiaux. La devise russe a perdu 18% de sa valeur depuis juin, 33% depuis janvier. « Avec une monnaie dépréciée, il est plus intéressant pour l’agriculteur d’être assis sur son tas de grains que d’avoir de l’argent à la banque », souligne l’expert.

Les niveaux de prix actuels du blé tendre correspondent au maximum attendu par le cabinet Tallage sur toute la campagne 2020-21. Une correction des marchés est donc pressentie.

« On ne s’attend pas à un effondrement des prix » du blé tendre, nuance Andrée Defois. « Le bilan mondial n’est pas lourd. » Il y aura « sans doute un affaissement » des cours, puis une reprise avant la fin de campagne, d’après elle. L’arrivée des blés de l’hémisphère Sud va sûrement déclencher ce mouvement.

En contrepoids, reste une certaine faiblesse des stocks de report chez les grands exportateurs, notamment en mer Noire et Union européenne. La demande chinoise constitue aussi un élément de soutien. Après avoir vu son cheptel porcin décimé par la peste africaine, l’Empire du Milieu recapitalise à vitesse grand V. L’élevage chinois devient « très industriel, consommateur de plus de céréales, moins de déchets », d’après elle. Cela profite notamment au blé français. Deux tiers des exportations depuis l’Hexagone vers les pays tiers concernent la Chine en 2020-2021, avec quelque 2 Mt en prévision (sur 6,6 Mt), « du jamais vu », indique Alexandre Marie. La France peut ainsi se permettre de lâcher du lest vers ses destinations traditionnelles au Maghreb, selon lui.

Marché algérien

Le dernier conseil de FranceAgriMer, à la mi-septembre a jeté un froid, avec l’annonce d’une modification par l’Algérie de son cahier des charges à l’importation de blé tendre: l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a informé les opérateurs que le taux de grains punaisés est relevé à 0,5 % pour les blés affichant 12,5 % de protéines. Cela ouvre la porte aux origines mer Noire, dont la Russie qui lorgne depuis des années ce marché, principal débouché pour la France à l’international.

« Des destinations peut-être plus premium » sont à envisager pour la production hexagonale, considère Alexandre Marie. Un avis partagé par Andrée Defois sur le moyen terme, mais pas à très brève échéance. L’Algérie conserve en effet le taux de grains punaisés à 0,1% pour les blés affichant 11% de protéines. Il s’agit maintenant pour la Russie d’avoir les volumes correspondant aux exigences de l’OAIC. Et la partie est loin d’être jouée : chez Tallage, on estime que la Russie n’arrivera pas facilement à trouver les quantités assez basses en grains punaisés » pour entrer sur le marché algérien.

L’orge soutenue par des achats chinois

Côté orge, le prix est passé d’environ 180 $/t Fob Rouen en mai à près de 210 $/t en septembre. Une récolte décevante dans l’Hexagone nourrit cette hausse. Le marché est également soutenu par des achats chinois. Tallage estime que le point haut est atteint, qui peut rapidement être suivi par une baisse des cours.

« Le marché fourrager mondial reste lourd », pointe Andrée Defois. Sa vision est baissière pour le cours de l’orge. En cause, de bonnes perspectives de récolte en Australie. Une origine qui est chiffrée à près de 190 $/t Fob, soit 10 $/t au-dessous de la mer Noire ou la France quand 20 $/t sont jugés nécessaires pour écouler un maximum de volume, selon l’experte.

Pour Vivescia, un scénario différent se profile. La tendance est à la fermeté des cours en orge fourragère, d’après Alexandre Marie qui parie même sur un « hold-up » de la France en Chine, vu notamment la mise à l’écart de l’Australie en raison d’un différend politique.

Potentielle hausse des prix en colza

Tallage souligne des éléments de tension concernant le bilan mondial du colza. La récolte canadienne ne semble pas aussi bonne qu’attendu, tout en restant correcte. Dans l’UE, elle apparaît décevante. « L’Europe va pouvoir importer ce dont elle aura besoin mais ça sera tout juste, affirme Andrée Defois. Les stocks européens vont probablement terminer à des niveaux extrêmement bas. » Plus globalement, le bilan mondial du soja est en train de s’assainir, en tendant vers l’équilibre.

D’où cette question : la hausse des prix du colza peut-elle encore durer ? « Oui, le potentiel de hausse existe encore », répond Andrée Defois. D’autant plus que les semis actuels ont l’air sur de mauvais rails en France à cause de la météo. Vivescia estime que la sole n’atteindra pas 900.000 ha (contre 1,1 Mha cette année), et sera « beaucoup plus basse que ça ».

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