Money, money, money…

Money, money, money…

J’ai tout de suite songé à ce monsieur quand j’ai découvert l’article « 50 fois plus cher », dans le Sillon Belge de cette semaine. 20 € la tonne de pommes de terre, départ ferme ! Incrédule dans un premier temps, j’en suis resté pantois, absolument écœuré, et me suis rappelé la formule favorite de mon patatier : « Le meilleur des fermiers peut être facilement vaincu par le Ciel. En agriculture, une bonne action reste rarement impunie ! ». Le Ciel, c’est bien entendu la météo, la sécheresse ou l’excès d’humidité, le gel ou la grêle, un affreux virus ou une moisissure tenace. Le Ciel, c’est également notre environnement familial et social, économique et politique. Une excellente récolte, quand on a bien travaillé et donné le meilleur de soi-même, est rarement récompensée par un bon prix d’achat pour nos produits. Trop de gens tournent autour de nous, pour capter les plus-values et vampiriser notre savoir-faire, profiter grassement de notre naïveté dans le domaine commercial. Les planteurs de pommes de terre sont souvent punis ; de même, les éleveurs de bovins blancs-bleus et autres, les détenteurs de cochons et de volailles.

Le système tourne comme une mécanique bien huilée. De la fourche à l’assiette, d’un coup de baguette tragique, la filière alimentaire engendre des marges bénéficiaires éhontées, à chacun de ses paliers. Pour compenser les prix à la ferme trop bas et nous maintenir en vie, nous sommes perfusés en continu par des indemnités agricoles, lesquelles donnent bonne conscience à tous ces gens qui marchandent durement nos pommes de terre, nos céréales et nos animaux. M’enfin, tout de même ! 50 fois plus cher ! J’imagine cependant que cet énorme bénéfice est taxé, par l’impôt des sociétés, les précomptes professionnels, les contributions, les cotisations sociales, la TVA, etc. Les pouvoirs publics récupèrent au final de 60 à 70 % de cette scandaleuse plus-value, dont une faible partie suffit pour financer les politiques agricoles.

Dès lors, nous ne coûtons rien à la société ; nous la nourrissons de tous les côtés. L’argent tourne vite et bien, grâce à nous ! « Money, money, money must be funny, always sunny, in the rich’s man world », chantait le groupe ABBA : « l’argent doit être drôle, toujours ensoleillé, dans le monde des riches ». Le rôle de l’agriculture n’est hélas pas très glorieux : fournir une matière première à bas coût qui alimente une filière économique très rentable financièrement pour ses opérateurs, pour l’État, et donc pour toute la population. L’agriculture, c’est la poule aux œufs d’or ! Mais la pauvre vieille cocotte dépenaillée s’épuise à pondre, depuis le temps que cela dure… On la nourrit à peine ; on se moque d’elle ; on lui flanque des coups de pied ; on la loge dans un poulailler ouvert à tous les vents, à tous les renards qui rôdent autour d’elle pour la manger.

Comment sortir de ce cercle aussi vicié que vicieux ? Il suffirait de briser les lignes, couper l’approvisionnement, interrompre la circulation de l’argent : ne plus rien vendre, ne plus rien acheter, ne plus rien payer, faire la grève, reprendre la main tous ensemble. Il faudrait se grouper en coopératives, s’entendre les uns les autres, ôter de notre ADN ce fatalisme d’un autre âge, cet individualisme forcené, notre affligeant utilitarisme et ce désespérant complexe d’infériorité, face au « money, money, money » qui nous dévore. On peut rêver…

Rien n’empêche non plus de croire au jour où je saurai faire pousser des patates dignes de ce nom. Et pourquoi pas les vendre au juste prix, 8 € les 10 kilos ?

Le direct

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