Dépenses en hausse et recettes minimales –voire inexistantes! – pour les éleveurs laitiers

Dans les salles de traite européennes, l’humeur n’est pas au beau fixe  avec des coûts de production évalués, en moyenne, à 45,35 ct/kg  pour un prix du lait payé aux producteurs estimé à 34,52 ct/kg.
Dans les salles de traite européennes, l’humeur n’est pas au beau fixe avec des coûts de production évalués, en moyenne, à 45,35 ct/kg pour un prix du lait payé aux producteurs estimé à 34,52 ct/kg. - J.V.

Début juillet, l’European Milk Board (EMB) a procédé à la mise à jour de son étude « Combien coûte la production de lait ? » réalisée en collaboration avec le Büro für Agrarsoziologie und Landwirtschaft (BAL – Bureau allemand de sociologie agricole et d’agriculture). Cette édition, disponible sur internet (www.europeanmilkboard.org/fr), traduits en chiffres clairs la situation des exploitations dans huit importants pays producteurs de lait : Belgique, Allemagne, Danemark, Irlande, France, Lituanie, Luxembourg et Pays-Bas. Le tout est accompagné d’une moyenne pour l’UE.

Les chiffres, interpellants, montrent que les coûts moyens de production du lait à l’échelle européenne s’élèvent à 45,35 ct/kg alors que les prix atteignent seulement 34,52 ct/kg. Le manque à gagner est donc significatif ! Et Sieta van Keimpema, présidente de l’EMB, de commenter : « Voilà la preuve éclatante du déséquilibre problématique de la filière laitière dans l’UE ».

D’un extrême à l’autre

L’étude inclut pour la première fois l’Irlande et la Lituanie, deux pays situés aux antipodes du spectre des coûts.

Forte de son système de production particulier, l’Irlande affiche, pour 2019, de loin les frais de production les plus bas avec 34,21 ct/kg (tableau 1). Pourtant, dans ce pays aussi, la tendance pointe un manque à gagner (tableau 1), car les coûts y ont augmenté de façon relativement soutenue durant la période 2015-2019 alors que les prix n’ont pas suivi la même courbe (graphique 1).

Ainsi, même dans ce pays aux conditions favorables à la production laitière, il a été impossible, durant trois années sur les cinq analysées par l’étude, de couvrir les coûts de la production de lait (graphique 1).

Du fait de son tissu d’exploitation différencié reposant sur une multitude de petits élevages, la Lituanie arrive, de loin, en tête du classement des coûts de production (58,63 ct/kg). Confrontés à un prix du lait extrêmement bas (28,79 ct/kg), les éleveurs de ce pays balte luttent pour combler un profond déficit de 51 % (tableau 1).

Il est intéressant de noter que sur tous les pays étudiés, les coûts de production oscillent entre 34 ct/kg et 59 ct/kg (46,78 ct/kg en Belgique) créant donc un grand différentiel. En revanche, du côté du prix payé au producteur, le différentiel est nettement moins marqué, allant d’à peine 29 ct/kg à un peu plus de 34 ct/kg (33,05 ct/kg en Belgique).

Situation critique du côté du revenu

Un coup d’œil sur deux pays producteurs importants que sont les Pays-Bas et le Danemark suffit pour constater qu’après déduction de tous les frais, il ne reste aux gérants d’exploitation et à la main-d’œuvre familiale aucune possibilité de générer un revenu (tableau 2  ; dans celui-ci, les coûts à effet de trésorerie sont obtenus en soustrayant les recettes de la vente de bovins des charges générales d’exploitation).

« Il faut comprendre que l’on parle ici des Pays-Bas et du Danemark, des pays où les exploitations sont très modernes et où la mécanisation progresse constamment. Et malgré tout, il ne reste littéralement aucun revenu à ces personnes qui assurent la production de lait », déplore Sieta van Keimpema.

Dans les autres pays aussi, les revenus stagnent à un niveau très critique. L’Irlande est la seule à se rapprocher du revenu adéquat selon les calculs (tableau 2). Karin Jürgens, auteure de l’étude, résume : « Non seulement les exploitations laitières ne parviennent pas à générer des recettes les maintenant sur un cap stable et durable à l’avenir. Mais elles n’atteignent même pas un niveau de revenus adéquat, voire un niveau de subsistance convenable ». À sujet, l’approche adoptée en matière de revenu tient compte du degré de formation et de qualification et s’appuie objectivement sur les barèmes agricoles en vigueur dans chaque pays ou sur le double du salaire minimum.

Un revenu équitable et de multiples enjeux

Pour l’EMB, cette étude constitue une base solide à sa lutte pour l’obtention de prix adéquats. Et de recommander à tous les éleveurs laitiers de « se munir de cette analyse sur les coûts pour tous les entretiens avec les laiteries, la distribution et les élus politiques et d’exiger, forts de ces arguments, des prix équitables. » Elle doit également permettre à la nouvelle génération de se lancer dans la filière laitière en bénéficiant de prix rémunérateurs.

Et Karin Jürgens d’ajouter : « Les chiffres ouvrent aussi des perspectives importantes pour le déploiement réussi des stratégies environnementales décidées au niveau politique, comme le Pacte vert. Ce n’est que par une amélioration durable de la situation économique des exploitations que les agriculteurs pourront apporter leur contribution à la concrétisation des objectifs de protection de l’environnement et du climat et du bien-être animal associés à une hausse des coûts ».

30% des coûts de production ne sont pas couverts en Belgique

Selon l’étude commandée par l’EMB, la situation est également loin d’être idéale pour les éleveurs laitiers belges.

Ainsi, le coût de production de 1 kg de lait en Belgique a augmenté pour atteindre 46,78 ct en 2019. Cette augmentation s’explique, notamment, par une hausse du coût des aliments et des cultures fourragères. En même temps, le prix moyen du lait (33,05 ct/kg) était nettement inférieur au niveau de 2017, ne couvrant donc à peine plus que les seuls coûts à effet de trésorerie (charges générales d’exploitation desquelles sont soustraites les recettes de la vente des bovins, voir figure ) évalués à 31,37 ct/kg. Ainsi, en 2019, près d’un tiers (29 %) des coûts de production du lait n’était pas couvert.

Sur la période 2015-2019

Au cours des cinq dernières années, le prix moyen du lait était de 30,98 ct/kg et ne permettait de couvrir que 70 % des coûts de production. À lui seul, le prix du lait a permis aux producteurs et productrices de lait belges des recettes moyennes de seulement 2,19 ct/kg. Durant la même période, les coûts à effet de trésorerie s’élevaient à 28,80 ct/kg.

Même avec les aides de l’UE, les exploitations laitières ne disposaient que d’un revenu de 4,40 ct/kg (soit 6,58 €/h), ce qui représente tout juste un quart du paramètre des revenus actuel déterminé dans l’étude (17,46 ct/kg, soit 26,08 €/h) (tableau 2).

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