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CIPAN: un bon niveau de qualité fourragère si les exigences des mélanges sont respectées

Les cultures intermédiaires piège à nitrate (CIPAN) sont implantées avec des objectifs variés, dont le principal est la préservation de nos ressources en eau. La production d’un fourrage de qualité pendant l’interculture est une opportunité qui peut séduire bon nombre d’agriculteurs en polyculture-élevage. Certaines successions culturales, fréquentes en Belgique, présentent de longues périodes d’interculture. Cela peut engendrer un risque accru de perte d’azote par lixiviation, si ces périodes ne sont pas exploitées par des couverts. Ces derniers sont capables de combiner l’effet piège à nitrate avec la production d’un fourrage de qualité.

Temps de lecture : 5 min

Dans une étude, l’Université Catholique de Louvain (UCLouvain), en collaboration avec Fourrages Mieux, a sélectionné 7 mélanges en association graminées-légumineuses. En voici la liste : 1. ray-grass d’Italie et trèfle incarnat semés à 20 – 10 kg/ha ; 2. avoine de printemps, pois fourrager d’hiver et vesce commune d’hiver semés à 60-42-18 kg/ha ; 3. avoine d’hiver et féverole d’hiver semées à 80-80 kg/ha ; 4. avoine brésilienne et vesce velue semées à 20 – 20 kg/ha ; 5. seigle multicaule, vesce commune d’hiver et trèfle incarnat semés à 15 – 10 – 5 kg/ha ; 6. seigle fourrager, pois fourrager d’hiver, vesce commune d’hiver et féverole d’hiver semés à 50 – 20 – 20 – 10 kg/ha ; 7. radis fourrager, phacélie et vesce commune d’hiver semés à 5 – 5 – 10 kg/ha. Le but étant d’observer leurs performances agronomiques, nutritionnelles et environnementales. Les résultats démontrent qu’il est possible de produire en moyenne 3 t MS/ha de fourrage de qualité, tout en réduisant significativement le risque de lessivage.

Couverts étudiés

Les essais ont été menés sur 2 sites en sol limoneux de 2013 à 2016. Sept couverts associant des graminées et des légumineuses ont été implantés avec 4 répétitions, après un froment (fin août/début septembre). Ils ont été récoltés peu avant la culture de printemps (début mai). Les légumineuses ont été utilisées en mélange à raison de 50 % en poids de graines.

La tolérance au froid a été le premier critère de sélection des espèces. Les féveroles et les pois d’hiver sont à réserver aux semis les plus tardifs (ex. mélange 3), afin de limiter le risque de destruction complète par le gel lors d’hivers rigoureux et de déséquilibrer ainsi le mélange récolté. Par contre, ce but peut être recherché avec les avoines gélives (ex. mélange 4) afin de récolter un couvert plus riche en protéines. En outre, les avoines et féveroles présentent l’avantage économique de pouvoir être autoproduites sous certaines conditions réglementaires.

Les différents aspects

Production fourragère

La production de biomasse la plus élevée est réalisée par le mélange ray-grass d’Italie et trèfle incarnat (Figure 1, mélange 1).

Figure 1 : Moyennes des biomasses des couverts étudiés sur 4 années d’expérimentation.
Figure 1 : Moyennes des biomasses des couverts étudiés sur 4 années d’expérimentation.

D’un niveau intermédiaire, la productivité de l’association avoine et féverole d’hiver (mélange 3) est régulière. Elle a donné de meilleurs résultats lors des semis les plus tardifs, favorisant la survie hivernale de la féverole. Il faut semer cette dernière au minimum à 80 kg/ha pour un impact significatif sur la production.

Le mélange à base de radis (mélange 7) présente les moins bons rendements car pénalisé lors d’hivers froids. La vesce commune d’hiver n’a pas pu compenser par une biomasse suffisante au printemps (Figure 2).

Figure 2 : Proportions des mélanges et adventices à la récolte (% matière sèche, MS) sur 4 années.
Figure 2 : Proportions des mélanges et adventices à la récolte (% matière sèche, MS) sur 4 années.

Reliquats azotés

En moyenne, les couverts ont réduit l’azote potentiellement lessivable (APL, novembre) de 42 kg N/ha par rapport à un témoin non semé (Figure 3, APL vs sol nu). Les reliquats en sortie d’hiver (RSH, début mars) et ceux de la récolte des couverts (R semis, début mai) restent faibles et sans différence significative. La diminution du reliquat azoté en sol nu au cours de la période hivernale signifie que la lixiviation est supérieure à la minéralisation. L’implantation de CIPAN comprenant des espèces tolérantes aux conditions hivernales permet donc de bénéficier de l’effet piège à nitrate pendant près de 8 mois, soit au moins 5 mois de plus que la durée réglementaire.

Figure 3 : Moyennes des reliquats azotés (kg N/ha) de novembre (azote potentiellement lessivable, APL), à la sortie de l’hiver (RSH) jusqu’au semis (R semis) lors des 4 années d’expérimentation.
Figure 3 : Moyennes des reliquats azotés (kg N/ha) de novembre (azote potentiellement lessivable, APL), à la sortie de l’hiver (RSH) jusqu’au semis (R semis) lors des 4 années d’expérimentation.

Qualité fourragère

Les mélanges proposés offrent un bon niveau de qualité fourragère (Tableau 1). Le mélange 1 (ray-grass d’Italie et trèfle incarnat) est le plus élevé en énergie (VEM : 1008 /kg MS) mais le plus faible en protéines (MAT : 9 %). Cela s’explique par le stade optimal du ray-grass (épiaison) souvent dépassé à la récolte et le trèfle peu présent. Les autres mélanges sont bien équilibrés avec de bonnes teneurs en protéines (MAT >13 % MS) et surtout en protéines digestibles (DVE >70 g/kg MS) et dégradables (OEB de 1 à 20 g/kg MS).

MAT : Matière Azoté Totale ou teneur en protéines (% matière sèche, MS); VEM* : conversion à 1000 VEM, soit la quantité d’énergie net contenue dans 1 kg d’orge, environ 1 UFL (Unité Fourragère Lait) ; DVE : protéines digestibles dans l’intestin; OEB : bilan des protéines dégradables.
MAT : Matière Azoté Totale ou teneur en protéines (% matière sèche, MS); VEM* : conversion à 1000 VEM, soit la quantité d’énergie net contenue dans 1 kg d’orge, environ 1 UFL (Unité Fourragère Lait) ; DVE : protéines digestibles dans l’intestin; OEB : bilan des protéines dégradables.

En combinant production en énergie et protéines par hectare (Figure 4), les meilleurs mélanges semblent ceux à base de seigle (mélanges 5 et 6). Celui à base de seigle multicaule (mélange 5) étant moins dense, le trèfle incarnat peut mieux s’exprimer au printemps et ainsi augmenter la teneur en protéine du mélange.

Figure 4 : Production moyenne d’énergie et de protéine par hectare de fourrage. 1 : Associations graminées – légumineuses : 1. Ray-grass d’Italie et trèfle incarnat ; 2. Avoine de printemps, pois fourrager d’hiver et vesce commune d’hiver ; 3. Avoine d’hiver et féverole d’hiver ; 4. Avoine brésilienne et vesce velue ; 5. Seigle multicaule, vesce commune d’hiver et trèfle incarnat ; 6. Seigle fourrager, pois fourrager d’hiver, vesce commune d’hiver et féverole d’hiver ; 7. Radis fourrager, phacélie et vesce commune d’hiver.
Figure 4 : Production moyenne d’énergie et de protéine par hectare de fourrage. 1 : Associations graminées – légumineuses : 1. Ray-grass d’Italie et trèfle incarnat ; 2. Avoine de printemps, pois fourrager d’hiver et vesce commune d’hiver ; 3. Avoine d’hiver et féverole d’hiver ; 4. Avoine brésilienne et vesce velue ; 5. Seigle multicaule, vesce commune d’hiver et trèfle incarnat ; 6. Seigle fourrager, pois fourrager d’hiver, vesce commune d’hiver et féverole d’hiver ; 7. Radis fourrager, phacélie et vesce commune d’hiver.

Une bonne qualité fourragère

Les différentes légumineuses testées ont des exigences propres. Si ces dernières sont respectées, elles pourront participer au rendement final, mais surtout, atteindre de bons niveaux de qualité du fourrage dans une majorité de situations. Les espèces gélives donnent des résultats trop dépendants des conditions hivernales. Le ray-grass d’Italie est très productif et l’avoine d’hiver régulière, mais les mélanges à base de seigle sont plus équilibrés et présentent une production valorisant bien la (courte) période de pousse printanière (Tableau 2). Une récolte tardive augmente la rentabilité, mais fait toutefois peser un risque de stress hydrique pour la culture suivante, en cas de période de sécheresse après la récolte du fourrage. Lors de ces essais, la disponibilité des semences est une limite au développement de certains de ces couverts hivernants.

Pour en savoir plus : www.protecteau.be/fr/cultures-pieges-nitrate ;

www.protecteau.be/fr/cipan.

Pour en discuter avec un conseiller, les équipes de terrain sont disponibles. C’est gratuit et la confidentialité est respectée. Le Centre d’Action est accessible via https ://protecteau.be/fr/contact.

D’après Protect’eau

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