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Les charbonniers « tués » par le charbon

Il fut un temps où le bois était le seul combustible abondant dans nos contrées. Que ce soit dans les villes ou les campagnes, il était source de chauffage. La métallurgie rurale en était alors une grosse consommatrice avant la découverte du charbon, la houille extraite du sous-sol.

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Lourd, encombrant, le bois de chauffage exigeait de la main-d’œuvre et de la place pour son stockage. Il n’était donc pas un combustible commode pour les locataires des « appartements » de l’époque, souvent réduits à vivre dans une seule pièce. On substituait donc aux bûches une forme d’énergie plus concentrée, de taille plus réduite, dont la combustion était facile à maîtriser, les fumées n’étaient, quant à elles, ni trop salissantes, ni trop incommodantes.

Le charbon de bois

C’est de la simple observation de bûches à demi calcinées qu’a jailli l’idée de fabriquer le « charbon de bois ». On s’était alors rendu compte que le combustible brûlait plus longtemps. Un paradoxe, d’autant plus que le pouvoir calorifique du matériau était plus élevé que celui du bois dont il était issu.

Ces observations, et la nécessité de se chauffer, sont à la base du métier de charbonnier ou de « fauldeur ». Comme les bûcherons, les charbonniers vivaient une grande partie de l’année dans la forêt. Ils y emmenaient la famille et le bétail, s’adonnant au passage au braconnage et à la cueillette des « fruits » des bois…

Monter une meule

Monter une meule consiste à confectionner des fauldes ou meules au moyen de bûches longues d’1 m et d’un diamètre inférieur à 10 cm. Sa réalisation exigeait de la précision dans le rangement des bûches, afin de laisser peu de vide entre les bois. Une meule se composait de 20 à 30 stères, regroupées verticalement autour d’une cheminée centrale faite de 3 piquets enfoncés dans le sol. La cheminée servira de « tirage » au départ de l’ignition. L’empilage de ces stères donne une forme semi-sphérique, celle-ci était recouverte ensuite de mottes de gazon ou de terre pour assurer une bonne étanchéité à l’air.

La meule est alors prête à être allumée. Le feu est introduit dans la cheminée sous forme de braises incandescentes. Dès la certitude que le feu est bien pris, la cheminée est bouchée. Le feu est surveillé en permanence. En effet, un feu trop vif réduirait le tas de bois en cendres inutilisables. Le feu doit « couver », être à la limite de la combustion. C’est la technique de la pyrolyse.

Tout le doigté du fauldeur réside en l’obtention d’une bonne carbonisation, celle-ci donnera un charbon de qualité.

Pendant qu’une faulde se transforme, une autre est aussitôt rebâtie. Le temps est précieux, inutile de le gaspiller.

Les outils utilisés par les charbonniers sont ceux des bûcherons : haches et serpes de tailles diverses, scies, outils auxquels il faut ajouter bêches, pelles et fourches à dents rapprochées pour le remplissage des sacs.

Des associations d’intérêts

Les charbonniers doivent « produire » du charbon mais aussi rassembler le bois et former les stères nécessaires. Il y avait parfois des associations d’intérêts entre les bûcherons fabriquant les stères et les charbonniers pour obtenir un maximum de produits finis. En ces temps reculés, la survie économique de l’un dépendait souvent celle de l’autre. Le « chacun pour soi » était alors très mal venu.

La carbonisation du bois durait quelques semaines. La matière étant à point, le feu qui couvait était éteint par de nouvelles couches de terre. On enlevait ensuite latere pour laisser refroidir l’ensemble.

Noir comme un charbonnier

Commençait alors la mise en sacs de toile de 50 kg. Une poussière noire omniprésente rendait le métier extrêmement salissant. De là vient l’expression « noir comme un charbonnier ». Le bon charbon de bois est constitué de gros morceaux, les petits donnent peu de chaleur. Les sachets sont à manipuler avec précaution pour ne pas réduire les gros morceaux.

Des chariots attelés de bœufs ou de chevaux enlevaient les sacs à commercialiser. Ce « charbon » était utilisé pour la cuisson des aliments. Il était également à la base de la sidérurgie.

C’est la découverte du charbon (et sa transformation en coke) qui a empêché la disparition des forêts, notamment en Ardenne, où on trouvait également des bas-fourneaux.

Avant l’apparition du coke, les forgerons étaient des clients assidus des charbonniers.

Victimes du charbon

Les charbonniers disparurent de la forêt lors de l’apparition des fours industriels produisant davantage de matière mais de moins bonne qualité. Ces derniers cessèrent leur activité à leur tour lors de l’apparition du « coke », un charbon de houille exempt de gaz.

Une époque aujourd’hui révolue et oubliée, mais avec la crise actuelle, des petits métiers honorables refleuriront peut-être un jour.

Pour l’heure, le charbon de bois survit pour notre plaisir : celui des barbecues.

D.B.

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