Faire revivre le porc élevé par les Ménapiens il y a 2.000 ans
Dans la filière porcine, la volatilité des prix incite les acteurs à rechercher des tas de stratégies pour se différencier. On trouve de la viande enrichie en acides gras oméga-3, des porcs à la saveur distincte (Duroc d’Olives), le Porc Qualité Ardenne, le Porc plein air, le Porc Fleuri… ou encore des porcs à propos desquels on peut raconter une histoire. C’est le cas du cochon des Ménapiens, que Ruben Brabant élève et que Hendrik Dierendonck transforme. En voici l’histoire.
Il était une fois un cochon qui vécut il y a 2000 ans dans nos régions. Il était proche du sanglier, mais vivait comme animal de rente dans la tribu des Ménapiens. Le territoire de celle-ci correspond à peu près à un territoire situé à l’ouest de l’Escaut. Des écrits attestent que la viande du cochon ménapien était à ce point appréciée qu’on la retrouva sur les tables des Romains. Ceux-ci payaient une fortune pour le faire venir d’une des extrémités de leur empire. Le jambon aurait-il été le premier produit d’exportation de cette région qui est, par la suite, devenue la Flandre ?
Wim De Clercq, professeur d’archéologie à l’Université de Gand a étudié les écrits romains et a ainsi appris comment les jambons étaient confectionnés. Il a également trouvé des os de porcs dans des cavités où les Ménapiens jetaient leurs déchets. Quand il en a parlé à Ruben Brabant, celui-ci voulut « ressusciter » ce cochon. Ruben Brabant a fondé la société AGS avec Peter Kerkhof. Elle est active dans la construction d’étables et le commerce de porcelets et porcs. AGS a deux exploitations de truies, Porc @ et Delt @ porc, et une exploitation d’engraissement, 4Pigs. Il croit que le Porc ménapien a de l’avenir.
Pourquoi voulez-vous élever des porcs d’il y a 2.000 ans ?
Les consommateurs veulent beaucoup de choses, mais vont-ils aussi payer pour ?
Quelles autres options avez-vous envisagé ?
Comment cette résurrection s’est-elle déroulée ?
Quelle est la base sur laquelle vous avez démarré la sélection ?
Dans quelle mesure la race reconstituée ressemble-t-elle à l’originale ?
« En ce qui concerne les caractéristiques externes, c’est très proche. La recherche ADN suivra certainement, mais nous ne sommes pas dans le Jurassic Parc. Ce n’était pas dans notre intention de cloner. Nous avons reconstitué la race par rétrocroisement. »
Combien d’individus compte-t-elle aujourd’hui ?
Quelles en sont leurs spécificités ?
Recommanderiez-vous la race à d’autres éleveurs de porcs ?
Y a-t-il déjà des porcelets ou des truies à vendre à d’autres producteurs ?
« Ce n’est pas encore d’actualité. Nous voulons veiller au débouché et éviter une baisse des prix en raison d’une offre trop abondante. On élève ce qu’on vend. Nous sommes en train de rédiger notre cahier des charges, dans lequel nous fixerons la génétique, l’alimentation et le logement. »
Que contiendra le cahier des charges ? Comment devra-t-on les élever ?
« Pour le moment, l’élevage est plutôt extensif. Le parcours extérieur est important. Pour moi, c’est principalement pour le bien-être des animaux, pour les transformateurs, c’est pour l’obtention d’une viande de qualité. Les animaux qui ont un parcours extérieur ont une viande plus dense, plus ferme. Nous avons dû réappprendre comment tenir un élevage de porcs en extérieur. C’était un terrain inconnu pour nous. »
Que mangent ces porcs ?
« Nous avons retiré le maïs et le soja des rations. Nous les remplaçons par d’anciennes céréales, comme l’épeautre, comme source d’énergie. La protéine vient des lentilles ou des pois. Il y a peu, nous avons rencontré des personnes qui cultivent de l’engrain ou du blé amidonnier. On va voir ce que cela peut donner. Dans les décharges historiques où les os du porc ont été trouvés, les archéologues ont également trouvé du pollen de cultures fourragères. Nous voulons retrouver ces formulations. »
Existe-t-il une offre suffisante et abordable en céréales d’autrefois ?
« En Belgique, ce n’est pas encore le cas. Aux Pays-Bas, des agriculteurs commencent à cultiver des vieilles variétés à grande échelle. Évidemment, il faut faire attention au prix de revient. Ce serait mieux de travailler avec des agriculteurs belges intéressés par des céréales anciennes. Nous sommes ouverts. »
La transformation de la viande se fait-elle d’une manière spéciale ?
Quel est le goût du jambon ?











