Du paradis à l’enfer
Gisèle porte avec légèreté ses quatre fois vingt ans. Elle fait partie de ces rares personnes sur qui le temps se brise les dents, sans entamer leur bonne humeur, encore moins leur mémoire. Car Gisèle se souvient de tout, dans les moindres détails : c’en est hallucinant ! Quand elle vous raconte, elle revit son passé ; ses paroles pétillent, ses mains s’agitent et son regard volette dans tous les sens. Dans ses propos, vous percevez nettement les parfums et les odeurs, les sons et les couleurs, les plaisirs et les douleurs. Soupirs et sourires enchantent ses souvenirs. Sa vie est un rosier buissonnant, décoré de mille fleurs mais hérissé d’épines, les unes et les autres enchevêtrées inexorablement. Les fleurs son cœur enchantent ; les épines en son cœur se plantent…
Gisèle avait sept ans en décembre 1944, lorsque le monde s’est effondré autour d’elle, pulvérisé par l’Offensive des Ardennes ! « Tant de souffrances et de tristesse un jour de Noël, ce devrait être interdit. Jésus est né cette nuit-là, et moi j’ai perdu un frère et deux sœurs. Cela s’est passé voici 75 ans, et je n’ai pas encore compris pourquoi… » La tendre vieille dame m’a raconté son Noël sous les bombes, avec ses mots, dans un style primesautier bien à elle, direct et sans calcul. Son cœur de petite fille a...
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