Plaidoyer pour l’utilisation du Cheval de trait

Complicité et communication sereines.
Complicité et communication sereines. - V.M.

En Région de Bruxelles Capitale, les anti spécistes forment un parti politique nommé « Dieranimal » et avant qu’une de ses représentantes ne soit exclue du parti, ce dernier disposait d’un siège à la Région. Opposé, entre autres, aux pratiques de l’attelage équestre, ce mouvement banni toute forme d’utilisation d’énergie animale, en particulier l’énergie hippomobile.

L’Antispécisme et le parti Dieranimal

Selon Wikipedia : « l’antispécisme est un courant de pensée philosophique et moral, formalisé dans les années 1970, qui considère que l’espèce à laquelle appartient un animal n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et de la considération morale qu’on doit lui accorder. L’antispécisme s’oppose au spécisme plaçant l’espèce humaine au-dessus de toutes les autres et accordant une considération morale plus grande à certaines espèces animales (notamment le chat, le chien, le cheval et d’autres animaux de compagnie) qu’à d’autres (les animaux sauvages, les animaux d’élevage). »

S’opposant aux choix traditionnels de compagnie animalière pour l’homme et à toute utilisation de l’animal sous quelqu’aspect que ce soit, ce mouvement représente l’extrémisme du véganisme qui refuse toute source animale pour combler les besoins des êtres humains. Cette philosophie revendique que les animaux de compagnie et d’élevage doivent être libérés de toute emprise humaine.

Pour les défenseurs de cette cause, la distinction entre l’homme et l’animal n’est pas nette. Le Manifeste du parti Dieranimal, disponible www.dieranimal.be, évoque et confirme entre autres : « Nous voulons une société de paix, de justice, de solidarité, d’éthique, où chacun, animaux humains et non-humains puissent vivre en liberté et en harmonie. »

À plusieurs reprises, des adeptes de ce mouvement ont manifesté leur opposition aux élevages intensifs d’animaux viandeux, aux abattoirs industriels et aux fast food grands consommateurs de viande industrielle. Dans certains cas, ces manifestations furent violentes et ont engendré des dégâts aux établissements visés. L’objectif étant de choquer l’opinion pour attirer l’attention et sensibiliser sur le non-respect du bien-être animal.

Robustesse du dogme

Il n’est point de pensée qui justifie la violence. Au contraire, le dialogue et l’échange pacifique des idées et des opinions permettent de trouver une harmonie dans les modes de vie et les pensées.

Étant particulièrement attaché au monde du cheval et en particulier à l’utilisation de l’énergie hippomobile, c’est dans ce cadre précis que je souhaite plaidoyer pour l’utilisation moderne du cheval de trait ou « cheval de travail ».

Les adeptes du spécisme font preuve, pour la très grande majorité, d’un respect incommensurable pour les animaux, qu’ils soient de compagnie, de loisir, de travail ou de filière de production. C’est la raison pour laquelle un dialogue entre les deux courants semble possible afin d’arriver à un cadre équilibré et une considération harmonieuse des animaux et du cheval de travail en particulier.

À mes yeux, l’antispécisme à l’égard du cheval de travail risque d’aboutir à terme à la disparition de l’espèce. En effet, c’est précisément l’utilisation du cheval de travail qui permet aujourd’hui le maintien de ses races. Au début du 20e siècle, le développement de la mécanisation agricole entama son déclin et il dut son salut à la boucherie qui en fit un grand pourvoyeur de viande. Aujourd’hui, dans la majorité des pays occidentaux, cette source de protéine a fortement chuté. Les antispécistes s’en réjouissent.

Si les races de chevaux de trait sont aujourd’hui menacées c’est précisément parce qu’il n’existe que de trop rares utilisations. Ceux qui les utilisent le font parce qu’ils sont convaincus que le cheval de travail a une (nouvelle) place dans nos systèmes économiques, sociaux et environnementaux. Ils en sont passionnés et participent au maintien des races. Une passion qui se traduit forcément par un respect du cheval, un amour et une attention aiguisée à leur bien-être. Instaurer un état de liberté totale à un cheval revient à en précipiter la disparition eu égard au monde extérieur sans merci, parsemé de dangers, qui ruinerait le maintien des individus.

L’amélioration du bien-être animal est le terrain où devraient se rejoindre les adeptes du spécisme et ceux de l’anti spécisme. Il serait censé de conjuguer les efforts afin que soient bannies les pratiques intolérantes sur les animaux et en particulier, si elles existent, sur les chevaux de travail. Les images choquantes et intolérables sur le non-respect du bien-être animal sont révélatrices de pratiques qu’il faut bannir mais font aussi, sans doute, davantage audience que celles qui montrent des animaux heureux. Ces derniers sont une majorité mais cette réalité semble être occultée. Les images intolérables sur la maltraitance animale ne constituent-elles pas le terreau du lobbyisme des agro-industries qui favorisent les idées antispésistes ?

Le bien être animal est une généralité et bien entendu, des dérives existent et nous devons les dénoncer et les combattre mais affirmer que la maltraitance et le mal-être animal est une généralité est excessif.

Dans la peau du cheval

L’Organisation Mondiale de la Santé Animale (l’OIE) a entre autres pour mission de promouvoir le bien être animal par une approche scientifique : https ://www.oie.int/fr

L’OIE a établi un « Code sanitaire pour les animaux terrestres ». Les chapitres réservés au bien-être animal ne font en aucun cas référence à une quelconque considération philosophique. Le chapitre 7.1 du code y reprend la définition du bien-être animal :

On entend par bien-être animal l’état physique et mental d’un animal en relation avec les conditions dans lesquelles il vit et meurt.

«Un cheval ne travaille pas, il joue!»

Le bien-être d’un animal est considéré comme satisfaisant si les critères suivants sont réunis : bon état de santé, confort suffisant, bon état nutritionnel et sécurité. Il ne doit pas se trouver dans un état générateur de douleur, de peur ou de détresse, et doit pouvoir exprimer les comportements naturels essentiels pour son état physique et mental.

L’article 7.1.2 du même chapitre évoque les « Principes directeurs pour le bien-être animal » et précise entre autres les cinq libertés universellement reconnues :

– être épargné de la faim, de la soif et de la malnutrition,

– être épargné de la peur et de la détresse,

– être épargné de l’inconfort physique et thermique,

– être épargné de la douleur, des blessures et des maladies,

– être libre d’exprimer des modes normaux de comportement. 

Didier Serteyn, Professeur de Médecine vétérinaire à l’Université de Liège et Administrateur délégué du Centre Européen du Cheval de Mont-le-Soie, pose un regard professionnel sur la question :

« Un cheval ne travaille pas ; il joue. Il y a une très grande complicité entre le cheval de débardage et son meneur. Il suffit de les observer pour se rendre compte qu’ils se respectent. La difficulté pour le meneur réside dans le fait que le jeu corresponde au travail recherché. C’est ce paradigme qu’il faut considérer dans la notion du bien-être animal »

Lorsque l’animal ne s’amuse plus, il s’arrête donc de travailler. Mais si le meneur le contraint à persévérer dans le travail, l’animal montrera des signes de maltraitance et de mal-être et c’est là qu’il peut y avoir des dérives qu’il faut combattre. Didier Serteyn ajoute : « Tout l’art est de mettre correctement le curseur entre le jeu et le travail. »

Pause de midi dans les conditions optimales.
Pause de midi dans les conditions optimales. - V.M.

Des perceptions divergentes

Bien des propriétaires de chevaux donneront des exemples de chevaux impatients de l’activité. À l’image de Banjo, qui parcourt la forêt de Soignes plusieurs jours par semaine dans un cadre environnemental et qui, après avoir reçu son pansage matinal, tend la tête vers la bricole que lui présente Margaux, sa fidèle meneuse. Ou ces chevaux de débardage de bois, tournant l’encolure vers la grume, impatients de la faire glisser jusqu’au chemin. Ou encore cette jument d’attelage qui fait pivoter sa croupe pour se présenter dans l’axe des brancards de la voiture d’attelage sans qu’aucun ordre n’ait eu le temps de lui être adressé.

Priver les chevaux d’activité est un acte de maltraitance. C’est sans doute ici que les perceptions divergent et qu’il est utile qu’un dialogue s’instaure entre les adeptes et les non-adeptes de l’utilisation du cheval de travail.

Victoria Austraet, élue parlementaire en Région de Bruxelles Capitale lorsqu’elle faisait partie du parti Direanimal, siège aujourd’hui en tant qu’indépendante suite à son éviction du parti mais ses positions sur la question de la place de l’animal dans notre société n’ont pas changé et reflètent celles du parti.

Ce n’est pas à proprement parler le bien être animal qui pose problème pour les adeptes de l’antispécisme, c’est davantage l’éthique. Victoria Austraet évoque : « Ce que nous n’acceptons pas, c’est que les êtres humains décident de ce qui est bien pour les êtres non humains (les animaux) et que l’homme tire profit de l’animal. »

Amortisseur de traction pour optimiser le bien-être du cheval.
Amortisseur de traction pour optimiser le bien-être du cheval. - V.M.

«L’Ethique davantage que le bien-être animal»

« La problématique de l’utilisation du cheval de trait n’est pas la plus criante. Les élevages intensifs et les animaux génétiquement modifiés à des fins de maximalisation de productivité l’est bien davantage », ajoute Victoria Austraet pour qui les animaux domestiques devraient vivre dans des sanctuaires et les animaux sauvages dans des réserves.

Un concept qui semble voué à la disparition des espèces et des races sensibles, en l’occurrence celles des chevaux de trait. En effet, l’histoire a prouvé que sans utilisations pour l’homme, qu’elles soient alimentaires ou énergétiques, les races de chevaux de trait sont voués à disparaître. C’est là que les prismes, les concepts et les philosophies divergent entre les utilisateurs de l’énergie animale et les antispécistes, bien davantage que sur les concepts de bien-être animal.

La question reste donc ouverte : sommes-nous autorisés à tirer profit du cheval de trait pour nos loisirs et nos professions ?

Que cette question me soit posée afin d’y répondre positivement, à la condition d’un cadre strict du bien être du cheval et en affirmant que la diversité des utilisations chevalines garantira la diversité des races : une biodiversité garante du maintien de la vie, dont celle des êtres humains.

Valère Marchand

Le direct

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