Petit paysan











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Après des années de carême, l’agriculture, et plus particulièrement son élevage laitier et viandeux, va-t-elle un jour voir, au bout du tunnel, une lumière pascale illuminer l’avenir ?

Dans le cochon tout est bon, du grognon au jambon ! Dans la vache itou, bon du museau aux cuissots. Hélas, ces adages ne font plus du tout l’unanimité, et le désamour pour la viande ne cesse de prendre du poids, nourri par les malentendus, les méconnaissances, les campagnes de désinformation et surtout les scandales du style Veviba. Les abattoirs sont devenus des antres du diable sur lesquels se focalisent toutes les peurs, toutes les indignations, toute la défiance des consommateurs.

Le bœuf s’est pris une baffe, une de plus, et celle-ci risque de faire mal, vraiment très mal ! Depuis trente ans, les scandales alimentaires se sivent à la queue leu leu : hormones de croissance, vache folle, dioxine, fipronil… Ils se ressemblent comme d’affreux frangins : à chaque fois, un maillon de la chaîne agro-alimentaire est pris la main dans le sac, poussé à la faute par son envie irrépressible de profit. Chaque fois, les médias en font leurs choux gras et toute la filière en paye les pots cassés, surtout les plus faibles, nous…


Sur le site internet www.bluesel.eu, on peut lire le résultat de la comptabilité de 16 élevages de Blanc Bleu mixtes. Cela date des années 2007 à 2010, années de sinistre mémoire, quand on épandait le lait dans les champs en signe de protestation. Mettre du bon lait dans des tonneaux à lisiers : une honte.







Nous devrions être fiers, nous agriculteurs, de pouvoir assurer à toutes et tous une nourriture de qualité, abondante et bon marché. Au lieu d’être récompensés de tous nos efforts tels que la réduction de l’usage des pesticides et des engrais, le respect de mesures agro-environnementales, la traçabilité etc., certains se permettent de désinformer la population en diabolisant l’agriculture d’aujourd’hui. Mais le temps est révolu où nous laissions salir notre profession sans réaction.


Dans nos pays de vieille culture judéo-chrétienne, les anciens savent que le Carnaval, ce n’est pas ducasse toute l’année, c’est le pain blanc avant le pain gris. C’est l’abondance avant l’abstinence. Et ce qui plane aujourd’hui sur les éleveurs, aussi bien pour la viande que le lait, ce n’est pas quarante jours de jeûne, c’est une crise socio-économique dont on ignore la durée.

Le dimanche gras, au Carnaval de Binche, les gilles déambulent en costume de fantaisie. Cette année, une cagnotte a choisi la vache Milka comme déguisement. Une cinquantaine de vaches ont dansé jusqu’à plus soif dans les rues de Binche. Une agricultrice me fait remarquer : « Au moins, celles-ci ne dépriment pas. Elles n’ont pas la honte du prix dérisoire qu’on donne aujourd’hui pour le lait. »

Je suis allergique aux changements, c’est là mon plus grand défaut. Je m’attache aux choses qui durent, à la routine, et crois dur comme fer que le mieux est assez souvent l’ennemi du bien. Dans un monde en perpétuelle mutation, je suis un anormal, un handicapé du système. Mon entourage en sourit, mais l’inertie apparente de mon comportement énerve tous ces gens qui tournent autour des agriculteurs, surtout les marchands de machines et d’équipements. Je suis l’élève le plus exécrable qui soit dans l’école capitaliste. Mais au final, détester les changements, est-ce vraiment un défaut ?
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