Reconnaissance de l’OP Les Saveurs d’Ardenne: une alternative crédible pour amener plus de transparence au sein de la filière viande

Pour le ministre Borsus (au centre), qui était venu à la rencontre de l’OP Les Saveurs d’Ardenne en présence des représentants  du groupe Colruyt, une telle organisation est l’une des nombreuses réponses à apporter à la crise que vit le secteur agricole.
Pour le ministre Borsus (au centre), qui était venu à la rencontre de l’OP Les Saveurs d’Ardenne en présence des représentants du groupe Colruyt, une telle organisation est l’une des nombreuses réponses à apporter à la crise que vit le secteur agricole.

«  Les Saveurs d’Ardenne », c’est avant tout l’histoire d’un groupement d’éleveurs – engraisseurs qui fournissait l’abattoir Veviba. Une chaîne s’était alors créée pour fournir une viande de femelle de qualité au groupe Colruyt. La fermeture de l’abattoir de Bastogne laissa les producteurs sans débouchés et le groupe Colruyt sans fournisseurs. Une quinzaine d’éleveurs proposa donc à l’enseigne de maintenir la filière. Oui mais sous quelle forme ? D’abord regroupés en coopérative, ils optent pour l’organisation de producteurs (OP) qui leur permet de traiter directement avec la grande distribution. Ils passent ainsi de 15 à 20 membres pour obtenir la reconnaissance.

Les autres acteurs incontournables que sont les abattoirs, le transport et la mise en quartier ne sont désormais plus que des prestataires de services. La coopérative reste ainsi maître de ses coûts et peut rémunérer plus justement les intervenants, en gardant la valeur ajoutée. Les Saveurs d’Ardenne deviennent ainsi un interlocuteur privilégié du groupe. L’organisation fournira au groupe un nombre défini de bêtes chaque semaine sur la base de cahiers des charges bien définis.

Pour plus de transparence entre maillons

Jean-Christophe Burlet, directeur des boucheries de l’enseigne, revient sur les raisons qui ont poussé le groupe commercial à collaborer avec ce « nouveau » maillon. « Voilà plusieurs années que nous entendions le secteur primaire regretter des prix toujours plus bas, or nos prix d’achats ne variaient pas ! La nouvelle structure permet aux producteurs de traiter directement avec la grande distribution sans intermédiaire. »

Quant au groupe, il affiche plusieurs objectifs à travers cette collaboration : amener plus de transparence dans la filière, de travailler sur la qualité et la durabilité des élevages et d’apprendre l’un de l’autre.

M. Burlet : « À travers ce partenariat innovant mené avec trois organisations de producteurs (Les Saveurs d’Ardenne, En direct de mon Elevage et Vlaamse Hoeverund), il s’agit aussi de créer littéralement un lien avec les consommateurs. L’expérience est d’ailleurs concluante. S’il y a encore un an et demi, le volume acheté par le groupe n’était que de quelque pourcents, aujourd’hui il atteint les 35 %. »

Entre production et vente

Avant tout, l’OP est d’abord une plateforme de production Dans une démarche de durabilité, elle s’articule autour de groupes de travail, auxquels les éleveurs doivent prendre part pour échanger sur les performances d’exploitation. Ils peuvent ainsi s’améliorer et partager leurs expertises notamment sur des thématiques telles que l’alimentation, l’énergie, les bonnes pratiques…

Les Saveurs d’Ardenne est aussi une plateforme de vente. L’objectif ? Vendre nos produits et capter la valeur ajoutée. C’est là que l’OP a encore un gros travail à réaliser en termes de marketing. Notamment, pour améliorer la visibilité de leur production et informer le consommateur de la qualité mise à sa disposition.

« En tant qu’éleveurs, nous avons déjà constaté que malgré notre expertise, nos produits d’excellente qualité, l’information qui en découle n’arrive pas forcément jusqu’au consommateur », remarque Thierry Dufey, président de l’OP.

Si l’organisation travaille en outre avec une boucherie indépendante, elle aimerait davantage développer ce segment ainsi que celui de l’Horeca. « … afin que le consommateur puisse bénéficier plus largement de nos produits », explique le président de la coopérative.

« Nous devons gagner en visibilité et toucher le consommateur en lui racontant l’histoire d’un produit de qualité qu’il recherche. C’est ainsi que l’OP participerà la construction d’un avenir durable pour le B-BB. »

Pour M. Dufey, l’OP est un projet porteur pour les éleveurs qui pourront ainsi reprendre la main sur le marché et rester maître de leur destin.

Une réponse à la crise

Willy Borsus, ministre wallon de l’Agriculture, a, pour sa part, estimé que face aux enjeux de l’agriculture, les réponses doivent être multiples et doivent s’additionner. « La mise en place d’une organisation de producteurs en est une ! »

Pour le ministre, celle-ci a d’autant plus de sens qu’il est primordial de soutenir des groupes locaux valorisant des produits… locaux ! « Chez nous, le consommateur doit pouvoir choisir les produits d’ici, dans une dynamique de circuits courts ! Raison pour laquelle il était important de reconnaître lesdites coopérative organisation de producteurs. »

Parallèlement à cela, M. Borsus a annoncé avoir lancé une enquête approfondie auprès de tous les intervenants du secteur de l’abattage de manière à pouvoir dresser le paysage des abattoirs en région wallonne. « Les éleveurs doivent avoir une image claire de ce qui les attend en termes de développement de filière, de valorisation et de possibilités d’abattage », a-t-il conclu.

P-Y L.